Critique de film

Analyse et critique

White Feather, western assez méconnu en France, ressemble étrangement à un classique du genre sorti cinq années auparavant, La Flèche Brisée (Broken Arrow), aujourd’hui surtout célèbre pour avoir été déclaré premier western totalement pro-indien. Pas vraiment une coïncidence puisque le scénariste de White Feather n’est autre que le réalisateur de Broken Arrow, à savoir l’un des plus généreux chantres de l’antiracisme du cinéma hollywoodien, Delmer Daves. On retrouve dans ce film une même introduction prévenant le spectateur que les Indiens parleront anglais pour plus de facilité, la même actrice principale, Debra Paget, dans le rôle de l’indienne qui tombe amoureuse d’un homme blanc, et une intrigue similaire dans ses grandes largeurs. Et disons le d’emblée, cette "resucée" n’a rien à envier à son illustre prédécesseur. Le film de Robert D. Webb possède même un scénario mieux équilibré et se révèle plus intense par le fait de prendre son temps là où celui de Daves se montrait parfois trop elliptique et saccadé, ce qui nous empêchait de ressentir suffisamment d’empathie envers les personnages. White Feather narre l’histoire véridique d’une amitié entre un blanc, Josh Tanner, qui n’éprouvait avant de la connaître qu’indifférence envers la nation indienne, et un guerrier Cheyenne, Little Dog, qui refuse de quitter les terres qu’on souhaite confisquer à son peuple pour y exploiter l’or qu'il regorge. Cette amitié se déroule sur fond de faits historiques, le départ "forcé" en 1877 des dernières tribus indiennes du Wyoming pour des plaines plus au sud. Le film se termine d’ailleurs là où Les Cheyennes (Cheyenne Autumn) de John Ford débute, avant ce dramatique exil, jusqu’à ce que "le dernier Cheyenne" révolté soit abattu après un combat inégal qu’il avait souhaité contre l’avis de Broken Hand, son père et chef de la tribu.

White Feather raconte avec intelligence, crédibilité et sensibilité le difficile parcours pour arriver à ce traité de "paix", et trace un portrait d’une grande dignité de ce peuple noble écrasé par l’homme blanc. Tout ceci ne va pas sans une certaine naïveté (surtout dans l’écriture du personnage de Debra Paget et de son histoire d’amour pourtant touchante avec Robert Wagner), mais la sincérité de ton et la noblesse du plaidoyer ne manquent pas d’ampleur. La superbe photographie de Lucien Ballard magnifiée dans un scope très large et la très belle partition d’Hugo Friedhofer renforcent la beauté de ce western lent, parfois élégiaque, sans emphase mais dont le côté spectaculaire n’est pas évacué pour autant par la manière qu’à le cinéaste d’utiliser une imposante figuration d’Indiens et de soldats en déplacements. Certains plans séquences très étirés, surtout dans la longue et superbe scène finale remarquablement tendue, sont splendides et montrent le talent réel de Robert D. Webb, réalisateur peu prolifique qui ne signa que 14 films tous malheureusement restés dans l’ombre malgré d’autres sympathiques réussites comme Le Shérif (The Proud Ones) ou Le Cavalier du crépuscule (Love me Tender), le premier film avec Elvis Presley. Il fut avant cela un réalisateur de seconde équipe réputé, notamment sur les films d'Henry King avec Tyrone Power comme Capitaine de Castille ou Echec à Borgia (Prince of Foxes). Pas de génie dans ses mises en scène mais du très bon travail d’artisan consciencieux à la technique irréprochable. White Feather ne déroge pas à la règle. Si Delmer Daves avait lui même assuré la mise en scène, le film aurait probablement atteint des sommets mais en l’état, il est plus que recommandable, bien réalisé et très bien interprété. Outre Robert Wagner, Jeffrey Hunter est parfait en fier Cheyenne rebelle tiraillé entre la loyauté envers son père et son code de l’honneur, John Lund est formidablement sobre dans la peau du Colonel pacifiste ; il est juste à déplorer que le personnage féminin non dénué de mystère joué par Virginia Leith, n’ait pas assez été développé contrairement à celui moins original dévolue à Debra Paget. « I feel sorry for them » dira-t-elle en voyant les tribus indiennes se préparer à quitter les terres de leurs ancêtres. Nous ne pouvons que ressentir la même chose à la vison de ce beau film, même si le final montre aussi une réconciliation entre les peuples à travers le mariage à venir entre Josh Tanner et Appearing Day.

Plume blanche

(White Feather)

Générique

Année : 1955

Pays : États-Unis

Genres : Histoire, Western

Réalisé par : Robert D. Webb

Avec : Robert Wagner, John Lund, Debra Paget, Jeffrey Hunter, Eduard Franz, Noah Beery Jr., Virginia Leith, Emile Meyer, Hugh O'Brian, Milburn Stone

Montage : George A. Gittens

Photographie : Lucien Ballard

Scénario : Delmer Daves, Leo Townsend, John Prebble

Musique : Hugo Friedhofer

Costumes : Travilla

Maquillage : Louis Hippe

Décorateur de plateau : Richard Siegel

Direction artistique : Jack Martin Smith

Studios de production : Panoramic Productions

Technique

Durée : 102 min

Format d'image : 2.55:1

Couleur : Couleur

Dvd & Blu-ray

Bande-annonce

Avis de la rédac

  • Erick Maurel 7/10

  • Olivier Bitoun 8/10

Partenariat