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Critique de film
Le film

Les Survivants de l'infini

(This Island Earth)

Partenariat

L'histoire

A la suite d’une conférence qu’il vient de donner sur l’énergie atomique, le scientifique Cal Meacham (Rex Reason) revient chez lui en jet privé. Après avoir perdu le contrôle de son appareil, il est sauvé par une mystérieuse lueur verte qui prend en charge l’avion jusqu’à l’atterrissage. Les évènements énigmatiques ne s’arrêtent pas là puisque son assistant lui fait part de la réception d’un colis envoyé par un mystérieux laboratoire, contenant un condensateur ultra miniaturisé aux capacités exceptionnelles ainsi que le manuel de construction d’une machine baptisée Interociteur. La curiosité étant plus forte que tout, les deux hommes la fabriquent. Une fois branché, l’appareil les met en contact visuel avec un certain Exeter (Jeff Morrow) qui les félicite d’avoir réussi le "test d’aptitude", qui leur permet ainsi de pouvoir participer à son projet pour lequel il cherche à recruter des savants d’exception. Meacham accepte de faire partie de l’équipe d’Exeter, et le lendemain un avion sans pilote vient le chercher. Arrivé dans un coin perdu de Géorgie, il est accueilli par la charmante Ruth Adams (Faith Domergue), une experte en nucléaire, qui le conduit à l’imposante demeure d’Exeter où sont réunis un grand nombre de scientifiques dont il trouve les attitudes bizarres, certaines de ses connaissances semblant ne plus se souvenir de lui. Inquiets, Charles et Ruth décident de s’enfuir alors qu’Exeter reçoit l’ordre de détruire son laboratoire. En tentant de s’échapper à bord d’un avion, les deux savants sont aspirés par un rayon provenant d’une soucoupe volante qui n’est autre que le vaisseau spatial d’Exeter. Ce dernier se révèle être un habitant de la planète Metaluna, en plein effondrement à cause de la guerre qui l'oppose aux diaboliques Zagons...

Analyse et critique


Lorsque Joseph M. Newman réalise Les Survivants de l’infini en 1955, il a déjà une trentaine de films à son actif. Si son nom n’est pas plus connu de nos jours, c’est tout simplement et très logiquement parce qu’il ne se sera pas révélé un grand cinéaste, loin s’en faut. Sa carrière connaît quelques sympathiques réussites grâce surtout à de bons scénarios à sa disposition - Les Bannis de la Sierra (The Outcasts of Poker Flat) - mais rien de mémorable non plus, tout du moins du peu que l'on connait de sa filmographie prolifique; de futures agréables découvertes ne sont donc encore pas impossibles ! Quoi qu'il en soit, le film de science-fiction dont il est question ici reste son plus grand titre de gloire même s’il m'apparait aujourd’hui avoir moyennement bien vieilli contrairement à son pendant space opera à la MGM qui sortira l’année suivante, le toujours aussi génial Planète interdite (Forbidden Planet) qui vole 100 coudées au-dessus de son prédécesseur à tous les niveaux. Assez paradoxalement, les deux films sont quasiment les seuls restés célèbres de deux cinéastes qui n’auront guère fait d’étincelles tout au long de leur carrière ; mais, alors que Planète interdite reste un petit miracle totalement inattendu de la part d’un tâcheron comme Fred McLeod Wilcox, This Island Earth, plus conventionnel dans sa mise en scène et moins bien rythmé, a de ce fait moins bien passé l’épreuve du temps même s’il demeure tout à fait agréable à regarder.



Mon avis mitigé est évidemment à prendre avec des pincettes puisque de nombreux amateurs du genre seront bien moins nuancés, considérant toujours au contraire le film de Newman comme un sommet difficilement "surpassable". Cependant une chose est certaine, grand film ou non, This Island Earth est un film iconique et très important dans le domaine du 7ème art historiquement parlant. En effet, sa deuxième partie marque rien de moins que la naissance du space opera avec son côté spectaculaire d'où découlera entre autres la célèbre franchise Star Wars. Car si effectivement aujourd’hui le film de Joseph M. Newman pourra paraitre risible à certains, il n’en était rien lors de sa sortie, la plupart des critiques et des spectateurs s’étant extasiés devant les effets spéciaux, maquettes, maquillages, décors et costumes qui pourront désormais et à juste titre être qualifiés de kitsch. Mais son importance demeure donc faramineuse si l’on considère ses innombrables descendances durant les soixante années qui ont suivi : l’intérieur dépouillé du vaisseau d’Exeter ainsi que les matte-painting représentant les paysages intersidéraux annoncent ceux de nombreuses séries à commencer par Star Trek, le mutant à pinces et au cerveau hypertrophié accouchera d’une imposante lignée de monstres semblables jusqu’au Mars Attacks ! de Tim Burton... Admiré sans bornes par Joe Dante qui lui rendra hommage dans son curieux Explorers, par John Carpenter ou bien d’autres cinéastes ayant œuvré dans la science-fiction, Les Survivants de l’infini fait encore rêver certains cinéphiles, Metaluna - la planète sur laquelle se rendent les principaux protagonistes durant la seconde partie du film - deviendra le nom d’un fanzine puis d’une boutique spécialisée dans le cinéma fantastique dans le 5ème arrondissement de Paris et même d’une maison de production.



Metaluna est dans le film de Joseph Newman une planète à l'origine protégée de toute invasion par une couche d’énergie ionisée, qui vient désormais à se faire rarissime et qui laisse désormais passer les ennemis, les vils Zagons sont maintenant capables grâce à leur technologie très avancée de détourner des météorites afin qu'ils s'écrasent à la surface de la planète dans le but de la détruire. Le projet de recherche spécial d’Exeter est donc de trouver le plus rapidement possible une nouvelle source d’énergie susceptible de sauver la planète de ces incessantes attaques, d’où la convocation de savants atomistes et de spécialistes du nucléaire. Mais il est désormais bien trop tard et la planète est sur le point de disparaitre. L’idée du dirigeant de Metaluna est maintenant de conduire son peuple sur la Terre afin de s’y réfugier et pourquoi pas de s’en rendre maître, leur avance technologique et leur supériorité intellectuelle les instituant logiquement à sa tête. Danger atomique, recherche de nouvelles sources d'énergie suite à la disparition prochaine de la principale, supériorité intellectuelle et avance technologique conduisant logiquement à la domination et à l'ingérence politique, etc., autant de thèmes toujours d’actualité et qui font de ce film une œuvre digne d’intérêt d’autant qu’elle s’éloigne un peu dans le même temps des innombrables histoires de menaces extérieures "venues du ciel" dues à l’anticommunisme alors à la mode dans le genre. Mais il est dommage que les scénaristes n’aient pas plus creusé leur histoire et leurs thématiques, préférant faire se suivre des scènes intempestivement bavardes aux dialogues pas forcément passionnants, puis dans la deuxième heure des séquences presque intégralement destinées à mettre en valeur les effets spéciaux et le travail iconographique concernant le vaisseau spatial, la galaxie traversée durant le voyage intersidéral ainsi et surtout que la planète Metaluna.



Mais si le scénario ne parvient pas à tenir ses promesses malgré son discours nuancé, si la mise en scène de Joseph M. Newman s’avère presque anémiée (l’appel à la rescousse de Jack Arnold n’ayant semble-t-il pas apporté grand-chose), et malgré un rythme languissant, une intrigue paresseuse, des dialogues ennuyeux et un casting peu convaincant (notamment une Faith Domergue qui parait s’ennuyer à mourir, engoncée qu’elle est dans des tenues qui lui enlèvent tout charme, ce qui n'arrange en rien une romance déjà insipide), This Island Earth peut néanmoins se visionner avec un immense plaisir grâce avant tout aux équipes techniques de la Universal qui ont effectué un travail formidable : visuellement et plastiquement, le film s'avère toujours aussi splendide. Il s’agit tout d’abord des derniers feux de l’irremplaçable Technicolor trichrome qui en jette encore plein les yeux notamment durant la première heure ; en effet le studio a décidé d’utiliser une autre pellicule pour les séquences dans l’espace afin de donner un rendu différent de celui des séquences terriennes, un peu moins flamboyant. Si ces scènes sont moins rutilantes au niveau des couleurs, elles nous offrent un véritable festival d’effets spéciaux - très novateurs pour l’époque - et surtout de maquettes et d’impressionnants matte-painting, de véritables œuvres d'art absolument superbes ; nous ne sommes pas prêts d’oublier les paysages créés pour la planète Metaluna et son ambiance cataclysmique. Le mutant qui n’existait pas dans la première mouture du scénario et qui, imposé par la production, aura grevé une bonne partie du budget (pas moins de 25 000 dollars de l’époque), aura cependant été une véritable aubaine pour le marketing qui réussit parfaitement sa campagne publicitaire au point de faire du film l'un des très gros hits de l'année.



Malgré ses innombrables défauts et une patine désormais assez kitsch (ce qui pour ma part n'est pas nécessairement une mauvaise chose, surtout dans le domaine de la SF), Les Survivants de l’infini peut se regarder encore avec plaisir pour son charme désuet et "exotique". Quoi qu’on en pense aujourd'hui, il aura été une date importante pour la science-fiction au cinéma et eut une influence considérable sur toute une génération de réalisateurs dont Steven Spielberg, Joe Dante, George Lucas ou John Carpenter. Une vision futuriste qui prêtera parfois à sourire par sa naïveté mais parfois aussi à rêver grâce à l’extraordinaire travail effectué par la direction artistique au niveau des recherches visuelles toujours aussi impressionnantes.
Un grand classique du genre !

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 1 septembre 2016