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Critique de film
Le film

Les Forbans du désert

(Ambush at Tomahawk Gap)

Partenariat

L'histoire

McCord (John Hodiak), Egan (David Brian), Doc (Ray Teal) et The Kid (John Derek), condamnés pour avoir attaqué une diligence contenant la paye de l’armée, ont fini de purger leur peine de cinq ans de prison à Yuma. A peine le temps de se désaltérer à Twin Forks, où les autorités fédérales les ont laissés, qu’ils doivent repartir, chassés par le shérif qui ne les veut pas dans sa ville d’autant qu’à peine arrivés McCord et Egan se sont violemment battus. En effet, McCord rêvait de ce combat depuis cinq ans, depuis qu’il s’était fait emprisonner pour couvrir le frère d’Egan alors qu’il n’avait rien à voir avec le hold-up. Entre-temps, Egan a été tué après avoir caché le magot dans la petite ville de Tomahawk Gap. Les quatre hors-la-loi s’y rendent pour essayer de retrouver le butin ; ils découvrent une ville fantôme et une région infestée d’Apaches belliqueux, des Indiens qui ont déjà croisé leur route et qui, après avoir tous été tués, leur ont laissé sur les bras une captive de la tribu des Navajos (Maria Elena Marques). Beaucoup ne sortiront pas indemnes de cette chasse au trésor en territoire hostile...

Analyse et critique

Film à très petit budget tourné en à peine une quinzaine de jours, Les Forbans du désert n’est certes pas un western mémorable mais il se sera néanmoins révélé très plaisant et très efficace, en tout cas bien plus acariâtre et violent que la plupart des westerns de série de cette époque. Le réalisateur en est Fred F. Sears qui, après avoir été enseignant, est arrivé à Hollywood où il a mené l’ensemble de sa carrière à la Columbia, d’abord comme dialoguiste puis comme acteur notamment dans les westerns de Charles Starrett ; c'est ce dernier qui lui permettra de faire ses premiers pas derrière la caméra dès 1949. Pour nous, Européens, pas grand-chose n’est resté de sa filmographie essentiellement composée de ses trois genres de prédilection, à savoir la comédie musicale (Rock Around the Clock, film qui met non seulement en scène Bill Haley mais également The Platters qui chantent Only You parait-il pour la première fois à cette occasion), le fantastique et la science-fiction (The Werewolf, Les Soucoupes volantes attaquent), ainsi que le western au sein duquel il s'illustra à une quinzaine de reprises. Je ne vais pas vous mentir en vous disant connaitre d’autres de ses films mais une chose est certaine, à la vision des Forbans du désert, la réputation minable du cinéaste me semble un peu trop sévère et ce visionnage m’a en tout cas donné envie de découvrir d'autres de ses westerns. A bon entendeur...

Le film narre les aventures d’une bande de quatre hors-la-loi qui ont purgé leur peine et partent à la recherche du magot qu’ils avaient dévalisé avant leurs cinq années d’incarcération. Au sein du groupe, on trouve McCord, un homme injustement accusé à l’époque suite aux faux témoignages proférés par les trois autres pour couvrir le frère de l’un d’entre eux qui avait alors pu s’échapper tranquillement. Les relations avec ses compagnons d'infortune s’avèrent ainsi logiquement très tendues, McCord estimant avoir droit à une part du butin pour le temps passé en prison alors qu'il n'avait absolument rien à se reprocher. McCord, c’est John Hodiak, comédien vilipendé par une majorité de critiques pour sa fadeur et qui s’avère pourtant ici tout à fait convaincant dans ce rôle d'homme, certes innocent des actes répréhensibles pour lequel on l'a incriminé, mais néanmoins brutal et intraitable. Il a d’ailleurs toujours été selon moi très à l’aise, que ce soit dans le rôle inhabituel du patron de saloon romantique qui partait rêver devant une vallée paradisiaque dans le superbe Harvey Girls de George Sidney, tout aussi bon dans Embuscade (Ambush) de Sam Wood qu’en Ecossais ayant voulu vivre parmi les Indiens dans le sublime Au-delà du Missouri (Across the Wide Missouri) de William Wellman, un film dont il partagea d’ailleurs l'affiche avec la seule actrice du film de Sears, la Mexicaine Maria Elena Marques, inoubliable dans le western élégiaque de Wellman en épouse de Clark Gable. Autre point commun entre les deux films, un personnage d’Indienne qui ne prononce quasiment aucun mot d’anglais, ce qui est assez original. Rappelons que John Hodiak décèdera prématurément d’une crise cardiaque à l’âge de 41 ans, soit deux ans après ce western.

Le chef de groupe, c’est le plus antipathique de tous, Egan, interprété par l'imposant grand blond David Brian. Dès sa première apparition, on le voit cracher sur la carriole qui vient de le déposer en ville, son visage haineux le rendant d’emblée assez inquiétant. Il n’évoluera guère tout du long, à la fois psychopathe et obsédé sexuel sans la moindre once d’amabilité. Déjà parfait en en chef de gang dans le jubilatoire Springfield Rifle (La Mission du Commandant Lex) d'André de Toth, capable même de voler la vedette à Randolph Scott comme par exemple dans Fort Worth (La Furie du Texas) d'Edwin L. Marin grâce à son personnage de méchant flamboyant, David Brian se montre ici à nouveau convaincant même si son personnage est écrit à la serpe. Plus intéressantes sont les relations qui se tissent entre les deux derniers membres du gang, le vieux Doc et le jeune The Kid, le plus âgé ne cessant tout au long du film de conseiller à son cadet de ne pas poursuivre dans cette mauvaise voie, de se calmer et de ne provoquer personne afin de rester en vie. Amour filial ou amour homosexuel comme le laisse sous-entendre François Guérif dans sa présentation du film sur le DVD Sidonis ? On peut effectivement se poser des questions. Quoi qu’il en soit, cette grande attention protectrice du vieil homme pour le plus jeune de la bande s’avère parfois assez touchant grâce surtout au toujours excellent Ray Teal (on l’a vu tourner avec presque tous les grands du western hollywoodien : Boetticher, De Toth, Curtiz, Dwan, Mann...), le jeu de John Derek se révélant en revanche toujours aussi limité avec ses pénibles et perpétuels roulements d’yeux. Pour résumer, on a des personnages certes taillés à la serpe mais néanmoins consistants par leur solide caractérisation, d’autant que la plupart des comédiens s’y coulent à merveille.

Si le scénario manque de finesse et parfois même de rigueur - quelques idées feront lever les yeux aux maniaques de la crédibilité -, on ne peut pas dire qu’il n’en donne pas pour leur argent aux amateurs de suspense et d’action. Rudes bagarres à poings nus, brutales attaques d’Indiens tout d’abord au sein du désert et ensuite - et longuement - dans la ghost town mise sans dessus dessous auparavant par les outlaws eux-mêmes afin de retrouver le butin... le film n’est pas en manque de mouvement. La violence s’avère même très inhabituelle pour un western de série de cette époque : les fistfights sont teigneux, le sadisme s’invite à plusieurs reprises, les coups de fusils dans le ventre à bout portant ou les enfoncements de lances et flèches font très mal. Fred F. Sears sait utiliser avec force efficacité les brusques entrées dans le champ de ces armes de mort ou de ces figurants belliqueux, d’ailleurs assez convaincants tout aussi bien par leur apparence que par leur habileté à tomber ou à se battre. Signalons également une chose que je n’avais encore jamais remarquée dans le genre, le bruit effroyablement puissant des flèches venant se ficher sur les façades en bois qui renforce encore la violence des combats. Malgré les moyens minimes accordés au film, on peut dire que les équipes techniques se sont bien débrouillées, aidées en cela par un très beau Technicolor - avec cette touche "virile maronnasse" typique des westerns Columbia et faisant ressortir les quelques accessoires plus colorés -, un choix de thèmes musicaux assez bien appropriés même s’ils proviennent pour la plupart de scores issus de précédents westerns du studio - dont celui qui revient à de nombreuses reprises et que l’on entend dès le générique de début - et un réalisateur qui rythme assez bien son film. Parmi les quelques images marquantes, on se souviendra surtout de l’arrivée dans la ville fantôme alors qu’une tempête de vent et de sable fait rage et donne du mal à se mouvoir aux protagonistes. Mauvaise idée en revanche que ce flash-back qui ne sert pas à grand-chose et qui est totalement redondant avec le monologue.

Sorte de mélange entre La Ville abandonnée (Yellow Sky) de William Wellman et Le Trésor de la Sierra Madre de John Huston, sans évidemment pouvoir se comparer avec ces deux chefs-d’œuvre, Ambush at Tomahawk Gap n’en demeure pas moins un western sanglant et tendu qui mérite que l’on y jette plus qu'un œil par le fait de ne pas nous imposer de héros au sens littéral du terme, pour ses comédiens, son décor funeste, sa férocité singulière, la brutalité de ses séquences d’action ou encore le twist "ironico-nihiliste" très hustonien de son dernier plan. Une plutôt bonne surprise qui confirme que la série B westernienne n’a pas fini de nous dévoiler ses probablement nombreux bons éléments encore inconnus au bataillon !

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 8 avril 2017