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Critique de film
Le film

Les Écumeurs des Monts Apaches

(Stage to Tucson)

Partenariat

L'histoire

Alors que les prémisses de la guerre de Sécession se font ressentir, les diligences Butterfield qui font la liaison entre St. Louis et San Francisco disparaissent mystérieusement aux alentours de Tucson. Comme le directeur de la compagnie l'explique au futur président Lincoln, la sécurisation de sa ligne de diligence est primordiale pour l'Union afin d'assurer le transport de troupes, d’armes et d’argent si jamais le conflit venait à éclater. Il faut donc rapidement éclaircir cette énigme. Pour ce faire, il envoie à Tucson l’un de ses meilleurs conducteurs, Grif Holbrook (Rod Cameron), qui s'apprêtait à démissionner ; en échange de ses services, Grif demande à son patron à ce que Kate, sa fiancée, se fasse embaucher comme comptable dans les bureaux de la ville où elle serait plus en sécurité que dans le relais pas loin duquel se déroulent les "vols" de diligence et ou arrivent les malheureux passagers dévalisés. La voiture qui conduit Grif et Kate à Tucson se fait attaquer à son tour par un étrange chariot blindé, conduit par l’un des ex-collègues de Grif qui lui explique que ces "larcins" sont menés au nom de la cause confédérée. Ayant réussi à s’échapper, Grif arrive enfin à destination ; il va désormais devoir continuer à mener l’enquête pour savoir qui est à la tête de ce gang. Barney (Wayne Morris), le coéquipier qu'on lui a imposé, va se révéler être son rival en amour pour les yeux de la charmante Kate.

Analyse et critique

Un réalisateur et trois scénaristes plutôt prolifiques - y compris à la télévision durant les années 50 - mais dont l’analyse des filmographies respectives ne révèle absolument rien qui ne soit passé à la postérité ; un casting de comédiens certes sympathiques mais tous étant loin de posséder le charisme ou le talent des stars du genre ; le tout dans un western totalement méconnu en France et même aux États-Unis si l’on se réfère au nombre de user reviews sur IMDB. Il n’y avait donc a priori pas grand-chose à attendre de Stage To Tucson malgré un titre français assez alléchant et pour une fois pas totalement idiot au regard de l’intrigue du film. Et effectivement, il faut se rendre à l’évidence, le résultat est pour le moins assez banal ! Heureusement, le producteur Harry Joe Brown - qui collaborera peu de temps après avec Budd Boetticher et Randolph Scott pour l’immense bonheur de tous les aficionados du western - va recruter des cascadeurs chevronnés sous la direction d’un réalisateur de seconde équipe qui ne sera pas moins que l’un des plus doués de l’époque, à savoir Yakima Canutt, l’homme qui doubla souvent John Wayne et Clark Gable, et dont le plus grand titre de gloire aura été d’avoir réglé en 1959 la fameuse course de chars du Ben-Hur de William Wyler.

Les amateurs d’action seront donc privilégiés : les nombreuses séquences à la fois fougueuses et bon enfant de bagarres à poings nus entre Rod Cameron et Wayne Morris ne manquent pas de punch, et les courses poursuites en diligences et en chariots sur des pistes sablonneuses et sinueuses se révèlent d’une belle efficacité, en quelque sorte annonciatrices des poursuites en voitures effrénées des années 70 avec déjà des "dérapages contrôlés", des soulèvements de nuages de poussière, des "crissements" de roues, des "tonneaux", des froissements de "carrosserie" en bois et des "carambolages" divers. Canutt ne lésine pas sur les moyens et la longueur des séquences qui devraient ravir les spectateurs en mal de sensations fortes, d’autant qu’elles se déroulent au sein des paysages rocailleux de Lone Pine dans les Alabama Hills chers à Harry Joe Brown et à la Columbia, qui plus est superbement photographiés par l’excellent chef-opérateur Charles Lawton Jr. Pour le reste, malgré des postulats historiques ou dramatiques qui auraient pu être captivants, ainsi que de très nombreuses notations et idées intéressantes mais pas assez développées, le scénario s’avère malheureusement plat et bien pauvre ; aucune des pistes lancées n’est enrichie, certaines sont même trop rapidement évacuées au profit d’une intrigue convenue et prévisible, qui plus est non dénuée de quelques fautes de goût (notamment le personnage interprété par Harry Bellaver). Dommage car le film démarrait d’emblée par une scène intéressante qui met en scène - de dos - un avocat prénommé Abraham Lincoln (avant donc qu’il n’accède à la présidence) écoutant attentivement le discours du directeur d’une société de diligences qui argumente son importance capitale pour l’approvisionnement de l’Union dans le conflit qui se profile doucement mais surement. S’ensuit une description assez crédible du trouble qui devait régner à cette période tourmentée dans certaines villes "frontalières", les habitants ne sachant pas vraiment dans quel camp se ranger, des milices commençant à se monter pour s'entrainer et se préparer au combat.

Attention aux spoilers dans ce paragraphe ! Le responsable des vols de diligences se révèle être un riche transporteur de fret qui a mis sur pied cette "affaire" en embrigadant nombre de ses concitoyens en leur ayant fait miroiter qu’il s’agissait d’actes de bravoure destinés par avance à contrer le Nord. Si beaucoup de ses suiveurs commettent donc ces vols avec bonne conscience, le chef ne pense évidemment qu’à s’en mettre plein les poches, un profiteur de guerre lucide et machiavélique d’autant que le conflit civil n’a même pas encore débuté. La principale idée - savoureuse pour le spectateur - qu’il a mis en place est le blindage en acier d’un chariot permettant d’attaquer sans risques les diligences, sorte de carriole fantôme de couleur noire qui donne au film lors de ses premières apparitions un aspect fantastique non déplaisant d’autant qu’elle semble se diriger toute seule, le conducteur étant lui aussi camouflé. En dehors de ce détail délectable, il n'y a pas grand-chose d'autre de bien original à se mettre sous la dent au niveau du scénario. Mais Rod Cameron - qui tient toujours un peu le même style de rôle que Randolph Scott, mais dans des productions un peu moins conséquentes niveau budget - n’est pas un acteur antipathique (toujours même très satisfaisant sous la direction de Lesley Selander), son compère Wayne Morris est plutôt rigolo et les seconds rôles sont campés pour certains par des comédiens dont - si ce n’est le nom - le visage vous dira au moins quelque chose. Côté féminin, si la jeune Kay Buckley s’avère bien trop terne, Sally Eilers n’est pas mal du tout dans un rôle à la Anne Baxter ou Shelley Winters, celui de la tenancière d’un saloon / hôtel, ancienne maitresse du personnage interprété par Rod Cameron.

Si l’on sait à quoi s’attendre - à savoir pas grand-chose -, il n’est cependant pas interdit de passer un bon moment devant ce western totalement routinier et à l’intrigue plutôt lâche mais néanmoins non dénuée d’humour, distrayant et relativement bien mené, et dont les extérieurs ainsi que les nombreuses scènes mouvementées apporteront du dépaysement aux aficionados du genre... et uniquement à eux. Divertissant à défaut de mieux !

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 18 février 2017