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Critique de film
Le film

Parabole d’or

(Parabola d'oro)

Partenariat

L'histoire

PARABOLE D'OR
Dans la Sicile intérieure, les paysans moissonnent sous une chaleur écrasante les terres arides. C'est la récolte de l'année qui assurera ou non leur subsistance. Pour battre le blé,ces paysans utilisent une technique ancestrale reposant sur des mulets et sur le vent qui souffle dans la région.

BATEAUX DE PÊCHE
Des milliers de pêcheurs siciliens sillonnent la vaste étendue qui s’ouvre entre leur île et l'Afrique. Lors des tempêtes parfois violentes, les bateaux trouvent refuge sur l'île de Lampedusa.

Analyse et critique


Avec ces deux films ayant pour sujets la moisson dans la Sicile centrale et les marins partis au large vers l'Afrique, Vittorio De Seta poursuit ce geste d'épure entamé avec Paysans de la mer. Depuis Pâques en Sicile, De Seta se détache de la veine Flaherty. Il reconstitue moins ce qui se déroule devant lui, se situe plus dans une approche brute et directe. En se contentant d'une certaine manière de ce qui advient, sans chercher à refaire ce qu'il a pu observer, il utilise bien moins d’effets de cadrage ou de montage et simplifie sa mise en scène. Ce faisant, il est en quête d’une forme de pureté dans ses images, jouant moins sur les contrastes entre des échelles de plan différentes ou des successions de plongées et de contre-plongées. Ses films perdent ainsi une partie de leur pouvoir de fascination mais gagnent en sensibilité, en beauté, en poésie naturelle.

Son œuvre se fait aussi de plus en plus silencieuse. L'absence de commentaires et de musique a permis jusqu’ici au cinéaste de transcrire quelque chose de la sècheresse, de l'archaïsme, de l'âpreté de la vie des hommes qu’il filme. Ici, De Seta réduit encore sa bande-son, éliminant plusieurs strates sonores, simplifiant l’incroyable travail de mixage qu’il effectuait jusqu’à présent sur ses films. De la même manière qu'il délaisse le sur-découpage et les effets de mise en scène les plus voyants, il épure la bande sonore, toujours extrêmement travaillée et précise, mais moins ostensiblement brillante.

Dès ses débuts de cinéaste, Vittorio De Seta se lance dans un film sans avoir scénario établi. Il se fond dans le monde qu'il a choisi, en rapporte des images et une multitude de sons puis construit son récit à partir de cette matière. Mais ses premiers sujets sont précis et forts (la pêche à l’espadon, une éruption volcanique, le travail dans la mine…) et ils créent d'eux-mêmes une narration. De Seta a l’ambition de réaliser des films qui naîtraient depuis le sujet et non qui lui préexisteraient. Des films qui s'imposeraient à lui et non qu'il serait venu chercher dans la matière de la vie.

Ce n'est vraiment qu'avec Parabole d'or et Bateaux de pêche que le cinéaste parvient vraiment à concrétiser cette vision du cinéma. Dans ces deux films, il se plie complètement à la réalité des choses, à ce qui advient. C’est que De Seta s’implique moins directement dans l'action (la reconstitution des faits et gestes de ses personnages) et qu’il laisse le film s’écrire sans avoir à cœur de lui donner une architecture narrative forte. Ce changement se ressent dans ses qualités d'observation qui s'affinent de film en film et dans sa volonté de choisir des sujets moins frappants visuellement ou socialement. En affinant son style, en s’éloignant des formules classiques du cinéma, il peut délaisser les sujets les plus marquants pour prolonger encore plus loin son travail sur les mondes perdus, il peut aller jusqu’au cœur des choses.

Dans Parabole d'or, il choisit un sujet extrêmement ténu, simple : la façon dont les paysans utilisent les mulets pour battre le grain. Toujours aucune trace de modernité chez lui, toujours cet attachement à trouver dans le monde contemporain ce qui est encore attaché au passé. Et toujours cette vision cyclique de la vie qui repose ici sur trois strates : la récolte annuelle, une technique venue d'un passé immémorial et que l'on perpétue, et enfin le rythme de la journée de travail. De Seta filme ainsi le soleil qui se lève et la chaleur qui s’accroît jusqu'au moment où toute activité physique devient impossible. Il filme alors la pause, l'attente, le rythme qui lie les hommes à la nature. De Seta répète tout ce qu’il a déjà dit dans ses précédentes réalisations, mais il le fait à partir d’une activité plus communément partagée que la pêche à l’espadon ou le travail dans la mine. Il atteint ainsi une forme d’universalité que les sujets plus flamboyants qu’il choisissait jusqu’ici lui interdisaient.

Dans Bateaux de pêche, il filme les repas des pêcheurs, la vaisselle, les mains qui recousent les filets. Il filme la nuit qui tombe et les marins serrés dans les cabines exiguës et les couchettes étroites. Là encore, rien de grandiose, d'exaltant, mais des choses simples, la vérité de ces vies. Le choix de ses sujets n'est plus l'impressionnante pêche à l'espadon, la colère du Stromboli, le travail dans les mines, mais le quotidien des gens de la terre et de la mer. Il revient sur ces deux mondes pour faire un dernier point sur cette humanité qui va disparaître. Et si ses films sont si beaux, touchants, c’est qu’ils portent en leur sein cette imminence du désastre.

En savoir plus

La fiche IMDb du film

Introduction à l'oeuvre de de Seta

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Par Olivier Bitoun - le 4 septembre 2010