Menu
Critique de film
Le film

Pour moi et ma mie

(For Me and My Gal)

Partenariat

Analyse et critique

Malgré sa forte cote de popularité aux USA, For Me and My Gal n’est toujours aujourd’hui connu en France que pour avoir donné à Gene Kelly son premier rôle au cinéma. Et pourtant, son intérêt est loin de se limiter à ce seul fait "historique". Nous nous trouvons devant une véritable perle, un petit chef-d’œuvre de sensibilité qu’il serait temps de faire sortir de l’oubli dans lequel il est tombé dans nos contrées. Alors que nous pensions, au vu du titre, avoir à faire à une gentille comédie musicale avec une intrigue minimaliste propre à quiproquos, il s’agit en fait à la fois d’un vibrant hommage au Music-Hall de l’orée du siècle (le film démarre en 1916 et permet de remettre au gout du jour quelques chansons de l’époque) et d’un mélodrame de guerre qui pourtant débute avec une vitalité, un entrain et un optimisme débordant. Après quelques numéros musicaux tous plus réussis les uns que les autres (dont la chanson titre qui donne lieu à une séquence mémorable entre Judy Garland et Gene Kelly, l’alchimie s’opérant entre les deux acteurs confinant à la magie), le film passe en douceur à la comédie romantique puis au drame de guerre (ici la Première Guerre mondiale) avec son lot de proches tour à tour enrôlés pour se rendre au front (touchant Richard Quine interprétant le frère de Judy Garland, le même Richard Quine qui deviendra l’un des réalisateurs les plus attachants du cinéma américain la décennie suivante), ses nombreuses tragédies familiales dues aux innombrables morts tombés sur les champs de bataille, et la description de l'aide psychologique apportée aux soldats par l'intermédiaire du Théâtre des Armées.

On aura bien compris que For me and my Gal, tourné en 1942, est un film de propagande qui s’inscrit dans cet ensemble d’œuvres produites par les Majors pour participer à l’effort de guerre, pour redonner espoir aux soldats US et aux civils ; mais il ne faudrait surtout pas que, pour cette raison, elle fasse fuir un grand nombre de réfractaires à cette "vulgaire" appellation de propagande ! Au contraire, comme Casablanca l’année suivante, For me and my Gal prouve qu’une œuvre destinée à faire vibrer la fibre patriotique de ses compatriotes peut dans le même temps se révéler être un grand film. En effet, For Me and My Gal fonctionne à merveille sur presque tous les plans grâce à la perfection des équipes techniques de la MGM (musique, photo, décors...), à l'immense talent et à la vigueur étonnante de Busby Berkeley à la mise en scène (Arthur Freed, dont c'était le troisième film en tant que producteur, le proposa à la réalisation car ce dernier avait vécu ce genre de conflit dans sa jeunesse et avait servi dans l'armée américaine en France en montant des spectacles pour le "Théâtre aux Armées"), mais surtout grâce à trois acteurs formidables. Gene Kelly, dès sa première apparition à l’écran, fait montre d’un charisme certain, d’une forte présence, et son entrain est communicatif malgré un rôle plutôt ingrat et pas forcément sympathique de prime abord. George Murphy est excellent en ami secrètement amoureux et aura rarement été aussi touchant qu’ici. Enfin, avec sa poignante fragilité et son visage très cinégénique, Judy Garland n’éprouve aucun mal à nous fait verser à plusieurs reprises des larmes de joie ou de tristesse. On a d’ailleurs du mal à imaginer qu'elle n'était pas réellement amoureuse de son partenaire tellement leur couple à l’écran s’avère convaincant (il le sera à nouveau six ans plus tard dans Le Pirate de Minnelli). Busby Berkeley, de la part de qui nous ne nous attendions pas à une telle sensibilité, nous offre notre comptant de séquences à fort degré d’émotivité comme le départ du frère à la guerre, la découverte de l'amour respectif que se portent nos deux "héros", ainsi que l’euphorisant final. Mais bizarrement, alors qu’il était réputé dans les années 1930 pour ses étonnantes et virtuoses chorégraphies, ainsi que pour ses extravagantes idées de mise en scène pour les numéros musicaux, ce n’est pas Berkeley qui les règle ici, préférant s’attarder sur l’histoire qu’il à a raconter et sur sa direction d’acteurs ; ce qui ne se révèle pas gênant, les séquences de Music-Hall n’étant pas destinées à être dans ce cas précis spécialement spectaculaires, les protagonistes étant des acteurs modestes d’une troupe itinérante qui n'arrivent pas à percer dans le milieu. Bref, si l’on peut faire abstraction de deux pénibles chansons par Martha Eggerth et des cinq minutes guerrières qui se situent en toute fin de film, et qui confinent au kitsch voire même au ridicule avec son culte forcé de l’héroïsme, c'est une réussite presque totale, l’une des comédies musicales les plus attendrissantes qui soit. Elle fut l’une des plus grosses recettes de la MGM mais, curieusement,elle ne fut distribuée dans notre pays que 36 ans après sa sortie, en juillet 1978. Busby Berkeley considérait que c’était son film le plus réussi ; il n’avait pas tort !

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 5 janvier 2009