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Critique de film
Le film

Les Tambours de la guerre

(War Drums)

Partenariat

L'histoire

Mangas Coloradas (Lex Barker) et ses braves guerriers Apaches attaquent un ranch où s’étaient réfugiés des bandits mexicains venant de voler leurs chevaux. Les Indiens massacrent tous les Mexicains et récupèrent leurs biens ; ils ramènent aussi Riva (Joan Taylor), métisse moitié indienne moitié mexicaine qui était devenue l’esclave des brigands après que son père se soit fait assassiner par leurs soins, en attendant d’être vendue comme prostituée. Sur le chemin du retour au campement, Mangas croise la route d’un de ses grands amis, le trappeur Luke Fargo (Ben Johnson), qui tombe immédiatement sous le charme de la jeune femme et qui propose au chef apache de l’échanger contres des armes. Mais Mangas refuse, ayant décidé de la prendre pour épouse ; les voilà repartis chacun de leurs côtés. Dans son village, on voit d’un très mauvais œil le fait que Mangas décide de se marier avec une métisse, et notamment le sorcier (John Colicos) qui pense que cet acte va porter malheur à leur tribu. Mangas doit d’ailleurs se battre à mort contre deux guerriers qui refusaient également cette union. Les sœurs et cousines du chef sont elles aussi choquées lorsque, au lieu de s’occuper des tâches ménagères dévolues aux femmes, Riva décide d’être guerrière et chasseresse aux côtés de son époux. Elle va d’ailleurs bientôt pouvoir prouver ses capacités à se battre le jour où des chercheurs d’or viennent mettre à mal le traité de paix en s’aventurant sur les terres indiennes. Craignant le pire, Luke va faire son possible pour que la situation ne s’envenime pas plus, en allant trouver son ami indien...

Analyse et critique

Avant de vous toucher deux mots de ce western qui ne mérite pas que nous nous y attardions bien longuement (d’ailleurs Patrick Brion lui-même, lors de sa présentation du film sur le bonus du DVD Sidonis, préfère carrément éviter d’en parler, se contentant de dire en une phrase laconique qu’il s’agit d’une curiosité), revenons brièvement sur Reginald Le Borg, cinéaste d’origine autrichienne qui, aux dires des connaisseurs, n’aurait pas démérité dans d’autres domaines que le western. Espérons que ce soit effectivement le cas, car il ne nous aura démontré aucun talent dans le genre qui nous concerne ici. Il commença par étudier la musique avec Arnold Schoenberg puis partit faire des études en France à la Sorbonne, avant de travailler à la mise en scène de spectacles musicaux en Allemagne dans les années 20 aux côtés de Max Reinhardt. Autant dire que le cinéma n’était pas sa vocation première. Il ne s’en cachera d’ailleurs jamais, disant avoir tourné uniquement pour gagner sa vie et non par passion pour son métier. A Hollywood, il commença par superviser les scènes d’opéra incluses dans les films de la Fox et de la Paramount avant de devenir réalisateur de seconde équipe à la MGM. Une fois passé à la Universal, on lui confia tout d’abord la réalisation de nombreux courts métrages musicaux avant qu’il ne se spécialise surtout dans le fantastique (Le Fantôme de la Momie - The Mummy’s Ghost) - faisant parfois tourner les habitués du genre que sont Lon Chaney Jr. et Vincent Price - ainsi que dans le film d’aventures de série Z (la série des Joe Palooka). Il est également à l’origine d’une adaptation, parait-il intéressante, du Horla de Maupassant (L’Etrange histoire du juge Cordier - Diary of a Madman) ainsi que d’une série de cinq westerns dont le minable Wyoming Mail (Dangereuse mission) qui sera son premier essai dans le genre, ou bien encore ce guère meilleur Les Tambours de le guerre (War Drums). "Je n'ai jamais fait attention à ce que je tournais" disait le cinéaste avec une grande lucidité ; en effet, ce western vient malheureusement de nouveau nous le confirmer. Et pourtant le pitch de départ s’avérait une fois encore, comme celui de Wyoming Mail, pour le moins alléchant, et certaines situations assez nouvelles.

En effet, nous n’avions encore que rarement eu l’occasion de voir un western narrant les rivalités entre Indiens et Mexicains ou de tomber sur un triangle amoureux mettant en scène un Indien, un Blanc et une métisse. Et puis, surtout en ces temps d’intolérance et de remise en cause de nos valeurs démocratiques les plus saines, il n’est jamais désagréable de tomber sur un western progressiste, en l’occurrence à la fois pro-Indien et féministe avant l’heure, prônant l’émancipation de la femme. Dans la première séquence avec Ben Johnson, celui-ci, pour contrer son compagnon de voyage qui critique la sorte d’esclavage qui consiste pour les Mexicains à vendre leurs prisonnières pour les saloons, lui rétorque que le fait pour les États-Unis de vouloir enfermer les Apaches dans des réserves en est également une autre forme. Et puis voir l’épouse d’un grand chef préférer la bagarre et la chasse aux tâches ménagères et à la cuisine n’était pas non plus si courant dans le cinéma de l’époque. Le premier quart d’heure laissait donc espérer un honnête western d’autant que la scène d’action qui lui servait de prologue n’était pas sans une certaine brutalité inaccoutumée, les lances et les flèches lacérant et traversant allègrement les corps. De l’action, une situation bien posée, des messages progressistes, trois comédiens assez convaincants et de superbes paysages en couleurs... cela partait plutôt bien ! Puis au bout d’un quart d’heure, dès que l’on arrive au campement indien au sein duquel va se dérouler une grande partie du film, plus rien ne fonctionne ! Si le film de Reginald LeBorg semblait vouloir suivre la droite lignée de La Flèche brisée (Broken Arrow), il n’emprunte finalement que la voie d’un mauvais film de la série des Winnetou, la naïveté apparente et le lyrisme bouleversant du premier se transformant bien vite en niaiserie infantile, kitsch et risible. Et cela débute dès l'apparition des personnages de la sœur et de la cousine de Mangas que l’on dirait sorties tout droit d’un mauvais soap : maquillages, coiffures et accoutrements, accents et comportements… rien n’est crédible un seul instant et l'on se met discrètement à décrocher devant un film au budget de série B qui se met à ressembler de plus en plus à une œuvre de série Z.

S’ensuivent des combats mal filmés, des répliques d’une grande niaiserie, des scènes romantiques d’un ridicule achevé (Joan Taylor apprenant à Lex Barker à rouler un patin) et une intrigue qui devient totalement inintéressante. La mise en scène amorphe de Reginald LeBorg n’arrange évidemment rien à l’affaire, les petites 72 minutes du film semblant alors durer une éternité. Heureusement qu’il reste de très beaux paysages (néanmoins très moyennement exploités par le cinéaste), ainsi que les deux acteurs principaux qui, à défaut d'un grand talent dramatique, font cependant ce qu’ils peuvent pour rendre leurs personnages captivants, s’acquittant au moins avec professionnalisme de leur travail d’interprétation. Lex Barker, doté d’une belle musculature (il le fallait pour avoir été l’un des innombrables interprètes de Tarzan) arrive à convaincre dans la peau de Mangas Coloradas, personnage réel qui fut l’un des chefs Apaches les plus charismatiques avant Geronimo et Cochise, et que l'on avait précédemment rencontré dans un western de Lesley Selander datant de 1955, Fort Yuma avec déjà l’actrice Joan Taylor. Quant à Ben Johnson, entre les univers de John Ford et de Sam Peckinpah, il arrive toujours à se rendre sympathique, son personnage de trappeur amoureux de l’épouse de son meilleur ami parvenant à nous être par moments attachant. Il y avait donc de quoi accoucher d’un honnête western si les auteurs avaient fait un minimum d’efforts ; ce qui n’est ni le cas de Reginald LeBorg ni celui de Gerald Drayson Adams. Si ce dernier, surtout spécialisé dans le western pro-Indien, avait écrit le très honorable Au mépris des lois (The Battle of Apache Pass) de George Sherman, il avait en revanche déjà complètement raté ceux de Taza fils de Cochise de Douglas Sirk ou du Grand chef (Chief Crazy Horse) de George Sherman, néanmoins bien plus agréables à regarder grâce à la qualité de leur mise en scène, surtout d’ailleurs le second avec la splendeur de ses cadrages en Cinémascope.

War Drums est A voir éventuellement pour la beauté des paysages naturels, pour quelques cascades, pour un thème musical romantique assez plaisant (le reste de la composition s’avérant totalement à côté de la plaque), pour les admirateurs de Ben Johnson, pour ceux qui veulent voir Stuart Whitman le temps de quelques minutes, ou au contraire pour ceux qui voudraient rigoler entre copains devant une squaw qui préfigure Xena la princesse guerrière ou au vu des danses indiennes parmi les plus kitsch jamais filmées. Mais plus sérieusement, pour le reste, mieux vaut passer son chemin plutôt que de perdre son temps devant un western aussi mollasson et qui devient très vite extrêmement ennuyeux. Que ceux qui auraient voulu tomber sur une biographie intéressante de Mangas Coloradas ne s'y attardent pas non plus ; pour un exemple parmi tant d'autres, il leur faut savoir que contrairement à un Lex Barker en pleine fougueuse jeunesse, le chef indien avait en réalité plus de 60 ans au moment où l’histoire se déroule ! Un western pro-Indien sur lequel on peut donc aisément faire l'impasse.

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 7 juin 2014