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Critique de film
Le film

Prix de beauté

L'histoire

Lucienne est dactylo, André son compagnon travaille dans une imprimerie. Tombant par hasard sur l’annonce du concours de l’élection de Miss France, Lucienne s’y inscrit et, ayant remporté le titre, part à San Sebastien concourir pour le titre de Miss Europe. Lucienne sera charmée par sa vie luxueuse de reine de beauté et aura bien du mal à reprendre une vie ordinaire quand André l’aura contrainte à rentrer avec lui à Paris. Lucienne rêve de s’extirper de sa condition sociale mais lutte pour ne pas « trahir » celui qu’elle aime et qui souhaite la voir rester à ses cotés. Quand elle décidera finalement de tenter de s’affranchir de lui et de prendre sa destinée en mains, Lucienne sera victime de la jalousie maladive de son ami.

Analyse et critique

Ecrit par René Clair sur un argument qui lui aurait été soufflé par Georg Willem Pabst, Prix de beauté présente, sous la caméra de Augusto Genina, un saisissant instantané de ce début des années 30. Tourné en partie dans des conditions réelles, au milieu des passants, le film offre des séquences quasi documentaires dont la qualité « historique » n’outrepasse pas pour autant la pure beauté graphique. Pour la scène de l’élection de Miss Europe, on organisa par exemple une réelle élection qui servit de décor pour le film, le réalisateur disposa plusieurs caméras pour couvrir l’événement et la foule enthousiaste se prêta volontiers au jeu. Splendides photographies de ces bords de Marne où vient s’ébattre le dimanche une foule bigarrée et rieuse, tourbillonnant vertige dans la cohue d’une fête foraine, la caméra épie les visages et les gestes dans un ballet au rythme rapide. Genina souligne les détails du quotidien, magnifie le visage des anonymes et signe une réalisation particulièrement dynamique.

Louise Brooks étincelle ici encore. La nature entièrement positive du personnage de Lucienne lui permet de laisser éclater sa joie de vivre et une face purement candide de sa personnalité. Radieuse, elle est simple et limpide. Dans la seconde partie du film, quand elle est soumise à la douleur que lui procure ce retour à une vie des plus banales, Louise Brooks émeut une fois de plus par la justesse de son jeu et l’immense fragilité qui se lit dans son regard d'enfant perdue.
Ses partenaires sont tout aussi inspirés. Georges Charlia apporte à André sa force et sa capacité à sembler vaciller au bord de la folie, sa complicité avec le comique italien Augusto Bandini qui campe Antonin, l’ami du couple, fonctionne à merveille à l’écran. Jean Bradin pour sa part livre aussi une bien belle prestation dans le rôle du Prince de Grabovsky, personnage tentateur, charmeur et trouble.

Jacqueline Lenoir a beau écrire dans l’Intransigeant que « l’adaptation musicale se fond enfin avec le son, s’y amalgame de façon à former un ensemble harmonieux. On ne nous avait pas montré jusqu’ici une chose aussi nouvelle. », force est de constater qu’on est bien encore ici aux balbutiements du cinéma sonore. Peu de sons d’ambiance ou alors en brouhaha, des scènes extérieures qui donnent l’impression d’avoir été enregistrées dans un hangar, un espace sonore vide de toute atmosphère duquel surgit subitement une voix, la sonorisation de Prix de beauté sent encore l’expérimentation. De la même façon, la musique est encore extrêmement illustrative et a même largement tendance à forcer le trait. Mais le point faible principal, le plus dommageable de cette bande son, c’est l’épouvantable doublage qui a été réservé à Louise Brooks. Affublée d’un timbre de voix dénué de toute grâce et flanquée d’un accent parigot du plus mauvais effet (les intonations en ‘oir’ sont terribles), Louise Brooks semble avoir la voix de quelqu’un qui aurait vingt ans de plus. Une catastrophe.

Prix de beauté illustre le gouffre qu’était la fracture sociale qui séparait à l’époque les classes modestes de la grande bourgeoisie. La simplicité de l’argument permet au réalisateur de s’attacher à la description de ces mondes dont on ne franchit pas impunément les barrières et fait du film un précieux témoignage sur son temps.

En savoir plus

La fiche IMDb du film

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Par Elwood P. Dowd - le 19 novembre 2004