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Critique de film

L'histoire

 

Voix-off d’intro du film : "Au cours de la dernière décade du 21ème siècle, des hommes et des femmes à bord de vaisseaux-fusées se posèrent sur la lune. En 2200 après Jésus-Christ, les humains avaient atteint les autres planètes de notre système solaire. Presque à la même époque eut lieu la découverte de l’hyper-énergie grâce à laquelle la vitesse de la lumière fut d’abord égalée, et ensuite largement dépassée. C’est ainsi que l’humanité entreprit enfin la conquête et la colonisation de l’espace interplanètaire."

2257. Le croiseur des planètes unies C57D, après une année de vol, arrive en vue de Altaïr 4. La mission de l’équipage du commandant Adams est de trouver les survivants d’une expédition scientifique arrivée sur la planète vingt ans auparavant. De l’équipage du Béléphoron il ne reste plus que le Dr Morbius, qui tente vainement par radio de les dissuader d’atterrir. Le commandant suit néanmoins ses ordres et, à l’arrivée du vaisseau, l’équipage est accueilli par un étonnant robot envoyé par Morbius.

 

Analyse et critique

Première incursion de la MGM dans ce genre cinématographique, Planète interdite fut le premier film de science-fiction tourné en couleurs et en Cinémascope, et le premier film tous genres confondus (excepté peut-être certains films « expérimentaux ») à proposer une musique entièrement synthétique. Production ambitieuse pour l’époque, Planète interdite contribuera largement à donner ses lettres de noblesse au genre et marquera à jamais son évolution (Star Trek par exemple qui débutera 10 ans plus tard n’aurait sans doute jamais existé sans Planète interdite).

On tient là une réussite artistique à tous points de vue. Les superbes matte paintings et les décors grandioses (le film fut intégralement tourné en studio) font aujourd’hui encore grandement le charme de Planète interdite. La musique synthétique à l’ambiance si particulière qui fut supervisée par John Cage (le pape de la musique expérimentale) reste toujours aussi inquiétante et singulière. Un grand soin fut apporté aux effets spéciaux (la création du monstre fut confiée aux animateurs du studio Disney) et si à la vue des derniers progrès de l’animation par ordinateur on peut esquisser un sourire, le charme opère toujours autant. Si beaucoup de temps et d’argent ont été consacrés aux effets spéciaux et à tout ce qui fait l’habillage du film, il est heureux de constater que, contrairement aux erreurs récurentes du cinéma « actuel », ces investissements n’ont pas été faits au détriment du scénario. Le propos moral du film reste plutôt confus mais la diversité des thèmes qu’il soulève le rend intensément riche. Inspiré de La Tempête de Shakespeare, le scénario du film emprunte tout autant à la psychanalyse freudienne. Le docteur Morbius, en enrichissant ses connaissances à travers les vestiges d’une civilisation brillante, cherche à s’affranchir de la bête qui est tapie dans l’homme, à faire prendre définitivement le dessus à l’esprit sur le corps, à abolir le subconscient. Sur cette planète vierge de toute société, il a bâti un monde idéal pour sa fille Alta. Celle ci, dans une image de paradis originel, parle une langue que comprennent les animaux. Elle perdra cette faculté en même temps qu’une partie de son innocence, Morbius le démiurge paiera quand à lui le prix de son blasphème.

Walter Pidgeon incarne brillament le charismatique Docteur Morbius, et c’est avec un plaisir immense qu’on se laisse guider dans la mémorable visite des installations de la civilisation Krell. Ann Francis qui joue le rôle de Alta est délicieuse de fraîcheur, et reste aujourd’hui l'une des plus charmantes jeunes premières de l’histoire du cinéma. Et comment ne pas mentionner le sémillant Leslie Nielsen à l’aube d’une carrière qui ne le destinait peut-être pas uniquement aux Naked Gun… Modèle de sobriété (si si !), Nielsen incarne à merveille le héros positif de cette aventure.

Mais la vraie star du film est incontestablement Robby le robot. Capable de synthétiser n’importe quelle matière, de l’émeraude au whisky, parlant 188 langues, dialectes et sous-langages, Robby marqua profondément les esprits. Il sera crédité en tant qu’acteur sur un autre film : The Invisible Boy (1957) et on ne compte plus aujourd’hui ses apparitions aussi bien à la télévision qu’au cinéma. On cultiva le secret concernant la présence ou non d’un acteur dans la carcasse métallique, et Robby fut même interviewé par France Roche lors de la sortie du film en France. Si le film reste toujours aussi magique pour le spectateur qui le découvrent aujourd’hui, ce n’est pas uniquement dû à l’avance qu’il avait sur son temps ni à son statut, à posteriori, de film matrice. Planète interdite émerveille toujours autant car il est l’incarnation même d’une certaine idée de la science-fiction, la vision idéale qu’on se fait du cinéma de SF classique : naïf et poétique, grandiose et délicieusement désuet. Pour le cinéphile qui découvre le film aujourd'hui, Planète interdite est un fantasme réalisé.

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La fiche IMDb du film