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Critique de film
Le film

Règlement de compte à Abilene Town

(Abilene Town)

Partenariat

Analyse et critique

Voici un western de série produit par une toute petite compagnie qui ne provoque pas vraiment d’étincelles, mais qui se révèle relativement bien troussé par le scénariste Harold Shumate adaptant une histoire d’Ernest Haycox déjà auteur de celle du fameux Stagecoach de John Ford. Nous assistons une fois encore à la sempiternelle lutte entre éleveurs et fermiers, la situation de départ étant quasiment la même que celle de Dodge City de Michael Curtiz. Abilene est la ville du Kansas qui se trouve en fin de parcours de la Chisholm Trail, celle dans laquelle, après 1600 km parcourus en 16 jours, les cow-boys arrivent avec leurs troupeaux, fourbus mais exaltés par le fait de retrouver la civilisation. Ils se jettent alors avec avidité sur le jeu, l’alcool et les femmes, se lâchant avec bruit et fureur, causant pour quelques nuits un désordre indescriptible et provoquant parfois quelques drames mortels. Cette plaque tournante du commerce du bétail voit en 1870 arriver des colons qui décident de s’y installer pour cultiver la terre. Le rude antagonisme entre les deux clans va culminer lorsque les fermiers ont pour idée de clôturer leur terrain avec du fil de fer barbelé afin d’empêcher les troupeaux de détruire leurs plantations. Dans cette situation délicate, le Marshall Dan Mitchell (Randolph Scott) va bien avoir du mal à faire le pacificateur pour mettre un semblant d’ordre dans sa ville bouillonnante. Que ce soit au niveau sentimental (il hésite entre une Saloon Gal et la fille de l’épicier) comme sur le plan professionnel, Dan Mitchell va avoir du pain sur la planche...

Malgré une mise en scène sans saveur de Edwin L. Marin (le cinéaste de l’agréable Amazone aux yeux verts avec John Wayne), nous avons à faire avec un deuxième western du réalisateur tout à fait recommandable, grâce notamment à un scénario bien écrit et particulièrement mouvementé qui ajoute aux habituels adversaires les commerçants et hommes d’affaires qui réfléchissent à l’avenir de leur ville. Ces derniers se demandant si les pionniers sédentaires ne seraient pas une manne financière plus importante et plus sécurisée que celle amenée par les éleveurs instables et rarement dans l’enceinte de la cité. On assiste donc à des considérations et discussions jusqu’à présent absentes du genre et qui apportent un certain intérêt supplémentaire à Abilene Town ; au milieu d'une intrigue somme toute banale, le scénario propose également d’autres petites originalités aussi bien dans les situations que dans la description des personnages. Voir le Marshall hésiter entre une Saloon Gal délurée et une paisible femme d’intérieur pour constater au final qu’il se tourne vers la première n’est pas banal pour l’époque, d’autant que cette femme forte qui ne s’en laisse pas conter lui avait donné des coups de pieds dans les tibias tout au long du film ! On ne fait d’ailleurs pas de cadeau à cet honnête homme de loi qui, non content de se faire frapper par Rita devant l’assemblée, se fait également vertement critiquer par l’autre femme qui l’intéresse et qui trouve ridicule qu’il soit constamment « une cible vivante pour 4 dollars par jour. » Obligé de se dépatouiller seul au vu de la fainéantise, de l’incompétence et de la couardise du shérif qui aurait pu lui être d’une aide précieuse, il se voit néanmoins rafler les honneurs de son travail bien fait (arrestation de meurtrier, négociations pour un retour au calme des esprits…) par ce dernier qui les accepte sans scrupules. Il ne travaille donc ni pour l’argent ni pour la gloire !

Cet homme méritant n’est autre que Randolph Scott, qui commençait alors à avoir le dur visage en lame de couteau qui l’a rendu célèbre par la suite ; il ressemblait alors de plus en plus au grand acteur du western muet qu’était William S. Hart. Une interprétation sans faille de ce grand acteur dans un rôle très humain et assez fouillé, capable d’humour malgré sa rude besogne à mener à bout. A ses côtés; on trouve une jeune Rhonda Fleming et une pétillante Ann Dvorak. La galerie de seconds rôles est assez pittoresque, du shérif mollasson interprété par l’inénarrable Edgar Buchanan à l’épicier toujours en train de calculer combien il pourrait gagner en fonction des vainqueurs potentiels entre Cattlemen ou Homesteaders, en passant par Jack Lambert dans la peau du tueur à la gueule de l’emploi et au jeune colon entêté joué par un tout jeune Lloyd Bridges. A signaler enfin que ceux que les scènes d’action captivent ne sont pas oubliés pour autant ; ils pourront assister à des courses poursuites, des duels, des bagarres, des morts en pagaille et à un stampede meurtrier ; mais les moyens financiers furent assez faibles et on le remarque surtout lors de ces quelques séquences à vocation spectaculaires qui souffrent de ce manque de budget. Un film pas désagréable pour une vision plutôt nouvelle et assez intéressante d'un thème déjà pas mal abordé avant d’être archi-rebattu par la suite ; bref une plutôt bonne surprise à l'arrivée même si on aura oublié immédiatement le film une fois visionné et que seuls les amateurs de "westerns urbains" devraient apprécier...

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 28 novembre 2010