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Critique de film
Le film

Raton Pass

(Raton pass)

Partenariat

L'histoire

En 1880, au Nouveau Mexique, deux familles se disputent les terres autour de la ville de Raton. D’un côté les Pozner, de l’autre, bien plus puissants, les Challon. Le patriarche des Challon (Basil Ruysdael) vient justement d’inviter les Pozner à les rencontrer dans un endroit neutre (en l’occurrence le saloon) car il souhaite leur acheter un nouveau bout de terrain ; ayant besoin d’argent et pouvant difficilement aller à son encontre, les Pozner acceptent. C’est à ce moment qu’arrive en diligence l’ambitieuse Ann (Patricia Neal), ayant fait le voyage avec un homme que l’on accueille avec une extrême froideur dans cette ville, un tireur d’élite nommé Van Cleave (Steve Cochran). Ann, qui cherche à se faire une place, comprend tout de suite où se situe son intérêt et se jette immédiatement à la tête de l’héritier des Challon, le souriant Marc (Dennis Morgan). Il ne lui faut pas longtemps pour se faire épouser et se faire donner en dot par beau-papa la moitié du ranch. Quand son époux ramène à la maison Prentice (Scott Forbes), banquier et propriétaire d’une ligne de chemin de fer, dans le but de lui demander un financement pour un projet d’irrigation, imaginez les yeux remplis de convoitise de la jolie Ann devant un homme encore plus riche que son tout nouveau mari. Et devinez si elle va se lancer dans de nouvelles roucoulades ! Ca ne manque pas : de retour d’un convoyage de bétail, Marc tombe nez à nez avec sa femme qui se trouve blottie entre les bras de Prentice. La femme adultère ne se démonte pas et propose à son mari de lui racheter sa part du ranch avec l’aide financière de Prentice. Marc accepte, mais c’est pour mieux se venger par la suite en demandant de l'aide à la famille Pozner. Quant à Ann, elle compte bien faire place nette de tous ceux qui se mettront en travers de son chemin ; dans ce but, elle décide de louer les services de son compagnon de voyage, l’inquiétant Van Cleave...

Analyse et critique

Avec Raton Pass, la Warner a sans doute souhaité marcher sur les plates bandes de la Paramount et de ses Furies sorti l’année précédente, mais ne s’est malheureusement pas donné les moyens pour pouvoir sincèrement rivaliser avec l’excellent mélodrame westernien d’Anthony Mann. Sans même vouloir faire aussi bien, le studio au W était-il obligé une fois encore de tomber dans tous les travers qu’on lui reproche depuis ces deux dernières années quand il s’agit de western ? Pourquoi ce prologue pontifiant et déjà vu 1 500 fois qui n’a de plus pas grand-chose à voir avec l’intrigue ? Pourquoi sous prétexte d’avoir Dennis Morgan sous les mains l’obliger à pousser la chansonnette alors que le ton du film est on ne peut plus noir ? Pourquoi lors des chevauchées faire des gros plans sur les acteurs principaux qui seront alors obligatoirement filmés devant des transparences hideuses ? Mais au vu du duo de scénaristes, on aurait pu s’attendre à bien pire ; en effet, individuellement, ils avaient déjà été les auteurs de deux des plus mauvais westerns vus jusqu’ici, Montana pour James R. Webb et Sugarfoot pour Thomas W. Blackburn. Contrairement à ces derniers, Raton Pass s’avère néanmoins plutôt plaisant à défaut d'être un bon film !


Tout comme celui de The Furies d’Anthony Mann, il n'est pas facile de raconter ce script assez dense sur le papier (mais trop superficiel et vite expédié en réalité). Dans le pitch concocté ci-dessus, nous n'avons même pas eu le temps d’évoquer le personnage de la nièce des Pozner qui n’a d’yeux que pour l’héritier de la famille adverse, interprété par la charmante Dorothy Hart - déjà croisée ici dans les sympathiques La Vallée maudite (Gunfighters) de George Waggner et La Fille des Prairies (Sam Bass and Calamity Jane) de George Sherman. Encore un scénario mélangeant drame familial, tragédie passionnelle, mettant en scène des personnages avides et cupides, ambitieux au point de tout écraser sous leur passage, aux côtés d’autres plus blancs, presque idéalistes comme la Mexicaine jouée par Dorothy Hart justement. Malheureusement, que ce soit les uns ou les autres, ils n’ont pas été écrits avec nuance et ne subissent que très peu d’évolution tout du long du film. La méchanceté de certains personnages aurait pu être réjouissante si elle avait été tempérée et crédible ; si Steve Cochran - L’Enfer est à lui (White Heat) de Raoul Walsh - se montre très convaincant en tueur sans états d’âme, on a du mal à imaginer que Patricia Neal puisse être ce monstre famélique et égocentrique. On se serait plutôt attendu à trouver Barbara Stanwyck ou Bette Davis mais quoi qu’il en soit, deux ans après son inoubliable prestation dans Le Rebelle (The Fountainhead) de King Vidor, Mme Gary Cooper se révèle à nouveau très talentueuse même si son personnage a été écrit à la truelle. Petit regret néanmoins qu’Eleanor Parker n’ait pas accepté le rôle qui lui avait été dévolu ; la voir en femme fatale impitoyable aurait été sacrément intéressant. Basil Ruysdael se tire parfaitement de son rôle de patriarche tout à la fois féroce et droit, loin des Cattle Barons inhumains que l’on avait l’habitude de voir. Quant à Dennis Morgan, moins irrésistible que dans Cheyenne de Raoul Walsh, il fait cependant bonne figure mais reste un peu en deçà de ses partenaires.


Bref, c’est bien joué, l’histoire est assez captivante mais menée trop rapidement pour qu’on ait le temps de s’attacher aux personnages et surtout peu mise en valeur par une mise en scène sans souffle ni ampleur. On se situe à cent lieues de King Vidor ou d’Anthony Mann mais on s’en serait douté, Edwin L. Marin n’ayant jusqu’ici jamais brillé par son talent même s'il se trouve à l’origine de quelques films assez sympathiques. Raton Pass sera effectivement son avant-dernier film, le cinéaste décédant quelques mois après la sortie de celui-ci, avant même que son ultime western ne fasse son apparition sur les écrans. Même si dans l’ensemble la réalisation d'Edwin L. Marin s’avère assez plate, Raton Pass se situe quand même dans une honnête moyenne (cent coudées au-dessus de Sugarfoot par exemple), le réalisateur se lâchant de temps à autre par l’intermédiaire de beaux mouvements de caméra, notamment sur le visage de son actrice principale. Mais c’est surtout à Max Steiner que nous devons au film de se hisser lors de quelques séquences à des niveaux auxquels on ne l’attendait pas ; en effet, l’immense compositeur qui avait donné quelques dizaines de chefs-d’œuvre durant les années 30 et 40 s’était un peu endormi sur ses lauriers ces derniers temps, signant coup sur coup de multiples partitions sans intérêt. La musique qu’il a composée pour ce western s'avèree une belle réussite, notamment le thème affecté à Patricia Neal.


Sur une intrigue au départ plutôt fascinante et prometteuse, le film de Marin se contente d’avancer sans se soucier de psychologie au risque de ne pas nous faire adhérer à ses protagonistes. Même si plus il avance plus il perd de son intérêt et de son imprévisibilité, ce western aura eu le mérite de nous offrir une de ces rocambolesques et dramatiques histoires familiales dont beaucoup de spectateurs sont friands. Cela ne manque pas d’action ni de fusillades, de coups bas ni de retournements de situations, mais tout ceci reste bien trop sage, le studio ayant a priori voulu que son film ne s'éloigne pas trop des conventions. Si l'on ne cherche pas à le comparer à Duel au Soleil ou à The Furies, on pourra suivre le film sans ennui ; si en revanche on a encore ses deux films en tête, c’est peine perdue. Pas mauvais cependant, juste trop banal et trop fade.

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 9 décembre 2017