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Critique de film
Le film

Monstres invisibles

(Fiend Without a Face)

Partenariat

L'histoire

Durant les essais d'un radar expérimental dans une base militaire au Manitoba (Canada), des fermiers du voisinage meurent dans d'étranges circonstances. L'autopsie révèle que les cadavres n'ont plus de cerveau ni de moelle épinière. Le major Jeff Cummings mène l’enquête.

Analyse et critique


Dans les années 1950, dans les kiosques et sur les étalages des librairies spécialisées, des centaines de pulps, chaque mois, proposent à un large public des récits de science-fiction, d’horreur, de fantasy et de meurtres en série. Les écrivains, payés à la page mais inventifs au possible, sont dans leur écrasante majorité des hommes. Amelia Reynolds Long, sous plusieurs pseudonymes, a néanmoins réussi à vendre plusieurs milliers de pages avec plus ou moins de succès. Une de ses innombrables nouvelles sera repérée par Forrest J. Ackerman, figure du maquillage et dénicheur de nouveautés pour le compte de grandes compagnies cinématographiques (MGM, notamment). Richard Gordon, charismatique producteur britannique, se démènera pour que le scénario, adapté aux exigences de la science-fiction des années 1950 (du nucléaire, des Russes, de possibles invasions...), aboutisse à un film correct : voilà pour les origines de cette singulière série B qu’est Fiend Without a Face.


Avant-dernier film du réalisateur Arthur Crabtree, Monstres invisibles a tout de la petite production tournée en quatrième vitesse. Les scènes d’exposition de la base militaire, par exemple, semblent plus relever du stock-shot que de l’élaboration figurative. La première partie du film, dans son ensemble, est ennuyeuse au possible : aucun mouvement de caméra, acteurs figés et inexpressifs, décors inexploités. C’est simple : nous pourrions avoir affaire à un feuilleton radiophonique. Évidemment, tous les poncifs du cinéma de science-fiction de seconde zone sont là : la répétition des mots « atome », « radiation » et « nucléaire », les séquences d’expérimentation scientifique avec son jargon illusoire, la menace soviétique. Les meurtres, quant à eux, pourraient être intéressants de par les parti pris utilisés : les monstres sont invisibles, et donc les mises à mort reposent sur la seule interprétation des acteurs. Seulement, tout est surjoué : le suspense ne fonctionne pas. De gros problèmes scénaristiques, enfin, desservent la tension dramatique : le comportement des habitants de Winthrop, par exemple, est incohérent et ne sert qu’à faire progresser artificiellement l’intrigue. Les intuitions du Major Jeff Cummings, autre exemple, sont assez inexplicables... mais permettent un grand bond en avant.


Ne l’oublions pas : si Fiend Without a Face est devenu culte, c’est par son quart d’heure final. Une fois qu’on a expliqué au spectateur que les créatures invisibles avaient été créées par le Professeur Walgate, et que l’activité nucléaire de la base militaire les rendait hors de contrôle, tout est en place pour l’affrontement final. Et nous ne serons pas déçus : les monstres apparaissent enfin, cerveaux tout en tentacules et en antennes, les pistolets atteignent leur cible, le sang dégouline. Même le montage se fait plus serré, alternant points de vue subjectifs, gros plans gore et visages horrifiés. Il faut voir ces personnages flegmatiques attaqués par des dizaines de cortex rugissants ! Si l’utilisation de l’invisibilité, habile pour un petit budget, s’essoufflait terriblement, l’animation, en combinant l’image par image (Ray Harryhausen) et l’informatique (technologie reprise par Georges Lucas pour Star Wars), produit son petit effet. On passe vraiment un bon moment, même si la lenteur des combats (pire que dans Walking Dead, c’est dire !) ne laisse guère de doutes quant à l’issue. On pense bien évidemment, rétrospectivement, au Night of the Living Dead de George A. Romero (qui est une cinquantaine de niveaux au-dessus). Fort heureusement, l’héroïque Major Cummings détruit l’usine nucléaire (ce qui fait disparaître les "monstres invisibles", à défaut de faire disparaître le Canada), revient à peine égratigné, embrasse sa belle. Fin. La morale est sauve.


Si Fiend Without a Face ne brille ni par son panache, ni par son inventivité, il s’autorise une scène finale qui restera dans les mémoires. Aimable petite série B, elle a su remplir les salles de cinéma et faire parler d’elle. C’est déjà beaucoup.

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La fiche IMDb du film
Par Florian Bezaud - le 30 mai 2017