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Critique de film
Le film

My Way Home

L'histoire

Après un passage à l'orphelinat, Jamie est renvoyé chez sa grand-mère paternelle. Il commence à travailler à la mine, se fait embaucher par un tailleur, trouve un foyer d'accueil mais rien n'y fait, il ne parvient jamais à trouver sa place. Il finit par être incorporé dans la Royal Air Force et part faire son service en Égypte. Là, il rencontre Robert qui très vite devient son premier véritable ami.

Analyse et critique

Malgré la pauvreté, l'abandon, les épreuves que lui impose sa vie de misère, Jamie n'a cessé de lutter et la trilogie devient avec ce dernier volet un hymne à l'honneur de ceux qui n'ont rien et qui, malgré tout, réussissent à s'en sortir. En effet, après deux épisodes marqués par l'absence, la disparition et la mort, My Way Home est le récit d'une renaissance. Et l'on comprend que l'ambition de Bill Douglas n'était pas de raconter une histoire douloureuse mais de raconter une transmutation.

Le film s'ouvre symboliquement sur le spectacle de fin d'année des enfants de l'orphelinat où Jamie vit désormais. A l'écart, il regarde ses camarades interpréter la Nativité et accepte finalement de rentrer sur scène pour participer au spectacle. Cette séquence, miroir inversé du final de My Ain Folk, est le premier signe de cette renaissance qui ne va pas aller de soi mais qui va au contraire demander au jeune garçon de faire une révolution complète dans sa manière de voir le monde et les autres.

Une première figure positive fait son apparition en la personne du directeur de l'institut, enfin un adulte attentionné, bienveillant et généreux. Lors d'un repas, alors que le directeur s'occupe d'un enfant qui refuse de manger, Jamie, après avoir longtemps regardé la scène d'un air soupçonneux, finit par piquer une crise : méfiance envers les adultes, crainte de se lier à nouveau à quelqu'un qui va disparaître, jalousie, envie... ces sentiments mêlés le font exploser. Le chemin est encore long pour qu'il puisse de nouveau croire en la possible humanité de l'autre.

Enfant, Jamie recherchait dans ce monde de souffrance le contact avec l'autre. Ce ne pouvait être avec ses parents, alors c'était avec Helmut le soldat allemand prisonnier, avec sa grand mère maternelle mutique, avec son grand-père paternel souffreteux. De ce quotidien morne et désolé, il essayait d'extraire des instants de bonheur, de trouver des choses belles et rassurantes auxquelles se raccrocher. C'est ainsi qu'il parvenait à ne pas sombrer dans le désespoir ou la folie. Mais ces instants étaient rares, fragiles et éphémères.


Si Jamie enfant réussissait à conserver une étincelle en lui, adolescent il est submergé par ce monde de malheur. Les êtres aimés s'en sont allés un à un et il ne parvient plus à avoir une quelconque confiance dans le monde, il ne voit plus aucune lumière dans cet univers de ténèbres. Ainsi, il refuse la main tendue par le directeur du pensionnat et décide de suivre son père à Newcraighall plutôt que d'étudier. Là, il retrouve sa grand-mère paternelle, abandonnée dans sa maison en ruine. Contre toute attente, elle se révèle douce et lui offre même un livre, David Copperfield. Elle est dans le dénuement alors qu'auparavant elle vivait dans un luxe relatif. Est-ce que les choses ont changé ou est-ce que Jamie, submergé par la colère et la peur, se faisait une idée déformée de la réalité ? Peut-être que ce qu'il redécouvre après des années au pensionnant est ce qui a toujours été...

Après deux volets très fragmentés, éclatés, My Way Home se révèle plus linéaire. C'est que les souvenirs se précisent, les évènements se fixent avec plus de clarté dans l'esprit de Jamie / Bill Douglas. Le cinéaste remet ainsi partiellement en cause ce qu'il a filmé dans les précédents épisodes. Son père est moins froid, sa grand-mère lui écrit sur la page de garde du livre de Dickens qu'il est «son jeune prince »... troublante manière de la part de Douglas que de marquer ainsi la subjectivité des deux premiers volets, de pointer ce que les souvenirs peuvent avoir de partiels et de partiales. L'image du film est également plus précise, moins granuleuse. Les contrastes sont bien moins tranchés et l'on va plus dans les nuances de gris, ce qui correspond à l'évolution progressive du regard que porte Jamie sur le monde : un regard qui s'affine, qui évolue, qui se fait moins manichéen. Jamie va s'ouvrir peu à peu aux autres et va finir par briser cette barrière qui le sépare du monde. Mais ce changement va s'opérer étape par étape et le chemin va être encore long.


Déjà, il y a cette déception lorsque sa grand-mère s'effondre en pleurs et accuse Jamie d'avoir effacé son nom de la dédicace qu'elle lui a faite alors qu'il n'en est rien. Face à cette injustice, Jamie déchire son précieux cadeau en criant que ce n'est pas lui. Scène déchirante qui a un double sens, Jamie hurlant son innocence mais signifiant également qu'il n'est pas ce David Copperfield décrit par Dickens, que lui n'arrivera jamais à s'extraire de la pauvreté et du malheur et qu'il est condamné à jamais.

Seulement, une graine a été plantée en lui lorsqu'il a découvert au contact du directeur de l'orphelinat qu'il aimait peindre. Il refuse cette révélation et se laisse aspirer une nouvelle fois par ce trou noir qu'est Newcraighall. Il accompagne son père à la mine mais la graine a germé et il se retrouve déchiré entre ce monde de misère dont il imagine ne pouvoir s'échapper et cette aspiration à autre chose. Depuis le début de la trilogie, on voit Jamie se réfugier dans des escaliers. C'est un lieu de passage qui montre où il en est de sa vie, coincé entre le désir de s'élever et ce sentiment que son sort est lié à cette terre de malheur, coincé entre la résignation et l'espoir. « Quoi que je fasse, ça ne change rien, ça finit toujours pareil » confie t-il au directeur alors qu'il vient de refuser l'invitation d'une fille à danser lors d'un bal au pensionnat. Par peur de croire et d'être une nouvelle fois déçu, il fuit et rejette tout ce qui pourrait être une chance pour lui : il trouve un emploi de livreur chez un tailleur qui lui offre un beau costume, mais détruit ses chances en le jetant dans les toilettes ; il est recueilli par une dame souriante et visiblement aimante, mais gâche une nouvelle fois cette opportunité en volant des pommes et en s'enfuyant. Ce vol stupide, inutile, il ne peut s'empêcher de le commettre, répétant mécaniquement des actes de son enfance (la pomme d'une petite fille endormie qu'il convoite, la pomme que protège sa grand-mère maternelle avec une tapette à souris), agissant comme s'il était condamné au malheur. Jamie finit à l'armée du salut où, recroquevillé dans son lit, il pleure en disant vouloir mourir. Car il lui faut mourir pour pouvoir renaître.


Dans My Childhood et My Ain Folk, Jamie courait, fuyait mais revenait toujours au même endroit. Aussi inhospitalière qu'elle soit, Newcraighall était son seul chez lui. Il est temps maintenant de cesser de fuir mais pour cela il lui faut se libérer de cette terre de malheur, il lui faut trouver une terre vierge sur laquelle il pourrait enfin renaître.

Mais il doit d'abord faire le deuil de Newcraighall. Il revient au village et découvre qu'il n'y a plus rien. La maison de son père et de sa grand-mère est abandonnée, les mines sont fermées, tout est désert. Ce monde est mort et c'est seulement maintenant que Jamie peut enfin s'en libérer. En quatre plans, la transition est annoncée : les deux maisons mitoyennes couvertes de mauvaises herbes, la grille de la mine fermée, des rails (motif récurrent mais qui pour la première fois va vraiment nous emmener ailleurs) et enfin des traces de pneus dans le désert. Une sidérante ellipse qui nous emmène en Égypte, lieu de la renaissance. Entre le noir des mines et la luminosité du désert, entre les terrils et les pyramides, le contraste est saisissant. C'est ici que débute la dernière partie de l'entreprise autobiographique de Douglas, partie solaire que l'on espérait depuis le début mais à laquelle on n'osait plus croire.

Celui qui va accélérer (voir rendre possible) cette renaissance, c'est Robert, un jeune homme de son âge qu'il rencontre dans sa garnison d'Abu Suer. Robert, c'est Peter Jewell, celui qui a aidé Bill Douglas à se reconstruire, à croire en lui, à croire en l'autre et qui restera toute sa vie son plus proche ami et un soutien indéfectible. Peut-être que tout l'objet de cette trilogie est de remercier Peter de l'avoir sauvé en l'aidant à se métamorphoser, à s'accomplir. La dernière partie du film montre comment, parfois doucement, parfois en le bousculant, Robert lui enjoint de profiter de ce qui lui est offert et de vivre. Il lui apprend à jouer, à faire confiance, à croire en l'autre, à croire en la bonté et l'amitié. Il le répare et Jamie commence à parler, à se livrer, à devenir maître de sa vie.

La bascule semble s'opérer réellement lorsqu'il rencontre un enfant mendiant lors d'une sortie en ville. Jamie est installé à l'arrière du camion militaire qui démarre, l'enfant lui souriant et le saluant de la main tandis qu'il s'éloigne. Cette scène - écho inversé au départ d'Helmut dans le premier film - sonne comme un rituel de passage. Le mur que s'est construit Jamie s'effondre à ce moment-là et il peut sortir de sa prison. Symboliquement, le plan suivant montre d'ailleurs le camion franchir la ligne de frontière que Jamie quelque temps auparavant avait eu pour mission de repeindre. Un peu plus tard, il abandonne un groupe de camarades qui torturent une araignée pour rejoindre Robert et lui emprunter son premier livre, un roman de Kafka. Il s'ouvre à l'art, accepte de s'imaginer artiste peintre, voire - pourquoi pas - réalisateur. On sent cependant que tout reste fragile. Lorsque Jamie doit sourire à la demande de Robert qui souhaite le prendre en photo, son sourire est au départ forcé, maladroit et lorsque son visage s'éclaire enfin réellement et sincèrement, on sent qu'un rien pourrait le refaire basculer dans le mutisme. Un très beau plan montre cette fragilité : alors que Jamie et Robert visitent une mosquée, on voit subrepticement le jeune garçon poser sa tête sur l'épaule de son camarade. Mais Douglas coupe très vite, si bien que l'on n'est pas tout à fait sûr d'avoir bien vu ce geste d'affection et d'abandon. Ce plan répond à un autre situé dans My Childhood où l'on voyait Tommy passer un bras autour des épaules de son frère, geste inédit de tendresse très vite escamoté par Douglas.


Cette renaissance de Jamie s'accompagne de manière magique avec celle de Stephan Archibald. On l'a connu à douze ans dans le premier volet. Il en a maintenant dix-huit et s'ouvre lui aussi au monde, ce qui se lit sur son visage, dans ses gestes. Rares sont les films a ainsi profiter du temps qui passe pour capter la transformation d'un être. Rien que pour cela, la trilogie est déjà unique et bouleversante. Douglas avait très certainement en tête dès son premier film cette idée, cet horizon. Il ne cesse d'ailleurs de créer des échos entre ce dernier volet et les deux premiers films, de nombreuses séquences ou images - nous en avons cité plusieurs - rimant avec ce qui a été vu parfois six ans auparavant, My Way Home venant ainsi fermer magistralement cette épopée intime.

Après deux volets terribles de noirceur, My Way Home nous emmène vers la lumière. Ce "Home" du titre n'est d'ailleurs pas celui que l'on imagine au début. Ce n'est pas Newcraighall, dont Jamie a enfin fait le deuil, mais la maison de Robert qui propose de l'accueillir (« It could be your home ») une fois son service achevé.

Le film se termine avec une série de panoramiques (rare exemple de caméra en mouvement dans la trilogie) sur l'intérieur en ruine de la maison de la grand-mère maternelle. La caméra balaye cet espace où avait démarré la trilogie, s'attarde sur le foyer éteint et délabré tandis qu'en fond sonore on entend le bruit d'un avion qui décolle. Jamie est parvenu à s'arracher à ce monde et une nouvelle vie commence pour lui. Les pommiers sont en fleurs et plus jamais il n'aura à en voler...

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dans les salles

trilogie bill douglas

DISTRIBUTEUR : UFO DISTRIBUTION
DATE DE SORTIE : 31 juillet 2013

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Par Olivier Bitoun - le 21 novembre 2013