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Critique de film
Le film

Pâques en Sicile

(Pasqua in Sicilia)

L'histoire

Dans les régions de Messine, Caltanissetta et Enna, à San Fratello, Della et Aidone, les villageois se retrouvent chaque année pour célébrer Pâques. Le vendredi, ils reconstituent la mort et la résurrection du Christ, et le dimanche de grandes processions traversent les villages.

Analyse et critique

Vittorio De Seta change de registre en ne prenant plus le rapport entre l'homme et la nature pour cadre de ce nouveau film. Mais il y a toujours chez lui cette idée d'explorer les liens que l'homme entretient à la tradition, à une culture ancienne qui perdure encore, comme les fêtes de Pâques ici filmées. Les rites (comme la fête du sapin dans Les Oubliés) sont très importants pour De Seta car ils donnent un aspect cyclique au cours de la vie. Le fait de constituer ses films autour d'une journée, de les rythmer par des chants que l’on devine anciens, de les clore sur des fêtes de village ou comme ici d’enregistrer une célébration annuelle participe de la même approche : il s'agit de faire ressentir l'idée que ces sociétés humaines ont traversé, presque intactes, le temps et que le cycle des vies humaines est aussi celui, cyclique, de l’histoire de l’humanité.

De Seta filme les grands mouvements de foule et la ferveur des croyants qui défilent. Ces fêtes sont comme un grand théâtre dans lequel chacun peut exprimer son besoin de transcendance. Ce besoin est inscrit dans ces visages qui fixent silencieusement les cieux, et De Seta répond à ces imprécations silencieuses en filmant le ciel qui vient envahir l'espace du film. Il répond ainsi à la ferveur des croyants mais relie aussi l'homme au monde dans un dialogue silencieux. Le ciel est omniprésent dans les films de Vittorio De Seta et il y a toujours cette sensation chez lui d'un au-delà qui vient transcender les existences humaines.

La deuxième procession est plus festive, moins mystique. C’est presque une fête de village : il y a des enfants qui courent, des fanfares, des hommes déguisés. L'histoire du Christ devient un spectacle joyeux et De Seta transmet ce côté festif par un montage alerte et des mouvements de caméra rapides. Ce qui intéresse alors le cinéaste, c'est de capter ce lien qui unit la population : lien religieux, mais aussi lien festif, la joie d’être ensembles, unis. Les chants, les rites, les danses sont aussi présents dans ses films pour rappeler qu’ils ont bâtis une culture qui leur est propre et dont ils peuvent être fiers. Il est essentiel pour lui de raconter cette culture paysanne, méprisée par les métropolitains, oubliée par la gauche tournée vers le monde ouvrier. De Seta lui même ne connaît rien de cet univers et s’il filme c’est pour découvrir, pour comprendre et transmettre.

En savoir plus

La fiche IMDb du film

Introduction à l'oeuvre de De Seta

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Par Olivier Bitoun - le 4 septembre 2010