
Analyse et critique
White Feather raconte avec intelligence, crédibilité et sensibilité le difficile parcours pour arriver à ce traité de "paix", et trace un portrait d’une grande dignité de ce peuple noble écrasé par l’homme blanc. Tout ceci ne va pas sans une certaine naïveté (surtout dans l’écriture du personnage de Debra Paget et de son histoire d’amour pourtant touchante avec Robert Wagner), mais la sincérité de ton et la noblesse du plaidoyer ne manquent pas d’ampleur. La superbe photographie de Lucien Ballard magnifiée dans un scope très large et la très belle partition d’Hugo Friedhofer renforcent la beauté de ce western lent, parfois élégiaque, sans emphase mais dont le côté spectaculaire n’est pas évacué pour autant par la manière qu’à le cinéaste d’utiliser une imposante figuration d’Indiens et de soldats en déplacements. Certains plans séquences très étirés, surtout dans la longue et superbe scène finale remarquablement tendue, sont splendides et montrent le talent réel de Robert D. Webb, réalisateur peu prolifique qui ne signa que 14 films tous malheureusement restés dans l’ombre malgré d’autres sympathiques réussites comme Le Shérif (The Proud Ones) ou Le Cavalier du crépuscule (Love me Tender), le premier film avec Elvis Presley. Il fut avant cela un réalisateur de seconde équipe réputé, notamment sur les films d'Henry King avec Tyrone Power comme Capitaine de Castille ou Echec à Borgia (Prince of Foxes). Pas de génie dans ses mises en scène mais du très bon travail d’artisan consciencieux à la technique irréprochable. White Feather ne déroge pas à la règle. Si Delmer Daves avait lui même assuré la mise en scène, le film aurait probablement atteint des sommets mais en l’état, il est plus que recommandable, bien réalisé et très bien interprété. Outre Robert Wagner, Jeffrey Hunter est parfait en fier Cheyenne rebelle tiraillé entre la loyauté envers son père et son code de l’honneur, John Lund est formidablement sobre dans la peau du Colonel pacifiste ; il est juste à déplorer que le personnage féminin non dénué de mystère joué par Virginia Leith, n’ait pas assez été développé contrairement à celui moins original dévolue à Debra Paget. « I feel sorry for them » dira-t-elle en voyant les tribus indiennes se préparer à quitter les terres de leurs ancêtres. Nous ne pouvons que ressentir la même chose à la vison de ce beau film, même si le final montre aussi une réconciliation entre les peuples à travers le mariage à venir entre Josh Tanner et Appearing Day.






