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Critique de film
Le film

Montana

Partenariat

L'histoire

Un éleveur de moutons parvient jusqu’au Montana avec son troupeau, mais lui et ses hommes sont bientôt arrêtés par la violence des propriétaires de la région qui ne veulent aucunement voir ces animaux s’installer sur leurs terres. En effet, le Montana est tout entier dédié à l’élevage de bétail, et la légende veut que les deux espèces animales ne peuvent pas vivre en bon voisinage. Une lutte d’idées commence, et les morts ne font que s’amonceler...

Analyse et critique

En 1950, les relations entre Errol Flynn et la Warner Bros. sont au plus bas. Depuis des années déjà, Flynn se sent mal à l’aise au sein de cette Major Company qui, pourtant, produit et distribue quasiment tous ses films depuis Captain Blood en 1935. L’acteur est demeuré l’un comédiens les plus rentables de son époque, faisant la réussite financière du studio au travers de films rentrés dans la mémoire collective. A présent, et cela même si Errol Flynn est toujours très populaire auprès du public, son statut de star commence un peu à s’émousser. Son comportement difficile à supporter sur les tournages, ses aventures amoureuses défrayant la chronique, son penchant très important pour l’alcool et son humeur changeante ont petit à petit raison du protectorat que la Warner exerce sur son poulain. Depuis 1945, la qualité de ses films baisse sensiblement, même s’il tourne encore quelques très grands films tels qu’Aventures en Birmanie. Il ne veut plus de Michael Curtiz derrière la caméra depuis près de dix ans ; et son dernier film avec le metteur en scène Raoul Walsh, l’excellente Rivière d’argent, est sorti deux ans plus tôt. Privé de ses deux mentors qui avaient magnifiquement su mettre en valeur son charisme éternel et son jeu décontracté, faisant de lui l’une des plus grandes stars de sa génération, Flynn entame la pente descendante de sa carrière. Jamais plus il ne retrouvera le niveau qu’il avait atteint durant les quinze années précédentes, faites de gigantesques succès et de plusieurs chefs-d’œuvre mythiques. Sa collaboration avec la Warner Bros. est alors sur le point de se terminer. Montana est le premier des deux westerns qu’Errol Flynn tourne en 1950. En Technicolor et réalisé par Ray Enright, modeste mais plutôt habile faiseur à qui l’on doit des films comme Les Ecumeurs (rythmé et bon enfant), le projet semblait tout au moins sympathique. Mais un scénario pitoyable et un manque flagrant de budget auront vite raison de la qualité de cette œuvre largement oubliable.

On peut en effet légitimement se demander ce que Flynn est venu faire dans ces parages. Car dès les premières minutes, le spectateur ressent de grosses difficultés pour s’accrocher aux ficelles de l’intrigue. En effet, cette dernière s’articule autour d’un affrontement sanglant entre les éleveurs de bétail et les éleveurs de moutons… Bien que l’on puisse accorder crédit à cette histoire, car effectivement on ne remettra pas en cause le fait que les luttes de l’époque entre cow-boys et bergers furent probablement acharnées, il est très difficile aujourd’hui, et de surcroit quand on est Européen, de réellement s’intéresser à cette histoire. Même au travers de meurtres et de trahisons émaillant le récit, il est difficile de ne pas sourire de façon moqueuse devant un tel spectacle. D’autant que les rebondissements et les esquisses de personnages apparaissent dans l’ensemble bien ternes. Le sujet était déjà limité, mais son traitement ne lui laisse de toute évidence aucune chance : chaque problématique est prévisible, chaque dialogue est plat, chaque situation développe des clichés sempiternellement étalés depuis des lustres, quand ce ne sont tout simplement pas des personnages qui disparaissent à mi-parcours, sans que l’on en comprenne la raison… Que devient Papa Otto Schultz, colporteur d’origine allemande, après l’échec de Flynn dans sa tentative de rester plus d’une minute sur un cheval indomptable ? Que devient le chien du troupeau une fois qu’il a retrouvé Flynn au beau milieu de la ville ? Les seconds rôles sont ainsi passablement méprisés, le pire étant que l’écriture défaillante concerne aussi les personnages principaux. Le méchant n’existe que par sa moue diabolique, et le shérif bénéficie d’un nœud dramatique rapide qui finalement ne sera jamais démêlé. Reste alors le duo glamour, Errol Flynn et Alexis Smith. Le premier est toujours à l’aise, mais semble s’ennuyer, certainement conscient du naufrage de l’entreprise. Ses sourires mi-enjôleurs mi-carnassiers font toujours de l’effet, sa prestance légendaire demeure encore, mais il ne semble décidément pas concerné. Difficile, cependant, de lui en vouloir. Enfin, Alexis Smith, ici dans sa quatrième et dernière collaboration avec l’acteur, ne sauve pas grand-chose, y compris sa propre performance. Elle n’a ni la classe ni la beauté d’Olivia De Havilland, et ni la colère rougeoyante ni l’enthousiasme de Maureen O’Hara. Certes, elle s’accroche, perce la caméra de son regard si particulier, mais à vrai dire, sa détente et son joli visage affichés dans Gentleman Jim semblent désormais bien loin. Enfin, sa position de femme fatale et déterminée au sommet d’une rue afin de stopper le héros, dans les dernières minutes du film, ridiculise quelque peu la scène, au lieu de lui conférer une véritable aura tragique.

Le désastre ne s’arrête pourtant pas là. Car si la Warner laisse planer le doute l’espace de quelques minutes, à grand renfort de Technicolor chatoyant, le faible budget finit par avoir raison de l’esthétique visuelle de l’ensemble. Les grands espaces se résument à deux ou trois plans de carte postale, les décors à quelques pâtés de maison, et les troupeaux de bétail à quelques documents d’archives récupérés ici et là. Il suffit de voir toute la dernière séquence d’action pour s’en rendre compte : scène censée représentée l’aboutissement suprême du film en termes d’action et de climax, elle se résume en fait à une longue série de plans larges et de gros plans de tous les acteurs devant des transparences hideuses, entrecoupés de quelques plans larges sur les bêtes à cornes. Le manque absolu d’énergie et un Errol Flynn sautillant à peine sur sa selle afin de laisser croire à une grande cavalcade finissent d’enterrer ce véritable désastre. Le réalisateur se permet de filmer cette histoire de manière très académique, notamment au sein de quelques séquences de bagarres éculées. Quand on regarde la formidable bagarre entre John Wayne et Randolph Scott clôturant Les Ecumeurs, huit ans plus tôt, on ne comprend pas bien l’évolution de Ray Enright. C’est bien dommage, car même si aucun cinéaste n’aurait réalisé un grand film avec un scénario aussi malhabile, on peut légitimement penser qu’un meilleur résultat aurait été possible. Il suffit pour cela d’observer l’instant où Flynn provoque les cow-boys dans le saloon au début du film (un moment silencieux et assez tendu) ou bien le dialogue musical, à la guitare, entre Flynn et Smith. Les 45 premières minutes étaient porteuses d’un certain potentiel, malgré les clichés et les erreurs déployées par le récit, mais la suite ne permet plus d’y croire.

Montana permet d’appréhender le chemin parcouru par Errol Flynn depuis ses débuts à la Warner ; et au vu du résultat artistique final de ce mauvais produit de série B, on peut légitimement comprendre pourquoi il désirait aller tenter sa chance ailleurs. On ne demandait pas forcément un film du niveau de La caravane héroïque ou même de la magnifique Charge fantastique, mais au moins un peu mieux que San Antonio. Ce qui n’est définitivement pas le cas.

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La fiche IMDb du film
Par Julien Léonard - le 19 février 2010