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Critique de film
Le film

Les Massacreurs du Kansas

(The Stranger Wore a Gun)

Partenariat

L'histoire

Espion pour Quantrill durant la Guerre de Sécession, Jeff Travis (Randolph Scott) décide de l’abandonner après l’avoir vu tuer de sang froid un vieil unioniste de ses amis et mettre à sac la ville de Lawrence au Kansas tout en massacrant ses habitants. Mais le conflit terminé, on ne lui pardonne pas d’avoir combattu aux côtés de ce 'boucher' et, après avoir plusieurs fois échappé à la mort, il doit sur les conseils de son amie Josie (Claire Trevor) se réfugier en Arizona, où il pense pouvoir recommencer une nouvelle vie moins agitée. A Prescott, il rencontre Jules Mourret (George Macready), tenancier du saloon, qui sait tout de son passé ayant lui aussi été au service de Quantrill. Mourret, de prime abord honnête homme, tient en fait la ville sous sa coupe et fait dévaliser par son gang l’or transporté dans les diligences. Connaissant les antécédents du nouveau venu, Mourret voudrait l’avoir à son service. Mais Travis, tombé amoureux de la fille du propriétaire de la compagnie de transport et écœuré des méthodes expéditives de Mourret, va essayer de rétablir un semblant d’ordre dans la ville. Pour se faire, il devra jouer un triple jeu...

Analyse et critique

Mauvaise année westernienne pour André de Toth qui aura vu presque coup sur coup sortir ses deux plus mauvais films dans le genre. Les Massacreurs du Kansas est certes un petit cran au dessus de Last of The Comanches (Le Sabre et la flèche) mais s'avère néanmoins lui aussi très médiocre. Il s'agit pourtant d'une production Harry Joe Brown pour la Columbia tout comme l'était, du même réalisateur, Man in the Saddle (Le Cavalier de la mort) avec déjà Randolph Scott comme acteur principal et Kenneth Gamet à l'écriture. A travers cet exemple, il est une nouvelle fois facile de vérifier que deux films avec quasiment les mêmes éléments et les mêmes équipes peuvent aboutir à des résultats pratiquement opposés. Pour André de Toth, entre ces deux westerns, il y eut, toujours avec Randolph Scott le plaisant mais oubliable Les Conquérants de Carson City (Carson City) puis, toujours pour la Warner, en revanche cette fois-ci l'un des meilleurs westerns du studio : La Mission du Commandant Lex (Springfield Rifle). Donc, malgré les deux dernières grosses déceptions (dont le film qui nous concerne ici), la filmographie westernienne d'André De Toth demeure pour l'instant sur un versant très positif.

On retrouve donc ici Randolph Scott sous la direction d'un de ses réalisateurs de prédilection et dans un film qu’il a coproduit avec son ami Harry Joe Brown pour la Columbia, le dernier en date étant l'excellent Hangman's Knot (Le Relais de l'or maudit) de Roy Huggins dont The Stranger wore a Gun reprend certains de ses lieux de tournage (et probablement certains plans), les paysages secs et rocailleux de Lone Pine. Le Cavalier de la mort contenait déjà toutes les figures de style et les 'thématiques' que De Toth développera dans ses autres westerns dont Les Massacreurs du Kansas. En provenance directe du film noir, un certain fatalisme règne sur les ceux œuvres. Que ce soient Owen Merritt (Le Cavalier de la mort) ou Jeff Travis ici, les deux hommes cherchent tous deux à fuir un passé qui ne cesse de les poursuivre. Jeff Travis ne peut pas faire un pas sans que le fait d’avoir travaillé pour Quantrill le fasse haïr partout où il passe. Au début de chacun des deux westerns, ses personnages sont résignés, ne savent pas quoi faire, dans quel camp se situer, Owen se laissant même aller à boire pour oublier ses peines de cœur. Que leurs amis se fassent tuer devant eux ne les fait pas bouger le petit doigt pour se révolter et réagir comme des 'héros' qu’ils seraient censés être, série B et Randolph Scott obligent ! Il faudra des pertes humaines plus proches ou répétées un peu trop souvent pour qu’ils commencent tous deux à retrousser leurs manches. Randolph Scott interprète dans les deux cas des rôles plutôt ambigus, nous faisant souvent nous demander (tout au moins durant les premières demi-heures) quelles sont leurs motivations. De Toth et son scénariste Kenneth Gamet aiment donc à brouiller les pistes mais tout cela devient plus limpide et manichéen une fois que leurs valeureux héros ont ouvert les yeux.

Malgré une certaine complexité, des intrigues riches en rebondissements et constamment dynamiques, rien de bien neuf ni de très original contrairement à ce qu’auraient pu nous faire croire leurs prologues. Toute la mise en place des Massacreurs du Kansas est parfaitement bien écrite et laissait présager bien plus que ce qu'il en ressortira au final. Le film débute par le massacre (historiquement réel) de 180 habitants de la ville de Lawrence et le meurtre de sang-froid d’un ami de Travis, ce dernier étant présent mais n’intervenant pas. Hormis quelques surprises plutôt bienvenues et des coups de théâtres incessants, les scénarios des deux premiers De Toth/Scott/Brown deviennent plus sages et traditionnels à mi parcours et au bout du compte, avec les mêmes ingrédients, le même scénariste, le même réalisateur et une bonne partie des mêmes acteurs, l’un des film est réussi, l’autre assez médiocre. Dans Le Cavalier de la mort, l’histoire de Ernest Haycox (Stagecoach) faisait que l’on s’attardait un peu sur les différents personnages ; malgré la faible durée du film, nous avions eu le temps de nous y attacher car tous soigneusement écrits et interprétés y compris les deux rôles féminins. C'est tout l'inverse qui se produit ici.

Si l’on voulait d’ailleurs s’amuser à faire la comparaison rôle par rôle entre les deux films, l’avantage reviendrait systématiquement au premier. Même si Claire Trevor est plus célèbre, elle fait pâle figure face à Joan Leslie. La différence est encore plus accentuée concernant les 'méchants' et, si vous vous rappelez d’un célèbre adage hitchcockien qui disait que plus le méchant était réussi plus le film l’était aussi, Alexander Knox et son complexe d’infériorité bat par KO l’insignifiant George MacReady. Alors oui, Les Massacreurs du Kansas nous offre l’une des premières occasions (avant Un Homme est passé de John Sturges et L’Empereur du Nord de Robert Aldrich) de voir ensemble deux des seconds rôles de teigneux les plus réjouissants du cinéma mais Lee Marvin n’a qu’un temps de présence très court et effectivement, Ernest Borgnine est l’une des rares raisons de pouvoir prendre du plaisir à ce western totalement bâclé et aux qualités d’écriture bien moindre que celle de Man in the Saddle, le film nous faisant souvent sombrer dans l’ennui malgré l’action incessante.

De l’action, il y en avait à la pelle aussi dans Le Cavalier de la mort mais les protagonistes nous étaient plus proches car intéressants et psychologiquement bien fouillés, les relations qui les unissaient ou désunissaient bien plus fortes et, plastiquement parlant, en plus d’une belle utilisation du Technicolor par Charles Lawton, on y décelait pas mal de très bonnes idées de mise en scène qu'on peut au contraire compter sur les doigts d'une main au sein de The Stranger wore a Gun. Si certains avaient pu remarquer la doublure de Randolph Scott lors du titanesque combat qui l’opposait à John Russell, rien de comparable avec la ridicule doublure d’Ernest Borgnine lors d’une non moins percutante bataille à poings nus dans Les Massacreurs du Kansas. Ce détail insignifiant en est un parmi tant d’autres qui nous prouve que ce dernier film semble avoir été tourné sans grande conviction ou alors dans le seul but de fournir un film de plus en 3D pour les salles de cinéma, ce western étant le premier à 'bénéficier' de cette nouveauté ; la même année le cinéaste tournait une œuvre d’une toute autre envergure avec cette technique, L’Homme au masque de cire (House of Wax). Dans le western, pas mal d’objet nous sont jetés à la figure et l’effet devait être saisissant lorsque par exemple, la torche d’un des incendiaires de Quantrill s’approche de la caméra en très gros plan. Étonnamment, d’autres séquences sont filmées à plat toujours avec pour but de nous donner une sensation de relief. Peine perdue, ces scènes qui sont des séquences de poursuites, donneraient presque l’impression d’avoir été réalisées par Ed Wood ! De vilains stock-shots quasiment en noir et blanc sont projetés en arrière-plan, l’avant-plan étant occupé par des rochers et buissons en cartons de couleurs vives posés sur rails qui sont actionnés pour donner une impression de mouvements. Le résultat est hideux (était-il le même en 3D ?)

Si le maître mot de The Stranger Wore a Gun est 'Action', les amateurs devraient être comblés car ça n'arrête pas une seconde, malheureusement au détriment d'une écriture solide du scénario (qui annonce pourtant Yojimbo et Pour une poignée de dollars, le personnage de Randolph Scott prétendant se joindre à deux bandes ennemies afin qu’elles finissent par s’autodétruire) et des personnages. D'ailleurs, concernant les protagonistes, ils ne possèdent ici aucune épaisseur et l'on prend De Toth et Gamet en flagrant délit de pitrerie assez déplorable ; en effet, on a un peu de peine à voir Alfonso Bedoya & Joseph Vitale cabotiner à mort sans jamais nous décocher un sourire. Résultat, ça bouge mais on n'a jamais eu le temps de s'attacher à quiconque et c'est tout juste si l'ennui ne pointerait pas le bout de son nez. Trop rapide et trop schématique, un western trépidant mais sans âme pour lequel on n’a même pas pris la peine de faire écrire une musique originale, la BOF étant composée de morceaux empruntés à droite à gauche. Reste une très bon premier quart d'heure, une impressionnante séquence d'incendie qui vient clore le film et un Randolph Scott seul à tirer son épingle du jeu.

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Par Erick Maurel - le 28 avril 2006