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Critique de film
Le film

Mais qui a tué Harry ?

(The Trouble with Harry)

Partenariat

L'histoire

A l’automne, dans un paisible petit village du Vermont, un cadavre est découvert par quelques habitants, chacun de ceux-ci croyant l’avoir tué. Ne voulant pas être inquiétés par la justice ni dérangés dans leur petites vies bien réglées, ils vont alors s’employer à enterrer puis déterrer le corps sans problèmes de conscience ni de culpabilité, s’occupant au contraire du cadavre comme d’un vulgaire objet à dissimuler. De multiples petites histoires annexes vont se développer au cours de cette seule journée, des histoires d’amour le plus souvent.

Analyse et critique

Mais qui a tué Harry est tellement inhabituel dans la filmographie du maître du suspense que une fois le tournage terminé, personne ne saura qu’en faire et comment l’exploiter. "Dans Trouble with Harry, je retire le mélodrame de la nuit noire pour l’amener à la lumière du jour. C’est comme si je montrais un assassinat au bord d’un ruisseau qui chante et que je répandais une goutte de sang dans son eau limpide. De ces contrastes surgit un contrepoint et peut-être même une soudaine élévation des choses ordinaires de la vie." disait Hitchcock à Truffaut dans son fameux livre d’entretiens. De ce fait, cette comédie d’une totale originalité n’a obtenu du succès qu’en France où elle est resté plus de six mois en exclusivité dans une salle des Champs Elysées. Malheureusement, le film n’est pas encore aujourd’hui reconnu à sa juste valeur.

Seconde et dernière incursion de Hitchcock dans la pure comédie après le méconnu Mr and Mrs Smith, il s’agit cette fois d’un humour totalement british fondé sur le goût du macabre et de l’irrationnel, mélange d’indolence, de non-sens (presque de surréalisme dans la réaction des personnages face à toutes les situations), le tout sur un rythme totalement nonchalant ponctué de dialogues d’une grande drôlerie. Les images automnales en technicolor de Robert Burks sont absolument magnifiques, les plans d’ensemble sur la campagne idyllique de véritables tableaux. Le film est bercé par la bande originale de Bernard Herrmann sautillante et étrange à la fois, superbe réussite une fois de plus.

Le casting est à l’image du film, assez incongru : pour son premier rôle à l’écran, Shirley McLaine est vraiment craquante et délurée , Edmund Gwenn, Mildred Natwick, John Forsythe et les autres jouent tous avec un mélange de pittoresque et de flegme assez jouissif pour le spectateur. Certains exégètes ont établi une théorie selon laquelle le film décrirait un monde faussement paradisiaque, en fait très effrayant peuplé de monstres égocentriques ; même si les personnages de cette histoire sont certes vus avec ironie, cette interprétation me semble peu fondée mais au contraire contredite par la chaleur et l’amour qu’a mis Hitchcock a les dépeindre. Tout ce petit microcosme se révèle finalement éminemment sympathique, témoin cette merveilleuse scène de la "vente de tableaux" au cours de laquelle John Forsythe, préférant contenter ses amis plutôt que de recevoir de l’argent pour ses oeuvres, demande à chacun son souhait le plus cher qu’il exauce sans plus attendre.

A savoir que si, au bout de 5 minutes, vous n’avez pas réussi à décrocher un sourire, vous risquez fort de vous ennuyer durant la durée du film, le ton étant donné dès les premières scènes et Hitchcock poursuivant de la même manière sans aucunes déviations jusqu’à la fin. Voici un exemple de l’ambiance qui y règne par cette brève description d’une des premières scènes : le capitaine (Edmund Gwenn), croyant avoir tué Harry avec son fusil alors qu’il chassait le lapin, se met à déplacer le cadavre en le tirant par les pieds afin de le cacher dans un endroit plus discret. Arrive dans ces mêmes bois (alors qu’elle n’a absolument rien à y faire) une vieille fille de sa connaissance (Mildred Natwick) qui lui pose la question suivante avec un bel aplomb et sans aucun étonnement : "vous avez des ennuis Capitaine ?". A la suite de ça, plusieurs autres personnages passeront à côté du cadavre sans s’en préoccuper davantage, certains le trouvant même mal placé par rapport au paysage !!!

Peu apprécié par beaucoup d’hitchcokiens fervents (y compris au sein de la rédaction de ce site), le charme fou que dégage ce film procure à chaque vision un bonheur unique qu’on ne retrouve pas souvent à ce niveau de fraîcheur y compris dans les meilleures comédies d’Outre-Manche, celles de Mackendrick, Hamer ou Crichton, les réalisateurs phares de l’humour anglais. Délicieux, ce chef d’œuvre fait partie des sommets de l’œuvre du maître du suspense au même titre que Les Oiseaux, La Mort aux trousses ou Sueurs froides et s’insère parfaitement, sans avoir à en rougir, à l’intérieur de cette décennie hitchcokienne bénie de tous les cinéphiles s’étendant de 1954 (Le Crime était presque parfait) à 1964 (Marnie).

DANS LES SALLES


DISTRIBUTEUR : SWASHBUCKLER FILMS

DATE DE SORTIE : 18 SEPTEMBRE 2013

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Par Erick Maurel - le 1 décembre 2002