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Critique de film
Le film

Marqué au fer

(Branded)

Partenariat

L'histoire

Traqué, le tireur d'élite dénommé Choya (Alan Ladd) est rejoint dans la montagne par deux hommes inquiétants, Leffingwell (Robert Keith) et Tattoo, qui lui proposent une affaire juteuse. Il devra se faire passer pour le fils disparu à l'âge de cinq ans d'un richissime éleveur pour pouvoir profiter de la fortune de ce dernier et évidemment la partager avec ses deux nouveaux partenaires. Pour que ses "parents" le reconnaissent, les deux hommes marquent sur son épaule le tatouage que l'enfant avait lorsqu'il s'est volatilisé. Tout se passe comme ils l'avaient prévu, et Lavery (Charles Bickford) croit avoir retrouvé son rejeton qu'il accueille et recueille comme il se doit. Mais Choya tombe amoureux de sa "soeur", Ruth (Mona Freeman). Apprenant à aimer cette famille, il ne souhaite plus tuer son père pour bénéficier de l'héritage et, au vu des sentiments éprouvés pour Ruth, il considère la situation comme désormais intenable. Il décide de tout leur avouer et, pour se racheter, de partir à la recherche de celui pour qui il s'est fait passer. En effet, Leffingwell lui dit que le véritable Richard se trouve au sein de la famille d'un bandit mexicain qui l'a adopté ; c'était en effet lui qui l'avait kidnappé 25 ans plus tôt en pensant dès lors à ce plan qu'ils étaient en train de "mettre en pratique", et qui aurait pu les faire devenir millionnaires si Choya n'avait pas tout fait capoter par son examen de conscience et son stupide amour "incestueux". Choya passe la frontière suivi de près par Leffingwell qui, ne supportant pas que son stratagème ait échoué, souhaite se venger du fautif...

Analyse et critique

Les gros bénéfices de Whispering Smith remirent Alan Ladd en selle pour Branded qui fut également un gros succès commercial. En cette fin d'année 1950, on découvre à cette occasion le premier western d'un réalisateur qui réalisera six autres westerns dans le courant de cette même décennie, un honnête artisan de la série B qui ne nous laissera aucun film vraiment marquant même s'ils demeurent dans l'ensemble pour la plupart plutôt plaisants.

Né en Pologne, Rudolph Maté fit ses études à l'université de Budapest et en 1921 devient l'assistant des frères Korda qu'il suivit à Paris en 1925. En 1928, il est le directeur photo de La Passion de Jeanne d'Arc de Carl Theodor Dreyer. Il collabore ensuite en tant que chef-opérateur à Vampyr, toujours de Dreyer, puis à de nombreux autres films dont le listing est assez impressionnant : Le Dernier milliardaire de René Clair, Liliom de Fritz Lang, Stella Dallas de King Vidor, Love Affair de Leo McCarey, Correspondant 17 d'Alfred Hitchcock, To Be or Not to Be d'Ernst Lubitsch ou Gilda de Charles Vidor pour ne citer que les plus célèbres. Dans la plupart des films qu'il a photographiés, on trouve une certaine stylisation post-expressioniste qu'il laissera tomber une fois passé derrière la caméra en tant que réalisateur dès 1946. Paradoxalement, ses films ne seront en effet ni mémorables ni remarquables plastiquement parlant. Avant Branded, il aura néanmoins signé quelques petites réussites du film noir tels Mort à l'arrivée (D.O.A.) ou Midi Gare Centrale (Union Station). Marqué au fer est à son tour un western qui force la sympathie notamment grâce une bonne interprétation d'ensemble, de beaux extérieurs "technicolorisés" et surtout à un scénario mélodramatique assez bien écrit et dont l'idée de départ s'avère plutôt originale.



Belle histoire mélodramatique que celle de cet aventurier qui se fait passer pour le fils disparu d'un riche éleveur pour essayer de capter son héritage mais qui, tombant amoureux de sa "sœur" et ne pouvant plus supporter de n'avoir pas le droit de lui déclarer son amour, préfèrera tout avouer et partir à la recherche du véritable rejeton qui avait été kidnappé quelques années auparavant dans le but de mettre en place cette diabolique fourberie. Quant on sait que le fils a été adopté par un bandit mexicain qui tient désormais à lui comme à la prunelle de ses yeux, que le rancher oblige Choya à jouer son rôle de fils jusqu'à la mort de son épouse pour ne pas peiner cette dernière, que l'instigateur de cette duplicité souhaite désormais tuer celui qui l'a fait échouer, que le véritable fils ne souhaite pas quitter sa famille d'adoption mais que Choya oblige de force à revenir vers sa famille de sang, etc. , on imagine aisément que le scénario est assez riche en rebondissements pour tenir le spectateur en haleine jusqu'au bout ! Et en effet, le western de Rudolph Maté se suit sans aucun ennui jusqu'au happy end apaisant, finalement assez surprenant quand on est habitué à ce que les mélodrames ne se terminent que très rarement dans la joie et la bonne humeur. Nous sommes ici très éloignés (sans que ce soit un jugement de valeur) du baroquisme outrancier de Duel au soleil de King Vidor ou du ton de tragédie grecque qui irradiait The Furies d'Anthony Mann ; le drame se révèle ici à la fois plutôt raffiné mais également assez naïf et c'est ce qui fait en partie son charme.



Naïf n'étant pas nécessairement synonyme de mièvre, il faut le préciser d'emblée pour ne pas perdre en route des spectateurs potentiellement intéressés par le film. Parlons plutôt d'une imagerie juvénile romanesque et peu sanglante (l'antihéros usurpateur du départ devenant une sorte de chevalier blanc par la suite ne versera aucune goutte de sang durant tout le film), d'un mélodrame débarrassé de ses excès, d'une tragédie familiale qui ne se traduit pas obligatoirement par des morts et des turpitudes en série ; on retrouve un peu le ton et l'imagerie très attachants qui étaient déjà présents dans le superbe Smith le taciturne de Leslie Fenton, cinéaste qui devait d'ailleurs initialement réaliser Branded. La sensibilité de ce dernier aurait d'ailleurs peut-être fait atteindre au film des hauteurs qu'il ne côtoie jamais ici. En effet, la mise en scène de Rudolph Maté est bien trop timorée pour donner à cette histoire le souffle et la puissance dramatique voulus, l'émotion et l'ampleur attendues. On reste à la surface des choses dans ce film très correctement réalisé mais un peu trop routinier pour pouvoir prétendre être plus qu'un plaisant western (ce qui n'est déjà pas mal du tout). Sidney Boehm signera plus tard quelques scripts sans concessions, bien plus noirs et plus violents tels ceux de Règlement de comptes (The Big Heat) de Fritz Lang, Colère noire (Hell on Frisco Bay) de Frank Tuttle, encore avec Alan Ladd, ou Les Inconnus dans la ville (Violent Saturday) de Richard Fleischer. En attendant, son travail sur le premier western de Rudolph Maté est néanmoins à saluer car particulièrement fluide et très bien dialogué, même si non dénué d'invraisemblances (surtout dans le final).

Dad Travis : « You got any friends ? »
Choya : « My guns. »
Dad Travis : « Kinfolk ? »
Choya : « My horse. »

Ruth Lavery : « What's your name ? »
Choya : « Choya. »
Ruth Lavery : « That's spanish for cactus. Why do they call you that ? »
Choya : « Ever tried to pick one ? »



Dans le rôle de Choya, aventurier solitaire ne s'en laissant pas compter, Alan Ladd qui, au vu de sa petite taille et son aspect de gringalet ne semblait pas avoir la prestance requise pour ce type de personnages, s'en sort une nouvelle fois après Whispering Smith relativement bien ; sa voix grave, son apparente sincérité et son sérieux le rendent très convaincant notamment lors de la séquence où, auprès du véritable fils, il opère son examen de conscience, en proie aux remords et pratiquement au bord de la dépression : « All my life, I've been a snake. I've lived by my wits. I've gotten what I've wanted anyway I wanted it. Just lately I've been wondering just for once if I couldn't do something straight... do something a little decent. » Il sait parfois aussi s'avérer inquiétant, notamment lorsqu'il fait parler Robert Keith en lui tirant dessus avec son six coups dans lequel il a placé une balle (une sorte de roulette russe avant l'heure). Et il arrive à nous toucher lorsque nous constatons qu'il commence à devenir irritable et agressif du fait de ne pas pouvoir dire à Ruth qu'elle l'attire. A ses côtés, un Robert Keith tout aussi probant en salaud n'hésitant pas à tirer dans le dos de son plus ancien acolyte pour doubler sa mise, une Mona Freeman tout à fait charmante, un Charles Bickford toujours à l'aise dans la peau de gros éleveurs de bétail et un Joseph Calleia attachant dans le rôle du père adoptif fou de rage à l'idée que son "fils" puisse préférer rejoindre ses parents de sang.



Le scénariste et le metteur en scène ne font pas d'étincelles, restent dans la convention la plupart du temps mais, possédant tous deux un solide métier, nous délivrent un western bien écrit, bien réalisé, bien dialogué et formidablement photographié par Charles Lang qui filme avec talent les splendides paysages du Nouveau Mexique et de l'Arizona et qui nous concocte quelques superbes éclairages notamment avec des allumettes, totalement irréalistes mais particulièrement photogéniques. Marqué au fer débute par une scène d'introduction mouvementée et efficace mais qui ne donne pas forcément le ton d'un film plutôt posé, bavard (rien de péjoratif là-dedans), mais qui devrait contenter aussi les amateurs d'action notamment lors de la longue séquence de la traque au Mexique se déroulant au milieu de superbes extérieurs. Rien de fulgurant mais rien de déshonorant non plus, bien au contraire. Un ensemble bougrement sympathique.

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 8 septembre 2012