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Critique de film
Le film

Pacific Express

(Union Pacific)

Partenariat

Analyse et critique

Le fait historique narré dans Pacific Express est le même que celui de The Iron Horse de John Ford, à savoir la construction entre 1860 et 1869 du premier chemin de fer transcontinental Est-Ouest aux Etats-Unis. Alors que la Central Pacific et ses travailleurs chinois s’avançaient de la Californie vers l’Est en franchissant les Montagnes Rocheuses, l’Union Pacific, surtout constituée d’ouvriers irlandais, démarrait son périple à partir du Mississippi pour aller à sa rencontre à travers les plaines. Il fallut neuf années pour arriver à bout de ce chantier titanesque ; neuf années au parcours semé d’embûches durant lesquelles les deux compagnies luttèrent de vitesse car le gouvernement octroyait les crédits en fonction du kilométrage de voies posées. La jonction eut lieu le 10 mai 1869 à Promontary Point dans l’Utah. Les derniers rails furent scellées à l’aide de clous d’or et d’argent ; les locomotives 119 et Jupiter purent alors symboliquement rouler jusqu’à se rejoindre sous les vivats de la foule en délire. Une date historique et une célèbre photographie déjà mise en mouvement par John Ford en 1924 et que Cecil B. DeMille refera vivre pour clôturer son film. Pour les séquences "documentaires", le président de l’Union Pacific prêta au cinéaste les meilleurs poseurs de voie de sa compagnie ; leur virtuosité était telle que ces scènes les voyant travailler furent utilisées par le gouvernement à des fins militaires d’entrainement durant la Seconde Guerre mondiale. Il est dommage que ces moments soient trop vite expédiés dans le courant du film, car le réalisateur n’a décidément pas son pareil lorsqu’il s’agit de sublimer les travaux physiques et difficiles (il le prouvera encore dans Sous le plus grand chapiteau du monde).

Comme pour The Plainsman, Cecil B. DeMille se lance donc à nouveau dans la fresque historique à grand spectacle, mêlant faits réels à une intrigue romanesque qui voit deux hommes amoureux d’une même femme. Ces deux hommes, ce sont Jeff Butler, chargé de surveiller la bonne marche de l’équipe de construction, et Dick Allen, le bras droit de Campeau, un escroc chargé par de vils spéculateurs de ralentir l’avancée de la compagnie afin que la société concurrente la prenne de vitesse et récupère ainsi la majorité des crédits. Pour ce faire, avec son casino roulant, il sème le désordre parmi les ouvriers, les soulant et les poussant à la révolte contre des patrons mauvais payeurs (et pour cause, Campeau et sa bande dévalisent les trains qui apportent la paie). La femme qui attire leurs égards n’est autre que la fille du machiniste de la locomotive, la jolie Mollie Monahan. En plus de devoir lutter contre les sabotages perpétrés par la bande de canailles de Campeau, l’Union Pacific devra combattre les mauvaises conditions météorologiques, les obstacles naturels ainsi que les attaques indiennes.

 

Cette entreprise gigantesque qui débuta au début la Guerre de Sécession fut combattue en haut lieu, car les dignitaires souhaitaient que les fonds du gouvernement servent à des projets plus urgents comme la fabrication d’armes. Comme dans The Plainsman, le cinéaste débute d’ailleurs son film par une réunion en haut lieu à propos des enjeux financiers, Ulysses S. Grant remplaçant ici Abraham Lincoln. Les conflits d’intérêts sont alors évoqués, les spéculateurs véreux apparaissant sans plus tarder dans les coulisses afin que les enjeux dramatiques soient clairement définis dès le départ ; des ouvriers vont devoir fournir des efforts surhumains qui seront systématiquement sabordés par un groupe de tenanciers de casinos peu scrupuleux. Juste avant, le générique avait été fait sur le même modèle que le film précédent, à savoir dans un style emphatique et promettant du grand spectacle. Un grand spectacle qui est au rendez-vous, puisque le budget alloué au cinéaste a été utilisé à bon escient. Nous assisterons tour à tour à des séquences d’action efficaces comme la bagarre dans le train après qu’un Indien a été pris pour cible comme un lapin, la traversée d’un pont enflammé, le déraillement du train et le siège par les Indiens qui s’ensuit, l’avancée du convoi ferroviaire à travers les montagnes enneigées, une trépidante poursuite à cheval… Mais, contrairement à son western précédent, le suspense est moindre faute à un scénario qui peine à nous rendre les personnages attachants, leur écriture étant bien trop uniforme, nous sentant du fait moins impliqués dans ce qui peut leur arriver. Il suffit de comparer les séquences de siège des deux films pour s’en rendre compte : la première s’avére d'une grande intensité dramatique et la seconde, même si plus spectaculaire, bien moins prenante. Etonnant d’ailleurs de la part d’Ernest Haycox, qui venait d’écrire le scénario de Stagecoach qui au contraire brillait par sa capacité à nous faire éprouver de l’empathie pour tous ses protagonistes. Etonnant aussi quant on sait que le trio est interprété par trois excellents acteurs. Il leur manque à tous (ainsi qu’aux seconds rôles) un supplément d’âme ; et le duo Joel McCrea/Barbara Stanwyck, trop mécanique, est loin de posséder la prestance et le charme de celui formé par Gary Cooper et Jean Arthur.

Une fresque historique efficace et grandement divertissante, mais qui d’une part évacue un peu trop facilement certaines vérités peu reluisantes (le massacre des Indiens en cours de route pour pouvoir sécuriser le chantier) alors que les séquences du début laissaient présager une prise de position vite oubliée, d’autre part un peu trop bavarde et trop légère de ton pour convaincre totalement... Mais malgré ces légers griefs, n’hésitez pas à vous forger votre propre opinion, car il suffit de lire la plupart des historiens et critiques de cinéma pour constater que la majorité accorde une énorme estime à ce Pacific Express.

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 7 avril 2010