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Critique de film
Le film

Pastorale

(Pastorali)

Partenariat

Analyse et critique

Pastorale prend pour cadre une troupe de musiciens qui vient répéter durant un été dans le calme d’un petit village des montagnes géorgiennes. Par ce motif de l’orchestre, la musique prend dans le film la place primordiale qu’elle occupe dans le cœur de Iosseliani. Il a d’ailleurs effectué des études musicales au conservatoire où il a appris le piano, la composition et la direction d’orchestre. Le film s’ouvre sur un morceau de clavecin, et jamais la musique ne quitte le film. Mais celle-ci n’est pas seulement un cadre narratif, elle imprègne sa matière même, sa construction : points et contrepoints (la transition brutale d’un bureau aseptisé à la campagne la plus reculée…), longues plages élégiaques et crescendo... Le titre renvoie bien entendu aux pièces de musique champêtres, tout autant qu’à l’évocation du mode de vie rural.

Pastorale est un film lent, où les actions se comptent sur les doigts d’une main. Ce qui intéresse avant tout le réalisateur, c’est l’observation minutieuse d’un petit village géorgien, son quotidien discret: un banquet, une dispute autour de la construction d’une maison, un vol de briques... rien de très dramatique, mais des petits faits qui remplissent la vie et donnent une impression de vérité saisissante. Iosseliani s’attarde avec amour sur les gestes des paysans, comme il s’attarde sur les répétitions des musiciens. Un même élan porte la description de ces deux sphères qui cohabitent.

Mais discrétion ne veut pas dire disparition, et le réalisateur épingle avec rancœur le système des Kolkhozes et met à bas les consignes arbitraires (il est interdit de faucher les blés alors que les paysans en ont besoin), ou encore dévoile les passe-droits des puissants et la servilité des petits chefs (un gardien du Kolkhoze s’en prend à un simple villageois pour une peccadille, et autorise un nanti à pêcher à la dynamite…). Le film est de nouveau interdit par les autorités. Peut-être pas pour ces petites critiques disséminées dans le film, mais plutôt par son refus répété de réaliser des œuvres galvanisantes. Il faut attendre 1982 pour que le film soit montré aux spectateurs soviétiques et au Festival de Berlin d’où il repart avec le Prix de la Critique Internationale.

Si le réalisateur évoque avec amour la terre qu’il aime et ses habitants, il n’en fait pas une peinture idyllique. Les querelles sont constantes et la mesquinerie est présente à la campagne comme à la ville, alors même que l’on s’attend à la vue du sujet à une classique opposition entre les vraies valeurs de la campagne et la folie de la ville. La peinture de ses deux mondes ne devient jamais leçon de morale. Il n’y a d’ailleurs que peu de liens qui se nouent entre les musiciens et leurs hôtes. Il y a bien plus de réserve que d’échange. Même une bonne tablée tant affectionnée par notre cinéaste, ne parvient pas à unir dans un même élan les convives. Et si une histoire semble se nouer entre un musicien et une jeune villageoise, elle n’est qu’esquissée, ne débouche sur aucune idylle ni drame. C’est que pour Iosseliani, tous ces personnages sont soumis à un moule social, que ce soit celui de la paysannerie ou de la musique professionnalisée. Chacun est dans sa sphère, nul ne s’ouvre aux autres.

En savoir plus

La fiche IMDb du film

La Période Géorgienne d'Otar Iosseliani

Par Olivier Bitoun - le 12 octobre 2005