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Critique de film
Le film

Les Vikings

(The Vikings)

Partenariat


L'histoire

Au cours d’un raid sur les côtes anglaises, Ragnar (Ernest Borgnine) viole la reine d’Angleterre. Cette dernière met au monde Eric (Tony Curtis) qu’elle abandonne aux mains des Vikings lors d’une autre attaque. Eric, est alors élevé comme un esclave, mais n’accepte pas cette situation. Devenu adulte, il affronte Einar (Kirk Douglas) fils de Ragnar et le défigure … Quelques mois plus tard, Morgana (Janet Leigh) future reine d’Angleterre est enlevée par les Vikings et tombe amoureuse d'Eric …

Analyse et critique

En 1955, Kirk Douglas crée Bryna Production. Il commence par produire The Indian Fighter (La rivière de nos amours), mais ce film ne connaît pas le succès escompté. Le futur interprète de Spartacus cherche alors un sujet populaire et s’intéresse au roman d’ Edison Marshall : The Vikings. Le projet tombe rapidement dans les mains de Richard Fleischer. Le réalisateur de 20 000 lieues sous les mers (déjà avec Douglas) y voit un matériau idéal pour exprimer son savoir faire. Il se lance alors avec passion dans cette aventure et démarre une étude minutieuse des mœurs Vikings. Aucun détail ne lui échappe : les costumes, les décors ou même le choix des chevaux sont totalement fidèles à la réalité historique. A ce soin du détail, Fleischer associe son sens inné du cadrage.

Utilisant pour la seconde fois le format "Technirama", il compose des plans d’une grande beauté picturale. A titre d’exemple, les premières images du drakkar sur fond de montagnes enneigées sont d’une splendeur rarement atteinte sur grand écran . Fleischer est également l’un des premiers cinéastes à donner tant d’importance à la profondeur de champ sur le format 2.35 (1). L’attaque du château Anglais le montre avec clarté : les comédiens principaux occupent le premier plan tandis qu’une quantité incroyable de figurants combattent sur un arrière plan très profond permettant même d’admirer les vagues de la mer du nord !! Cependant il serait stupide de parler de réussite visuelle sans évoquer la participation de Jack Cardiff. Le directeur photo de La comtesse aux pieds nus, African queen ou Red Shoes, rejoint lui aussi l’équipe. Son travail sur les scènes d’intérieurs est remarquable : sur certaines séquences, les couleurs chaudes et rougeoyantes plongent le public dans le délire festif des Vikings !! Les décors norvégiens sont quant à eux photographiés avec naturel et le spectateur reste émerveillé devant tant de beauté visuelle.

Mais ces aspects techniques ne suffisent pas à faire de ce film un succès et Bryna production doit offrir au public un casting de rêve. Kirk Douglas habitué à interpréter les premiers rôles s’empare du personnage de Einar. Sa présence, son physique d’athlète et son visage balafré en font un guerrier charismatique. Tony Curtis et sa jeune épouse Janet Leigh se joignent également à l’aventure. Cette dernière interprète une princesse pleine de caractère tandis que son compagnon joue Eric, le bâtard de Ragnar. Mais il faut bien avouer que Curtis détonne un peu dans le village Viking ! Son visage poupin et sa démarche élégante n’en font pas un sauvage bien convaincant… Douglas ne s’en souci guère et donne de la crédibilité à sa distribution en imposant Ernest Borgnine comme figure paternelle des hordes nordistes. Son rire tonitruant, son physique sauvage et sa joie de vivre qu’on devine naturelle en font un roi attachant et à l’allure authentique. Enfin, la voix off qui entame le récit, bien que n’étant pas créditée au générique, n’est autre que celle d’Orson Welles !

A défaut de révolutionner la théorie cinématographique comme le fit ce dernier avec Citizen Kane, The Vikings n’en est pas moins un film dont la forme est admirable. Lorsque sa bande-annonce envahit les écrans américains au printemps 1958, la MGM promet un spectacle épique. La mission de Fleischer, Douglas et de toute l’équipe réunie autour du projet est amplement réussie, le succès sera au rendez-vous. Aujourd’hui encore, les grands enfants que nous sommes restent rêveurs devant cette aventure. Et lorsque le générique tombe, l’envie nous démange de hurler le légendaire : " OODINNNNN !!! ".

(1) Sur ce point lire l’analyse instructive de Tavernier et Coursodon dans 50 ans de cinéma américain (rubrique réalisateur)

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par François-Olivier Lefèvre - le 10 janvier 2003