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Critique de film

L'histoire

Un ex-soldat de l’Union surnommé Yellowleg (Brian Keith) sauve la vie de Turk (Chill Wills) sur le point d’être lynché pour avoir triché aux cartes. Mais, si Yellowleg a risqué sa peau pour Turk, c’est pour mieux le tuer ensuite de ses propres mains ; en effet, il a reconnu en lui le Confédéré qu’il poursuit depuis maintenant cinq ans, celui qui durant la guerre de Sécession l’avait laissé pour mort à moitié scalpé. Alors en état d’ivresse, Turk ne se souvient pas de Yellowleg. Avec une idée derrière la tête, Yellowleg propose à Turk et à son associé Billy (Steve Cochran) d’aller cambrioler la banque d’une ville voisine. Au moment de passer à l’attaque, les trois hommes sont pris dans une fusillade provoquée par une bande déjà en train de piller l’établissement bancaire. Au cours de cette échauffourée, Yellowleg tue accidentellement le jeune fils de Kit Tilden (Maureen O’Hara), une prostituée. Rongé par le remords, il propose à cette dernière de l'accompagner jusqu'au cimetière où repose son mari afin que son fils soit enterré à ses côtés, en territoire Apache. Malgré le refus de Kit qui veut y aller seule, les trois hommes la suivent jusqu'au moment où elle est obligée d'accepter leur aide, la traversée du territoire indien se révélant vraiment trop dangereuse...

Analyse et critique

Rares sont les grands cinéastes qui ont eu la chance d’un John Huston de pouvoir débuter par un film maitrisé de bout en bout. On peut même dire qu’ils n’ont pas tous nécessairement entamé leur carrière cinématographique et fait leurs premières armes dans le long métrage avec de bons films ; Sam Peckinpah en est malheureusement un exemple éclatant, si tant qu’il soit très cohérent d’accoler cet adjectif à cet état de fait. New Mexico est ainsi un ratage quasi total qui, hormis quelques éléments récurrents, ne préfigure en rien la suite de son parcours. Pas plus tard que l’année suivante, le réalisateur va même accoucher d’un des plus beaux opus du western avec Coups de feu dans la Sierra (Ride the High Country), après que Budd Boetticher se soit retiré malgré lui du projet suite à des problèmes qu’il avait avec la justice au Mexique et qui conduisirent à son arrestation. Mais nous n’en sommes pas encore là et quoi qu'il en soit Sam Peckinpah avait déjà prouvé lors des années précédentes posséder du talent, parvenant à se faire un nom et une très bonne réputation en tant que réalisateur de série télévisée westernienne, un genre alors très en vogue sur le petit écran inondé à cette époque de chevauchées et de fusillades en tout genres. Il sera même à l’origine de The Westerner, série de 13 épisodes dont chacun possède la durée d’un long métrage et dont le protagoniste principal était déjà interprété par Brian Keith. Peckinpah père était d’ailleurs très fier de son fils, estimant que la vie quotidienne des hommes de l’Ouest avait été parfaitement retranscrite dans cette série plus réaliste que la moyenne. Content de sa collaboration avec Peckinpah, Brian Keith propose son nom aux producteurs de son prochain long métrage, un western écrit par Albert Sidney Fleischmann d’après son propre roman, The Deadly Companions. Comme il est difficile de trouver un financement conséquent au vu du sujet, le convoyage d’un cercueil contenant un enfant, le budget sera donc revu à la baisse.

Outre les producteurs, les autres participants au projet n’eurent guère plus de chance puisque le tournage se déroula assez mal, Charles B. Fitzsimons se montrant beaucoup trop présent sur le plateau au goût de Peckinpah, imposant ses visions de l’œuvre à un cinéaste qui ne le supportait pas. Fitzsimons était le frère de Maureen O’Hara et New Mexico était le film destiné à relancer la carrière de l’actrice fordienne qui commençait dangereusement à s’essouffler. L’actrice et le réalisateur s’entendirent très mal et Sam Peckinpah renia son film pour en avoir perdu tout le contrôle, ne pas du tout avoir apprécié la tournure que prit le scénario et se l’être fait imposer ainsi que son interprète féminine principale. « Je n'ai rien pu mettre de personnel dans ce premier film : les thèmes (disons rapidement que c'est une histoire de vengeance tout ce qu'il y a de plus banale) et l'intrigue me sont étrangers. » Et au vu du résultat, on ne peut que lui donner raison. Le scénario est effectivement très mal construit et parfois illisible faute de lignes directrices rigoureuses : on ne comprend jamais vraiment les motivations, les intentions ou les comportements des différents protagonistes, on est même parfois perdus devant certains rebondissements absurdes et face à une intrigue pourtant a priori très simple. On se demande à plusieurs reprises pourquoi tel personnage se trouve là, est parti ou revenu, ce qui dénote un flagrant manque de fluidité dans l’écriture. Le film est dans le même temps assez déséquilibré par le fait que, pour sauver les meubles, Peckinpah semble malgré tout avoir essayé d’insuffler un semblant de style à une intrigue qui ne lui plaisait guère : on ne peut pas dire que ce soit une réussite et je pense sincèrement que le film aurait été légèrement meilleur si Peckinpah s’était en l’occurrence contenté de filmer le scénario d'une manière très classique voire basique, d'être en sorte un yes man sur ce projet. Car si par exemple il s’avérait que ce soit lui qui ait choisi le compositeur Marlin Skiles (pourtant auteur d’un beau score pour Fort Osage de Lesley Selander par exemple) afin que son western ait un air plus moderne, c’est complètement raté. Rarement une "partition" aura été aussi à côté de la plaque, comme si le compositeur, à l’aide d’un harmonium et d’une guitare sèche, avait improvisé sa musique sans même savoir de quoi il en retournait au niveau de l'intrigue. Le résultat est bien plus ridicule que moderniste, en tout cas très fortement agaçant voire, à la longue, insupportable !

La mise en scène de Peckinpah n’est guère plus enthousiasmante, peu aidée il faut bien le dire par un montage calamiteux, véritable festival de faux raccords. Nous ne trouvons dans ce film que très peu d’action ; il ne s'agit évidemment pas d'un défaut mais le contraire aurait peut-être pu nous démontrer le savoir-faire du futur auteur de La Horde sauvage (The Wild Bunch). A la place, on a une succession de fausses pistes artificielles et de situations ennuyeuses au possible faute à un scénario trop décousu, rempli d’incongruités et de trous béants qui rendent le tout parfois totalement obscur. Sur le papier, les situations et les relations décrites formaient pourtant une base à partir de laquelle Budd Boetticher aurait facilement pu nous livrer un chef-d’œuvre tellement les caractères et les rapports entre les différents protagonistes semblaient pouvoir posséder de nombreux éléments captivants. Finalement, il n’en reste plus grand-chose d’intéressant ni de crédible : une femme qui tombe amoureuse du meurtrier de son fils ? Trois hors-la-loi qui se détestent cordialement mais qui continuent à vaquer ensemble ? Aucun des personnages n’est attachant faute aussi à des motivations trop floues ; et du coup aucun des acteurs ne se révèle convaincant, pas plus un Brian Keith sans charisme qu’une Maureen O’Hara semblant ne pas savoir sur quel pied danser, n’appréciant guère ni son rôle ni le film dans son ensemble (mais qui malgré tout aura également accepté de chanter sur les génériques de début et de fin), pas plus un pénible Steve Cochran qu’un Chill Wills très peu inquiétant.

Et pourtant, malgré un faible budget, le premier quart d’heure laissait augurer un bon western avec notamment quelques détails assez cocasses comme la messe se déroulant à l’intérieur du bistrot, le barman voilant ses tableaux représentant des femmes nues avant chaque office, ou encore ces brusques accès de violence telle la mort inattendue de l’enfant. L’idée amorale du rêve de grandeur de Turk, imaginant vouloir créer sa propre "République dictatoriale" à l’aide de l’argent qu’il déroberait et en utilisant les Indiens comme esclaves, était assez culottée mais sans suite. Les westerns de Boetticher se contentaient eux aussi de bien plus se concentrer sur les digressions que sur l’action, mais le cinéaste disposait pour ce faire de scénarios extrêmement rigoureux. Ce qui n’est absolument pas le cas ici ; le film se délite ainsi très vite, devenant mou et languissant, et plus rien ne vient nous sortir de la torpeur dans laquelle nous sommes tombés. Même le grotesque de certaines séquences ne nous choque plus : je citerai par exemple celle où Brian Keith se rend paisiblement en plein camp d'Indiens belliqueux, de nuit, sans jamais être inquiété et sans réveiller personne, pas même le moindre cheval ! On a beau également sentir se manifester une pointe de mélancolie, la description de héros meurtris et blessés par la vie, la critique de l’hypocrisie religieuse, la contemplation de beaucoup de soleils couchants, etc... autant d’éléments qui annoncent les films de Peckinpah à venir ; à moins d’être un fervent admirateur du réalisateur au point d’être complétiste, on se désintéressera rapidement de ce brouillon pas du tout maitrisé, de ce petit western mal ficelé et peu crédible où l'on chercherait en vain les plus belles caractéristiques des futurs films du grand cinéaste.

Il n'y a pas grand-chose à sauver de ce triste naufrage regorgeant de fausses bonnes idées, si ce n’est la cinégénie du visage de Maureen O’Hara qui illumine le film à plusieurs reprises, ou encore la très belle photographie de William H. Clothier qui utilise avec un talent certain les paysages naturels de l’Arizona. Et si nous faisions comme le réalisateur, qui aimait à dire que Ride the High Country marquait ses véritables débuts au cinéma ?

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