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Critique de film
Le film

Les Hors-la-loi

(One Foot in Hell)

Partenariat

L'histoire

Mitch Garrett (Alan Ladd), ex-soldat confédéré, arrive une nuit à Blue Springs, petite bourgade de l'Arizona, avec sa femme enceinte sur le point d’accoucher. Le comité d'accueil se révèle fort désagréable et tellement suspicieux que, pour une question de quelques dollars et de quelques minutes, la femme meurt en couches. Mitch feint ne pas en tenir rigueur aux citoyens qui lui ont fait perdre du temps et ainsi provoqué ce drame. Il accepte même de devenir le second du shérif, place qu’on lui offre en dédommagement. Rempli de haine, il n’en prépare pas moins de redoutables représailles : il envisage non seulement de cambrioler la banque mais également d’éliminer tout ceux qu’il considère comme les responsables de son malheur. Pour cela, il s’accoquine avec quelques "rebuts" de l’humanité qu’il n’aura donc ensuite aucuns scrupules à éliminer une fois sa vengeance accomplie : l’alcoolique Dan Keats (Dan Murray), la prostituée Julie Reynolds (Dolores Michaels), le tireur d’élite Stu Christian (Barry Coe) ainsi que le dandy peu scrupuleux Harry Ivers (Dan O’Herlihy). Mitch se transforme du jour au lendemain de citoyen modèle en tueur de la pire espèce...

Analyse et critique

"Un tueur de la pire espèce..." Non, vous ne rêvez pas, il s’agit bien au sein du film Les Hors-la-loi du personnage de Mitch Garrett interprété par Alan Ladd, comédien qui à l'intérieur du genre a pourtant la plupart du temps représenté l’honnêteté, l’affabilité et la droiture. Un rôle qui s'avère sacrément culotté, totalement à contre emploi-pour l’acteur à l’occasion de sa dernière prestation dans un western. Ce One Foot in Hell (titre original bien plus parlant et percutant que le titre français totalement passe-partout), s’il ne vient pas clôturer de la plus belle des manières le corpus westernien tout à fait remarquable d’Alan Ladd, vient cependant faire oublier les deux précédents et assez ternes L’Or du hollandais (The Badlanders) de Delmer Daves et surtout, tourné quelques semaines plus tôt, Tonnerre sur Timberland (Guns in Timberland) de Robert D. Webb. Ces deux films détonaient un peu en mal au sein de sa filmographie westernienne après tant de réussites signées Leslie Fenton (Smith le Taciturne / Whispering Smith), George Stevens (L’Homme des vallées perdues / Shane), Raoul Walsh (La Brigade héroïque / Saskatchewan), Michael Curtiz (Le Fier rebelle / The Proud Rebel) ou Gordon Douglas (La Vallée des loups / The Big Land). Dans One Foot in Hell, à seulement 46 ans, Alan Ladd semblait vraiment en bout de course, physiquement très marqué par ses importants problèmes d’alcoolisme. Cela ne l’empêchera pas de donner une prestation honorable, cependant éclipsée par certains de ses partenaires, en l’occurrence un Don Murray qui, après sa superbe interprétation dans Duel dans la boue (These Thousand Hills) de Richard Fleischer, nous fait à nouveau oublier à quel point il avait semblé fadasse à ses débuts, et surtout la superbe Dolores Michaels (déjà remarquée dans L’Homme aux colts d’or / Warlock d’Edward Dmytryk), aussi charmante que talentueuse mais qui ne fera malheureusement pas une grande carrière.

Don Murray et Dolores Michaels formeront d’ailleurs un très joli couple au cours de la deuxième partie du film, nous octroyant les plus belles séquences de ce western dont celle au bord de la rivière (soutenue par un thème d’amour sublime signé par le compositeur Dominic Frontiere) qui n’a rien à envier aux scènes romantiques semblables dans les films de Nicholas Ray ou d'Elia Kazan. Dan et Julie sont deux laissés-pour-compte, un alcoolique et une prostituée, qui pensent pouvoir repartir de zéro après le hold-up dans lequel ils se sont engagés. Ils tombent amoureux et décident non seulement d’abandonner le gang de hors-la-loi mais aussi, à la toute fin, de restituer intégralement le butin afin de partir sur des bases nouvelles, un nouveau départ altruiste et idéaliste qui ne se fera qu’après avoir éventuellement purgé une peine pour leurs méfaits. Ce sont eux les véritables héros positifs du film, qui apportent une bouffée d'air frais au milieu de cet univers délétère ; mais ce dont ils ne se doutent pas c’est que leur employeur a l’intention de se débarrasser d'eux une fois leur forfait accompli, Mitch s’étant persuadé qu’en tant que rebuts de la société ils n’avaient pas le droit à vivre. On comprend dès lors à quel point le film de James B. Clark est un des westerns les plus radicaux sur l’horreur de la vengeance, sorte de précurseur de High Plains Drifter (L’Homme des hautes plaines) de Clint Eastwood, avec un personnage de justicier encore moins excusable, sans aucun problème de conscience. Alan Ladd a vraiment pris de gros risques en acceptant d’interpréter le rôle d’un homme qui devient haïssable après la mort de sa femme, se vengeant non seulement des hommes qu’il tient pour responsables de son drame familial mais se débarrassant également du shérif afin de prendre sa place, ainsi que, une fois sa vendetta terminée, des coéquipiers qu’il a engagés expressément pour arriver à ses fins.

Nous n’avions jamais eu l’occasion de voir le comédien se lâcher de la sorte, et ce avec une belle conviction. Après que sa femme est morte, on le voit craquer en cris et en pleurs, s’écrouler de chagrin. Lui qui avait toujours été d’une sobriété exemplaire, souvent même taxé de terne, il nous étonne et d’ailleurs tout autant lorsque son personnage devient sinistre et sacrément inquiétant, posant avec aplomb et folie "ce pied en enfer", se transformant peu à peu d’époux attentionné en tueur impitoyable et sans âme, rongé qu’il est par la haine et un insatiable désir de vengeance. Ce qui a surtout dû être également difficile pour Alan Ladd, c’est le fait que son trouble personnage doit pendant une bonne partie du film s'employer à gérer l'alcoolisme de celui joué par Don Murray alors que la situation devait être probablement inverse sur le tournage. Ils bénéficient en tout cas tous les deux d’intéressants protagonistes grâce à l’astucieux, inhabituel et surprenant scénario de Sydney Boehm (Règlement de comptes / The Big Heat de Fritz Lang) qui prend le spectateur à rebrousse-poil, ce dernier se trouvant dans l’impossibilité de s’identifier à l’antihéros au fur et à mesure de ses obsessions grandissantes qui s’apparentent presque à de la folie furieuse. Lorsque l’on se rend compte qu’il se révèle dans le même temps machiavélique par le fait de vouloir, tout en mettant sa vengeance en action, profiter de la situation qu’on lui offre, et que l'on devine qu’il se pense supérieur à beaucoup, jugeant la plupart des laissés-pour-compte comme des moins-que-rien ne méritant même pas de vivre, on est encore plus surpris par l'audace des auteurs, la noirceur extrême de leur "héros". Il est alors bien dommage que la mise en scène de James B. Clark, réalisateur ayant surtout œuvré pour la télévision, ne soit pas du même niveau, même un peu pataude ; dans le cas contraire nous aurions pu nous trouver devant un très grand western.

En l’état, le professionnalisme de chacun des participants fait que le film tient néanmoins très bien la route ; il est cependant paradoxal qu’en tant qu’ancien excellent monteur (Qu’elle était verte ma vallée de John Ford, Péché mortel de John. M. Stahl, Le Jardin du diable de Henry Hathaway...), James B. Clark ne se soit pas plus préoccupé du montage de son film, ce dernier, pour le moins calamiteux, se révélant l’un de ses plus grands points faibles. Dans le même ordre d’idées, on pouvait déjà s’étonner que les films réalisés par Rudolph Maté aient été pour la plupart aussi fades au niveau de la photographie. Quoi qu'il en soit, voici un western assez inhabituel par la noirceur et le côté sinistre de son personnage principal, qui dans le même temps (mais ce fut souvent le cas au sein des westerns des années 50) pointe du doigt la bassesse, l’hypocrisie et le conformisme d’une petite ville de l’Ouest. Le film se suit sans ennui mais n’arrive jamais à se hisser au-dessus de l’honnête série B (ce qui n’est déjà pas négligeable) faute à une mise en scène totalement impersonnelle qui l’empêche d’atteindre le niveau que laissait augurer son scénario, quasiment typique d’un film noir. A signaler pour l’anecdote que l’histoire écrite par Aaron Spelling avait déjà l’année précédente été adaptée pour la télévision par John Frankenheimer avec Sterling Hayden dans le rôle de Mitch Garrett et Carolyn Jones, alors Mme Spelling.

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 24 janvier 2015