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Critique de film
Le film

Les Dieux de la peste

(Götter der Pest)

L'histoire

Libéré de prison, Franz retrouve sa très possessive petite amie. Il projette bientôt l'attaque d'un supermarché.

Analyse et critique

Fassbinder déclara un jour qu'au lieu de poser des bombes comme la bande à Baader, il préférait faire des films. Au moment où nous écrivons ces lignes, il parait que l'esthétique terroriste de la RAF est à la mode chez les jeunes branchés berlinois. Baader-Meinhoff, ce serait sexy et dangereux. Au même moment, l'écrivain Gunther Grass voit ébranlé son rôle de conscience morale de la nation allemande : largement critique – comme Fassbinder - de l'amnésie du nazisme par l'Allemagne, ce n'est que récemment que le Prix Nobel avoua s'être engagé dans les Waffen SS dans sa jeunesse. Faire ou ne pas faire le solde de tout compte du passé – cette autre bombe à retardement - est encore à l'ordre du jour. Ce qui rend encore plus actuel les films de Fassbinder, tout aussi sexy et dangereux. Les Dieux de la Peste fait partie de la tétralogie des faux films noirs de Fassbinder. Héros et héroïnes acculés, masochistes, victimes et bourreaux, répondent – comme tous les héros fassbindériens - aux critères du sous-titre d'Effi Briest : "ou un grand nombre de gens qui ont une idée de leurs propres possibilités ou besoins et qui pourtant admettent par leurs actes le système dominant dans leur tête et ainsi le renforcent et l’entérinent de bout en bout".

Les Dieux de la Peste : le titre est sublime, le film un peu moins. Faux film noir et suite de L'Amour est plus froid que la Mort (Franz Walsh est de retour), c'est encore un dessèchement d'un genre. On répétera les mêmes termes que pour ses autres essais sur le genre : épuisement des plans fixes, bricolage godardien, polar de cuisine, amitié masculine contrariée. Il faut aimer l'exercice de style. Fassbinder garde du Film Noir le romantisme, le glamour et ses racines populaires pour les congeler. La beauté est à froid (Hanna Schygulla bien sûr), l'observation de la société se fait par le petit trou des toilettes, les revues porno et les quartiers d'immigrés.

Assumant davantage sa référence au Film Noir, Les Dieux de la Peste est moins distancié que L'Amour est plus froid que la mort, qui était une sorte de jeu de rôles. Plus américanophile aussi (on parle anglais, on fait référence à Aldrich). A l'échelle de Fassbinder, cette histoire de casse de supermarché par une petite frappe, ce n'est pas Le Cercle Rouge : c'est juste un rond de café laissé par une tasse sur la nappe. Dans cette claustrophobie, quelques travellings, un plan filmé à la grue lors d'une sortie à la campagne et surtout le plaisir de retrouver la famille d'acteurs de Fassbinder, même pour des apparitions subliminales. Les gangsters de Fassbinder sont prisonniers de stéréotypes (ils font des trucs de gangster car ce sont des gangsters) : ils sont presque tenus à des devoirs. Le devoir, c'est le sujet de Martha et Effi Briest.

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La fiche IMDb du film
Par Leo Soesanto - le 27 octobre 2006