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Critique de film
Le film

Les Rebelles

(Border River)

L'histoire


1864. La zone libre est une enclave neutre sur les rives du Rio Grande côté mexicain contrôlée par le Général Calleja (Pedro Armendariz), despote opposé au régime de Juarez ; c’est néanmoins une terre d’accueil où viennent se réfugier toutes sortes de hors-la-loi et d’aventuriers. Quant débute le film, Clete Mattson (Joel McCrea), un officier confédéré, traverse le Rio Grande pris pour cible par les Tuniques Bleues. Il a dérobé un convoi d’or à l’Union et souhaite l’échanger contre des armes pour en faire bénéficier l’armée sudiste en pleine débâcle. L’or de Mattson devient alors fort convoité et fait beaucoup d’envieux qui cherchent tous à savoir où il a été caché. Menacé de toute part, Mattson trouve néanmoins de l’aide auprès de la patronne de la taverne locale, Carmelita (Yvonne De Carlo)

Analyse et critique

En 1954, George Sherman tourne Border River qui s’éloigne des schémas pro-Indiens et antiracistes des œuvres précédentes. Finies les bonnes intentions parfois un peu lénifiantes ; le cynisme est ici de mise pour ce western se déroulant à la fin de la Guerre de Sécession sur le territoire mexicain, plus exactement dans la "zona libra", une enclave neutre sur les rives du Rio Grande contrôlée par un despote opposé au régime de Juarez. Malgré son administration dictatoriale, c’est une terre d’accueil où se déverse toute la lie de la région, où viennent se réfugier toutes sortes de hors-la-loi et d’aventuriers. Le film débute par un magnifique long plan d’ensemble voyant Clete Mattson, un officier confédéré, traverser le Rio Grande pris pour cible par les Tuniques Bleues. Sur l’autre rive, celle vers laquelle il se dirige, on prend en rigolant les paris sur la réussite ou non de sa traversée. On apprend ensuite que Mattson se faisait poursuivre pour avoir dérobé un convoi d’or à l’Union, et qu’il souhaite l’échanger contre des armes pour en faire bénéficier l’armée sudiste en pleine débâcle. L’or de Mattson devient alors fort convoité et fait beaucoup d’envieux qui cherchent à savoir où il a été caché. Menacé de toute part, Mattson trouve néanmoins de l’aide auprès de la patronne de la taverne locale, la très jolie Carmelita ; le film ne repose alors plus désormais que sur le "suspense" de savoir comment Joel McCrea va arriver à garder l’or caché sans se faire tuer ou voler. La première demi-heure du film nous fait regretter d’avoir écrit jusqu’à présent plus de mal que de bien à propos de la capacité de mettre en scène du réalisateur ; il nous arrive même de penser au Vera Cruz d’Aldrich d’ailleurs tourné la même année. Notre remise en question est cependant de courte durée ; alors que les scénaristes avaient instauré de très intéressantes relations entre les personnages de Joel McCrea et Yvonne de Carlo et que les enjeux posés allaient s’avérer captivants, il nous faut très vite déchanter car une fois le premier tiers passé, au fur et à mesure de son avancée, le scénario devient de moins en moins original, de plus en plus inconsistant jusqu’à ce languissant et insignifiant final. La première séquence restera donc comme l'une des plus belles qu’a pu mettre en scène le cinéaste, mais elle ne sera malheureusement pas parvenue à faire décoller ce western paresseux et sans rythme, les quelques contrecoups de l’intrigue n’arrivant que difficilement à nous faire sortir de notre torpeur.

C’est d’autant plus dommage que Joel McCrea et Yvonne de Carlo maîtrisent parfaitement leurs rôles et sont donc plutôt convaincants (contrairement à d’autres acteurs comme l’insupportable Alfonso Bedoya, tellement pénible qu’on se surprend à jubiler méchamment lorsque son personnage se fait enfin descendre avant d’avoir atteint la première heure - tellement mauvais qu’il est plus tolérable en VF !!), que les séquences de combats à mains nues sont pour une fois tout à fait crédibles, et qu’une fois encore les paysages au bord du Rio Grande valent le coup d’œil, assez bien mis en valeur par le cinéaste et la belle photo en Technicolor d’Irving Glassberg, le fabuleux chef opérateur de Bend of the River (Les Affameurs) d’Anthony Mann pour ne citer que son travail le plus mémorable. Cependant, contrairement à beaucoup de ses films, Border River se déroule plus souvent dans la ville et n’a guère l’occasion de nous faire prendre l’air. Une nouvelle occasion ratée pour George Sherman de nous délivrer ne serait-ce qu’un très honnête divertissement. Mais ne voulant pas rester sur une impression aussi négative, espérons que d’autres découvertes parmi la filmographie imposante de George Sherman nous feront oublier cette succession de westerns pas forcément désagréables (surtout Comanche Territory) mais manquant singulièrement de punch, de passion, de rigueur et de rythme. Les aficionados pourront quant à eux compléter leurs collections de westerns des années 50, la décennie bénie des cinéphiles concernant le genre, à la fois la plus prolifique et la plus riche.

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 6 avril 2009