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Critique de film
Le film

Ne pas déranger SVP

(Do Not Disturb)

L'histoire

Pour le travail de Mike (Rod Taylor), patron d'une manufacture de laine, un couple de riches Américains vient habiter dans un appartement en plein centre de Londres. Janet (Doris Day), pensant faire plaisir à son époux, achète sans le lui dire une maison à la campagne dans le Kent. Les trajets lui faisant perdre du temps, Mike préfère alors parfois rester dormir en ville. Janet, imaginant qu’il a une liaison avec sa secrétaire, suite aux dires de sa propriétaire qui les a vus ensemble au restaurant, décide pour le ramener au foyer de le rendre jaloux en lui faisant croire qu’elle a un amant en la personne d’un antiquaire qui l’emmène même faire des emplettes à Paris. On imagine aisément les quiproquos qui vont s’ensuivre...

Analyse et critique

Une intrigue vaudevillesque traditionnelle qui aurait pu donner lieu à une comédie très amusante comme de nombreuses précédemment tournées par l'actrice depuis quelques années (Confidences sur l’Oreiller - Pillow Talk ; Un Pyjama pour deux - Lover Come Back ; Ne mangez pas les marguerites - Please Don’t Eat the Daisies...), sauf que Do Not Disturb confirme au contraire le déclin qualitatif de sa filmographie après le déjà moyen Ne m’envoyez pas de Fleurs (Send me no Flowers) de Norman Jewison. A l’actif de la star féminine encore la mieux payée de l’époque, il est bon de savoir que Doris Day n’était pas dupe de la médiocrité de sa fin de carrière cinématographique, l’avouant même très clairement dans son autobiographie parue en 1975 : elle écrivait alors que, concernant Do Not Disturb, il s’agissait d’un de ses films qu’elle ne voulait pas forcément faire au vu du faible potentiel détecté mais qu’elle était obligé d’accepter contractuellement "faute" à son manager de mari Martin Melcher, qui signait pour elle sans rien lui dire. Malgré son manque d’enthousiasme pour différents projets, elle fera toujours preuve d’un formidable professionnalisme, se donnant à fond même pour les scénarios qui ne lui inspiraient que moyennement comme c'était en l’occurrence le cas.

Ralph Levy - qui n’aura durant toute sa carrière réalisé que deux films pour le cinéma, tournant sinon exclusivement pour le petit écran - est un metteur en scène sans idées, sans aucun sens du timing et incapable de diriger ses comédiens qui sont ici presque tous en roue libre, la plupart du temps bien trop livrés à eux-mêmes. Il s'agit avant tout d'un one woman show de Doris Day, la comédienne cabotinant comme ce n'est pas permis, nous livrant un véritable festival de grimaces et de mimiques, le summum étant atteint lors de la trop longue séquence d’ébriété qui en devient presque gênante. Ceux qui découvriraient la fabuleuse actrice / chanteuse avec ce film auraient peu de chance d'apprécier son talent ou son charme, même s’il leur faudrait se rendre à nouveau à l’évidence quant à son étonnant abattage : son dynamisme est une fois encore de la partie et parvient à faire sortir des tréfonds cette comédie lourde et poussive qui sans elle aurait été quasiment irregardable si ce n'est pour son kitsch absolu. En effet, la reconstitution parisienne à mi-parcours pourrait faire passer celle d'Un Américain à Paris de Vincente Minnelli pour du réalisme documentaire !! Il faut dire que la direction artistique n’a pas été très inspirée sur le coup mais qu'a posteriori cela en devient amusant.

Malgré les plaisantes prestations de Hermione Baddeley et de Regnald Gardiner pour sa dernière apparition à l’écran, on ne peut pas dire qu'un second rôle ait été vraiment marquant ; il en va de même pour le nouveau partenaire de Doris Day puisque Rod Taylor a du mal à convaincre et qu'il ne parvient pas à prouver ici qu’il pourrait posséder un talent comique égal à celui d'un Rock Hudson, d’un Cary Grant ou d’un James Garner. Il faut dire que les comédiens ne sont guère aidés par un scénario et des dialogues médiocres - n’est pas Stanley Shapiro qui veut - qui ne nous auront laissé qu’une amusante première demi-heure ayant d'ailleurs beaucoup de points communs avec le très sympathique Ne mangez pas les marguerites de Charles Walters. Nous aurons souri avec l’arrivée impromptue de quelques animaux peu communs dans la villa du couple, et surtout grâce à une excellente scène de ménage entre Rod Taylor et Doris Day, cette dernière prouvant qu'elle est parfaitement rodée pour ce genre de séquences. A partir du moment où Doris Day et le fadasse Sergio Fantoni se rendent à Paris, la comédie burlesque sombre dans un vaudeville essoufflé, peu drôle ni captivant, et surtout sans rythme.

On retiendra aussi quand même un générique style cartoon pas désagréable accompagné par la chanson titre par Doris herself, un gag déjà vu par ailleurs dans Move Over, Darling mais qui fait toujours son effet, la private joke sur le fait de demander au personnage principal si elle connaît ou non Rock Hudson et Cary Grant, ou encore des portraits parodiques assez drôle des citoyens anglais. On aura certes souri à plusieurs reprises mais l’ensemble nous aura néanmoins paru bien laborieux, se trainant lamentablement et brassant beaucoup de vent. Il faut bien l’avouer, les meilleurs films de Doris Day sont désormais loin derrière ; on se souviendra cependant longtemps de son apparition en robe orange lamée et dos nu lors de la séquence de réception sur la fin. Bref, à mon humble avis, on peut passer sans problème sur ce film anodin ; des comédies américaines plus drôles et plus réussies, on en trouve à la pelle !

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 13 avril 2018