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Critique de film
Le film

Police Puissance 7

(The Seven-Ups)

L'histoire

Buddy est le chef d’une unité spéciale de la police de New York, nommée "Seven-Ups", spécialisée dans l’arrestation de criminels qui seront condamnés à sept années de prison ou plus. Ils n’hésitent pas à utiliser des méthodes brutales, proches de celle des gangsters qu’ils poursuivent, mais leur efficacité est remarquable. Alors que les Seven-Ups traquent un usurier de la mafia, Buddy apprend que le milieu est sur les dents. La raison est simple : des kidnappings ont lieu parmi les gros bonnets, organisés par des hommes se faisant passer pour des policiers. Dans la confusion, un membre de l’unité est sauvagement tué en représailles. Ivre de colère, Buddy va se lancer avec ses hommes dans une vendetta meurtrière.

Analyse et critique

Disparu il y a quelques mois seulement, le méconnu Philip D’Antoni a laissé derrière lui une carrière aussi courte que marquante. Il débute en 1963 en produisant quelques documentaires télévisés avant de connaitre des débuts fracassants au cinéma en produisant Bullitt. Grâce à ce succès, il obtient un contrat pour produire plusieurs films à la Warner mais c’est avec la Twentieth Century Fox qu’il produira son second film, French Connection, pour un triomphe encore plus marquant et couronné par cinq Oscars majeurs. D’Antoni a alors carte blanche à Hollywood. Il est associé au projet French Connection II mais laisse finalement la main pour se concentrer sur Police Puissance 7. Alors que c’est dans un premier temps Noel Black qui est pressenti pour le mettre en scène, la Fox insiste pour que D’Antoni dirige le film, mise en confiance par son implication dans l’écriture, le casting et les différentes étapes de fabrication de ses deux premières productions. D’Antoni accepte et réalise ainsi le troisième épisode d’une trilogie informelle de polars. Sollicité pour mettre en scène d’autres films, D’Antoni revient pourtant ensuite à la télévision pour produire notamment la série à succès Movin’ On avant de prendre une retraite précoce, fatigué par quinze années d’une activité intense. Cette courte carrière explique peut-être le relatif oubli dans lequel D’Antoni et surtout Police Puissance 7 sont désormais tombés. Pourtant il nous semble que c’est une injustice, tant ce film se révèle être le digne héritier de French Connection.

Cette filiation est en partie due au scénario, qui trouve sa source dans des récits de Sonny Grosso, le fameux policier new-yorkais qui fit partie de ceux qui luttèrent contre la French Connection, et dont le personnage est interprété à l’écran par Roy Scheider dans le film de William Friedkin. Nous replongeons donc dans l’ambiance sombre de New York et dans l’ambiguïté des rapports entre policiers et criminels. Sur ce point de départ et après un traitement proposé par Alexander Jacobs qui fut presque totalement rejeté par D’Antoni, le scénario de Police Puissance 7 est écrit par Albert Ruben, dont c’est le seul travail notable pour le cinéma. Le traitement produit est une belle réussite, qui parvient à offrir une histoire à la fois limpide par ses rebondissements et trouble par le comportement de ses personnages. Le film s’ouvre sur une intervention des Seven-Ups, une unité spéciale de la police new-yorkaise ayant réellement existé. Nous découvrons une équipe de policiers soudés et aux méthodes efficaces mais discutables. Le groupe est mené par le charismatique Buddy qui prépare ses opérations grâce aux informations fournies par Vito Lucia, un ami d’enfance ayant choisi la voie de l’illégalité. Nous assistons ensuite à l’enlèvement d’un mafieux par une bande de faux policiers eux aussi informés par Vito, qui joue sur deux tableaux. La situation est donc très claire dès le début et ce n’est pas sur la résolution d’une intrigue que repose le film mais sur le comportement des personnages dans cette situation. La confusion morale est totale, et Police Puissance 7 est de ce point de vue emblématique du cinéma policier de son époque, avec des policiers se comportant comme des gangsters pour mieux faire régner l'ordre, des gangsters se faisant passer pour des policiers pour racketter des mafieux et, au milieu, un indicateur servant chacune des parties. Le scénario ne désigne aucun héros parmi ces différents protagonistes, c’est plus que jamais au spectateur de se positionner, pour le plus grand plaisir des amateurs du genre.


Néophyte, Philip D’Antoni parvient pourtant à mettre brillamment en scène ce scénario. Certes, il n’a pas un style particulièrement remarquable mais sa technique sûre et un vrai sens du cadre permettent à Police Puissance 7 d’être une franche réussite. Il faut aussi souligner sa capacité à ne pas être un simple illustrateur mais à raconter réellement l’histoire par sa mise en scène, par exemple lorsque Buddy comprend le double jeu de Vito, une séquence peu dialoguée comme l’essentiel du film. D’Antoni réussit également à créer de nombreux moments de suspense, comme lors des deux paiements de rançon ou quand Buddy fait parler un mafieux hospitalisé. Le réalisateur joue brillamment sur l’étirement de ces scènes, sur l’attente des spectateurs et sur les effets de surprise, donnant à ces séquences un accent hitchcockien renforcé par la musique de Don Ellis, qui évoque par instant les compositions de Bernard Herrmann. D’Antoni sait également y faire pour établir une atmosphère, ce qui est le cas dès l’ouverture du film qui nous plonge dans un décor urbain, grisâtre et froid qui donne immédiatement le ton du film. C’est d’ailleurs ce type de scène qui domine dans une œuvre qui propose peu de scènes d’action ; ce qui renforce mécaniquement l’effet de la grande course-poursuite, le climax du film. Comme ses devancières de Bullitt et French Connection, celle-ci rejoint immédiatement le panthéon du genre grâce au réalisme inégalable des prises de vues, à la science du réalisateur qui fut à bonne école et à sa conclusion glaçante qui restera solidement ancrée dans la mémoire du spectateur.

Pour donner vie au récit, le choix de Roy Scheider s’imposait de lui-même puisque le personnage de Buddy n’est autre qu’une nouvelle incarnation de Sonny Grosso. Il lui offre à nouveau sa prestance et démontre sa capacité à rendre à l’écran l’ambivalence du personnage, défenseur sincère de la loi et capable de bafouer toutes les règles pour arriver à ses fins. Il est accompagné dans la distribution par une troupe d’acteurs charismatiques, dont plusieurs vrais policiers new-yorkais, qui donnent parfaitement vie aux personnages qui peuplent Police Puissance 7. Il faut enfin et surtout souligner la performance de Tony Lo Bianco, lui aussi déjà au générique de French Connection, dans le rôle de Vito Lucia. Parfaitement crédible dans la peau de ce personnage complexe, il parvient en plus à le rendre attachant par son naturel désarmant au point que son comportement nous semble compréhensible, ce qui rend bouleversante la fin du film que nous ne révélerons pas ici. Une touche d’émotion qui n’existe pas au détriment du ton d’ensemble mais qui vient en plus, grâce à Lo Bianco qui trouve ici son plus beau rôle. Malgré toutes ces qualités, Police Puissance 7 ne connut le succès public que pendant quelques jours avant d’être oublié. Il s’agit pourtant à l’évidence d’un grand polar moderne, qui nous fait regretter que Philip D’Antoni ne soit jamais repassé derrière la caméra tant ses compétences de réalisateur étaient évidentes.

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La fiche IMDb du film
Par Philippe Paul - le 15 novembre 2018