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Critique de film
Le film

Les Enfants du chemin de fer

(The Railway Children)

L'histoire

Roberta (Bobbie), Peter et Phyllis (Phil) vivent à Londres dans une grande et belle villa avec domestiques, jusqu'à ce que, suite à la visite que font deux hommes à leur père, celui-ci disparaisse et que Mère et les trois enfants déménagent pour une petite maison à la campagne. Après une première soirée d'angoisse et de désespoir, les trois enfants découvrent que la maison surplombe une ligne de chemin de fer.

Analyse et critique

The Railway Children est l'adaptation d'un grand classique de la littérature enfantine anglaise (paru en 1906) d’Edith Nesbit, pionnière du genre dont l'influence s'étend de C.S. Lewis à J.K. Rowling en passant par Diane Wynn. Le livre a connu pas moins de six adaptations dont une radiophonique et trois télévisuelles produites par la BBC en 1951, 1968 et plus récemment en 2000. Le film de Lionel Jeffries, seule version cinématographique, demeure l’adaptation la plus célèbre. La nature rapprochée des premières adaptations s’expliquent par la résonance du livre avec l’esprit d’entraide de l’Angleterre d’après-guerre, conjugué à un regard délicat sur le monde de l’enfance. Le film de Lionel Jeffries par sa sensibilité et son équilibre pose donc un regard doublement nostalgique : celui d’une Angleterre victorienne triomphante avec le symbole de réussite industrielle qu’est le train à la parution du livre, et celui plus proche qui en fait un élément de solidarité alors que les privations dues à la Seconde Guerre mondiale restent dans les esprits. Tout cela passe par le regard des enfants, que ce soit la fascination pour la figure du train ou l'attention à l’autre qui aide à surmonter ses propres tourments. Roberta (Jenny Agutter), son frère et sa sœur cadets Peter (Gary Warren) et Phyllis (Sally Thomsett) voient leur existence confortable et protégée voler en éclats lorsque deux hommes emmènent leur père pour d'obscures raisons le jour de Noël. Bien que leur mère essaie tant bien que mal de leur dissimuler la vérité, les enfants voient le quotidien se détériorer avec le départ de plusieurs domestiques et l'angoisse autour du sort de leur père. La famille réduite est bientôt contrainte de déménager dans une demeure modeste à la campagne. L'abattement initial cède bientôt la place à la folle aventure lorsque les enfants découvrent qu'une ligne de chemin de fer passe à côté de leur maison.

Par un équilibre miraculeux, le film parvient à faire preuve d'une sensibilité extrême sans jamais tomber dans la niaiserie ou les bons sentiments. Lionel Jeffries, à l'origine comédien, réalise là son premier film et dirige magnifiquement son jeune casting. Le rôle de l'aînée Bobbie n'a plus de secrets pour Jenny Agutter qui l'a déjà interprété dans la version TV de 1968, et elle est ici merveilleuse de maturité et de douceur naturelle. Sally Thomsett joue, quant à elle, la craintive et espiègle Phyllis et sa performance est d'autant plus impressionnante qu'elle avait 20 ans alors qu'elle jouait une fillette de 11 ans - son contrat lui interdisait durant le tournage d'apparaître cigarette à la main ou en compagnie de son petit ami pour ne pas éventer l'astuce. Gary Warren complète le trio en fougueux et intrépide Peter, benjamin de la bande. L'évasion inspirée par les passages quotidiens du train amène les enfants à oublier momentanément leur problème et de manière inattendue à se faire de nouveaux amis. Cela sera le cas avec un passager bienveillant surnommé le "Old-Gentleman" (William Mervyn), qui va s'habituer à leurs facéties lors de ses voyages et faire office d'ange gardien, le loufoque chef de gare Perks (Bernard Cribbins) ou le très sollicité Docteur Forrest (Peter Bromilow). Après avoir suscité la bienveillance et la gentillesse de chacun, le trio use du cadre de la gare et des chemins de fer pour aider les autres à leur tour. Le statut de bienfaiteurs en culottes courtes est amené avec une belle tendresse à travers divers exploits. Ils prendront une dimension spectaculaire comme éviter à un train la traversée d'un éboulement ou plus modeste comme aider un réfugié russe à trouver sa famille - cet épisode permettait à Edith Nesbit d’exprimer plus frontalement les idées communistes qui imprègnent le récit. L'interprétation des adultes est au diapason, notamment Bernard Cribbins en Perks qui offre l'un des plus beaux moments du film lorsque, croyant à de la charité, il rejette le cadeau d'anniversaire des enfants avant de se raviser. Dinah Sheridan, en mère courage et compréhensive, est tout aussi attachante.

Lionel Jeffries confère au film l'esthétique idéale avec un début bourré d'idées visuelles ludiques pour savourer ce bonheur éphémère où toute la famille est réunie, avant de donner dans un ton plus posé et contemplatif quand on arrive à la campagne. Là, on a véritablement le sentiment de voir se tourner les pages des livres d'images de notre enfance avec ces couleurs chatoyantes, cette nature chaleureuse où tout relève d'une constante découverte. Jeffries n'abandonne jamais le point de vue enfantin - si l’on devine où est le père, on n'en connaîtra la raison que quand Bobbie la découvrira également -, donnant ainsi un sentiment d'émerveillement permanent face aux éléments les plus anodins, que ce soit les multiples passages du train, l'utilisation du décor de la gare ou l'apparition de personnages comme le Old-Gentleman. Ce parti pris culmine avec la féérique réapparition finale de l'être tant attendu. Le film semble grandement influencé par Whistle Down the Wind (1961) de Bryan Forbes, autre grand film anglais sur l'enfance dont les partis pris imprègnent les choix de Lionel Jeffries sous un jour moins sombre. Forbes contribua d’ailleurs à boucler le financement du film, et Lionel Jeffries lui rend discrètement hommage lors du générique de fin où l'on entend une voix crier « Thank you, Mr Forbes ! » Une petite merveille qui s'achève par une sublime conclusion où le casting franchit le quatrième mur pour nous dire au revoir. Immense succès public et critique à sa sortie, The Railway Children a depuis bercé les souvenirs de plusieurs générations de jeunes spectateurs et fait aujourd'hui figure de grand classique du cinéma anglais, classé dans les 100 plus grands films anglais par la BFI notamment. Témoin de cette longévité, Jenny Agutter aura effectué une troisième incursion dans l'univers d’Edith Nesbit en jouant cette fois la mère lors de l'adaptation télévisée de 2000.

DANS LES SALLES

DISTRIBUTEUR : tamasa distribution

DATE DE SORTIE : 2 novembre 2016

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En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Justin Kwedi - le 1 novembre 2016