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Critique de film
Le film

Nuits de cauchemar

(Motel Hell)

L'histoire

Vincent Smith (Rory Calhoun) et sa sœur Ida (Nancy Parsons) font boucherie prospère, en plus de la gestion d’un motel. Personne dans la région ne paraît se douter que leur succès tient à l’usage de viande humaine, ponctionnée sur des personnes kidnappées, qu’ils enterrent et gavent dans leur arrière-cour.

Analyse et critique


On se réjouissait de découvrir ce titre, précédé d’un petit culte, de l’horreur 80’s, dans un registre mêlant gore et potacherie. Cela sur la foi de deux images : des têtes hurlantes, aux cordes vocales tranchées, mises en terre dans un potager ; un crâne de porc endossé par un tueur à tronçonneuse... Las, ce n’est pas de gaieté de cœur qu’il faut admettre une déception face à un genre de produit d’exploitation déviante et rigolote dont on aurait aimé dire du bien. La faute à un récit décousu, une mise en scène plate, une déconcertante mollesse d’ensemble. La recette ne prend pas, quand bien même certains ingrédients se démarquent par leur piquant : un couple échangiste se faisant volontairement attacher pour recevoir un traitement au gaz, une séance d’hypnose servant à détendre des crânes paniqués avant de les arracher du sol au tracteur, l’attaque nocturne d’une voiture par une embuscade préparée par un blocage routier par des vaches en carton, un pique-nique bucolique où les invités font un à un l’éloge de la barbaque humaine qu’ils prennent pour le meilleur bœuf de leur vie. Nuits de cauchemar est au meilleur à son plus con, qui est souvent son plus ingénieux.


Marc Toullec pointe à raison et avec évidence les deux aînés vers lesquels le Britannique Kevin Connor lorgne, sans se prendre au sérieux. Psychose pour le motel, un personnage de tueur puceau improbable (Rory Calhoun, parodiant ses propres rôles de cow-boy, ici en vieux garçon as du hachoir). Massacre à la tronçonneuse pour une partie de déglingue, où jolies citadines et musiciens rock en devenir se voient joyeusement décimer par les rednecks. Le motif du cannibalisme peut servir à rendre saillant la part de... boucherie, inhérente à la boucherie. Un objectif conscient chez les végétariens Hooper, ou Antonia Bird avec Ravenous, qui paraît ici plus de l’ordre d’un effet secondaire. Encore que... Les années 80 ne se caractérisaient pas exactement par leur souci d’une alimentation saine et la frénésie de goinfre sous-tendant le récit n’est pas sans produire un effet ironique. Réalisé par un Anglais, le film accumule les signes d’une Americana dont le Vieux Monde, particulièrement outre-Manche, aime à se moquer - shérif inepte, prédicateur vénal, bimbos ploucs. Un arrière-fond identifiable sur lequel le film peine à faire décoller son délire de trucide d’une manière engageante.


Le tout aurait gagné à être plus court, raccourci d’une bonne demi-heure, la tentative de romance entre notre boucher et une fille du patelin (Nina Axelrod), sous l’œil désapprobateur de la soeurette en bretelles, s’avérant on ne peut plus balourde (jusqu’au prétexte à un concours de t-shirt mouillé dont la gratuité a dû faire blêmir de jalousie Marcus Nispel). Les éclairs de débilité assumée, le sanguinolent trop outrancier pour être offensif, sont les éclats où le film respire, survit et, parfois, enthousiasme. On n’a pas non plus envie de s’acharner sur ce semi-ratage, au demeurant suffisamment sympathique par éclats (d’os, de muscles et de tendons) pour mériter un coup d’œil. Quand bien même on serait encore loin de la joyeuseté salace de la suite de son propre classique par Hooper, ou des hauts faits, contemporains du film de Connor, de Stuart Gordon ou Frank Henenlotter. A qui se lancerait dans un marathon de la comédie horrifique de cette décennie, on recommanderait le film aux heures creuses du repas - le temps de lever quelques regards incrédules et amusés de son assiette, face à des éclats, trop éparpillés, de violence nonsensique.

 

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La fiche IMDb du film
Par Jean Gavril Sluka - le 2 mars 2017