Menu
Critique de film
Le film

Même les assassins tremblent

(Split Second)

Partenariat

Analyse et critique

Surtout connu en premier lieu pour avoir tenu le rôle de meneurs de revues aux côtés de Ruby Keeler dans de nombreux Musicals hollywoodiens célèbres de la Warner, la plupart réalisés ou chorégraphiés par Busby Berkeley, tels 42nd Street, Gold Diggers of 1933, Footlight Parade, Dick Powell joua ensuite dans un grand nombre de comédies avant de se trouver tout à fait à son aise dans l’imperméable du détective privé créé par Raymond Chandler, Philip Marlowe, quand il tourne en 1944 Adieu ma Jolie (Murder, My Sweet) d’Eward Dmytryk. Sa carrière prend alors une toute autre tournure puisqu’il restera dès lors fidèle à ce nouveau genre de prédilection, le film noir. Même quand il endossera la tenue de Cow-boy dans Station West, ce sera pour une intrigue quasi policière. Sa dernière interprétation marquante, il la trouvera dans le superbe Les Ensorcelés (The Bad and the Beautiful) de Vincente Minnelli en 1952. L’année suivante, il passe pour la première fois derrière la caméra pour mettre en boîte ce Split Second, un suspense scénarisé d’après une histoire de Chester Erskine. Deux dangereux criminels, juste évadés d’un pénitencier en plein désert du Nevada, prennent en otage cinq personnes rencontrés lors de leur cavale (un journaliste, une danseuse de cabaret, un vieux trappeur, une femme et son amant) afin de se protéger contre d’éventuelles poursuites. Rien de bien original à priori, sauf que nos "Bad Guys", pour déjouer les recherches de la police, décident de se rendre avec leurs prisonniers dans une petite ville fantôme isolée où doit avoir lieu le lendemain une explosion atomique expérimentale qui devrait ravager tout ce qui se trouve aux alentours ! Ce terrorisant "paramètre", connu des protagonistes, accentue encore le suspense et les tensions qui règnent durant cette nuit tragique qui se déroule dans un environnement restreint, un quasi huis-clos même, une fois le groupe ayant pris place à l’intérieur d’une des masures de la ville fantôme.

Grâce à ces éléments topographiques inusités superbement mis en valeur par la photographie fortement contrastée de Nicholas Musuraca, à des plans surréalistes comme par exemple cet hélicoptère au milieu d’un décor "westernien", à des dialogues vifs et tranchants et à ce supplément de terreur paranoïaque amené par la menace atomique, pour son coup d’essai, Dick Powell réussit un thriller assez efficace à défaut d’être inoubliable, faute à des personnages assez monolithiques, peu fouillés psychologiquement, et à un casting ne brillant pas par son charisme à l’exception d’Arthur Hunnicutt (vous savez, le pendant de Walter Brennan pour les rôles de vieux grincheux édentés dans les westerns et films d’aventures de l’époque, tenant l’année précédente un rôle à peu près similaire, celui de Zeb dans La Captive aux yeux clairs / The Big Sky de Howard Hawks) et surtout de Stephen McNally. Habitué des rôles de "méchants" dans lesquels il a toujours excellé, détestable dans Johnny Belinda, puis de Winchester 73 d’Anthony Mann à Violent Saturday de Richard Fleischer, il se retrouve logiquement ici dans la peau du nerveux chef des hors-la loi aux fulgurants éclairs de violence. Pourtant, il pourrait s’agir du personnage le plus humain du groupe, celui pour qui nous ressentons presque le plus d’empathie, son attachement à son compagnon d’évasion blessé se révélant assez touchant en même temps qu’intéressant puisque pouvant sembler assez ambigu pour certains, même si je n’irai pas pour ma part jusqu’à parler d’homosexualité latente mais plutôt d’amitié accrue par la traversée commune d’épreuves dangereuses et un certain sens de l’honneur. Un honnête film de série B se terminant par une excitante et vigoureuse séquence d’action au milieu du désert. « Well, let's go see what the world of tomorrow looks like » dira l’un des survivants à l’explosion atomique alors qu’il découvre le "champignon" au-dessus du vaste territoire dévasté. A l’époque où la peur du nucléaire était dans tous les esprits, on imagine aisément l’impact de cette scène. Ironie du sort, le film suivant de Dick Powell, Le Conquérant (dans lequel John Wayne tenait le rôle de Genghis Khan) verra, au cours des années suivantes, l’équipe y ayant participé décimée suite à des cancers déclenchés pour la plupart par des radiations émises suite à des expériences atomiques et encore présentes sur les lieux de tournage.

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 27 août 2008