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Critique de film
Le film

Les Dernières heures d'un bandit

(Showdown at Abilene)

L'histoire

Rentrant à Abilene au Kansas une fois la Guerre de Sécession terminée, l’ex-soldat confédéré Jim Trask (Jock Mahoney) tombe en chemin sur son ami d’enfance Chip Tomlin (Grant Williams) se rendant au même endroit retrouver femme et enfant. Les deux hommes ont combattu dans les camps adverses mais ils décident d’oublier désormais la couleur de leurs uniformes. Jim était autrefois le shérif d’Abilene mais, par horreur des armes depuis le conflit sanglant auquel il a pris part, il ne souhaite pour rien au monde reprendre du service. Mais beaucoup de choses ont changé depuis ses quatre années d’absence. La rumeur l’ayant laissé pour mort, tous les habitants sont étonnés de son retour, surtout son meilleur ami, Dave Moseby (Lyle Bettger), qui ressent autant de bonheur que de gêne ; en effet, il est sur le point d’épouser Peggy (Martha Hyer), l’ex-fiancée du revenant. De plus, de fermier Dave s’est transformé en riche éleveur de bétail, ce qui n’est pas du goût de la plupart des citoyens voyant leurs terres ravagées par les bêtes à cornes. Le conflit entre ranchers et fermiers se faisant de plus en plus violent, Jim, à la demande pressante de Dave (qui pense le faire pencher pour son camp), reprend son étoile de shérif ; celui qui l’avait remplacé, le brutal Dan Claudius (Ted De Cordia), réintègre en bougonnant son emploi précédent en tant qu’homme de main de Dave. Chargé d’effrayer les fermiers jusqu’à ce qu’ils acceptent de vendre leurs terres à Dave, Claudius y va un peu fort, fouettant Chip à mort. Il va de soi que le nouveau shérif n’a plus qu’une idée en tête : arrêter les méfaits de son ancien ami même si, pour ce faire, il doit reprendre les armes qu’il avait pourtant juré de ne plus toucher à cause d’un traumatisme secret qui continue à le faire culpabiliser et à lui donner des cauchemars...

Analyse et critique

Star in the Dust (La Corde est prête), avec John Agar en interprète principal, était la première œuvre du cinéaste Charles F. Haas dont la filmographie ne sera constituée que de huit films, tous plus ou moins aujourd’hui oubliés, les derniers étant surtout consacrés à la Beat Generation ; le cinéaste travaillera ensuite surtout pour la petite lucarne, signant quelques épisodes westerniens pour Bonanza, Maverick ou Rawhide. Le western qui nous concerne ici, son deuxième film, est sorti la même année que Star in the Dust, toujours produit par la Universal, et possède à peu de choses près les mêmes qualités et défauts. Un western à propos duquel il vaut mieux reporter son attention sur l'intrigue et les personnages plus que sur la forme qui peut de temps en temps prêter à sourire (il y a quelques plans originaux, mais un peu gratuits, comme celui du trio des personnages principaux autour d’un miroir dans le magasin de vêtements) lorsqu’elle n’est pas d’une immense banalité. Malgré donc quelques afféteries et des choix de mise en scène fort discutables (et également l’utilisation d’une musique exaspérante à force d’excès lors des scènes mouvementées), l’ensemble se révèle finalement assez terne, rendant la jolie intrigue du film bien peu passionnante. Rien de bien neuf a priori dans cette histoire qui nous propose notamment la sempiternelle rivalité entre éleveurs et fermiers dans une ambiance d’après-Guerre de Sécession, mais des personnages attachants à l’image du shérif traumatisé par un secret qui continue à le faire cauchemarder. Jim, c’est Jock Mahoney, ex-cascadeur, cette même année déjà à l’affiche d’un western assez original, 24 heures de terreur (A Day of Fury) réalisé par Harmon Jones, et dont les meilleurs westerns en tant que comédien sont encore à venir, notamment les deux étonnants et atypiques Joe Dakota et L’héritage de la colère que signera l'excellent Richard Bartlett.

Mais déjà, et ce sera quasiment une constante au sein de sa filmographie westernienne, l’acteur, toujours aussi juste et sobre jusque dans sa nonchalance, interprète un homme qui n’apprécie guère la violence ni les armes. Le personnage de Showdown at Abilene ne s’en servira d’ailleurs qu’une unique fois, le temps d’une seule seconde à la toute fin du film lors du fameux Showdown du titre, un duel assez original qui utilisera dans le même temps les dons de cascadeur de Mahoney. Auparavant, cet acteur (qui ne cesse de me contenter depuis sa récente découverte) nous avait déjà démontré ses étonnantes qualités athlétiques en se jetant littéralement par-dessus une barrière pour aller renverser un adversaire qui le tenait en joue. A l’exception de ces quelques séquences, et d’une autre au cours de laquelle Grant Williams (L’homme qui rétrécit du film du même titre) se fait lacérer le dos au fouet par Ted De Corsia, les amateurs d’action ne seront pas à la fête, ce western (au titre français une nouvelle fois fantaisiste et peu en conformité avec l’intrigue) en étant quasiment dépourvue. Ce n’est pas forcément un défaut à condition que le reste soit passionnant, ce qui n’est en l’occurrence pas toujours le cas, la faute en incombant donc principalement à la mise en scène sans vigueur ni poésie de Charles F. Haas. Dommage, car la description des personnages est tout à fait réussie, les auteurs nous peignant toute une communauté avec noblesse et sans manichéisme, ne jugeant jamais qui ce soit, le bad guy pouvant être attachant tout comme le héros ambigu.

Le triangle amoureux composé par Jock Mahoney, Lyle Bettger et la très jolie Martha Hyer est intelligemment dépeint ; il est assez novateur aussi puisque Jim ne cherchera jamais à séduire à nouveau sa fiancée tout en éprouvant toujours pour elle une forte attirance. L’alchimie entre le couple qui n’est plus est beaucoup plus puissante qu’entre le couple qui s’est construit, et le scénariste nous octroie une séquence pleine de tension amoureuse, Jim et Peggy se parlant de très près, constamment sur le point de tomber dans les bras l’un de l’autre sans que ça n’arrive. Grâce au talent des comédiens, une belle tension amoureuse passe à ces (trop) rares moments. La sympathie que nous arrivons à éprouver pour le personnage du "méchant" Lyle Bettger fait qu’il nous arrive d’être peiné pour lui lorsqu’on le voit se rendre compte de n’être plus aimé par sa fiancée. Pour tout dire, l’aspect romantique du film est son élément le plus réussi malgré unpersonnage féminin un peu sacrifié. Pour en arriver aux autres protagonistes, on trouve d’autres seconds rôles très bien croqués comme le père de Peggy qui veille encore sur sa fille avec tendresse, la poussant à ne pas épouser un homme qu’il sent ne pas être fait pour elle, ou bien l’adjoint du shérif interprété par le futur Dr Kimble de la série Le Fugitif, David Janssen, et encore le jeune fermier, ami d’enfance du shérif, qui dira cette phrase qui va dans le sens d’une volonté non-violente affichée par les auteurs et par quasiment tous les westerns avec Jock Mahoney : « C’est étonnant qu’un homme soit obligé de se battre pour pouvoir vivre en paix. »

Pour les anecdotes autour du film, à signaler que la très belle musique du générique est celle, réorchestrée, d’un autre film Universal plus connu (un film de SF ou un film noir) mais sur lequel je n’ai pas réussi à remettre un titre. Le producteur Howard Christie était tellement attaché à l’histoire de ce western qu’il mit en chantier un remake une dizaine d’années plus tard ; ce sera Gunfight at Abilene (Le Shérif aux poings nus) réalisé par William Hale avec (Bobby Darin dans le rôle du shérif perturbé. Le western de Charles F. Haas est bien trop bavard, mal rythmé et impersonnel pour arriver à fortement nous captiver. Néanmoins, il n'est pas du tout déshonorant et même fortement attachant par sa belle sensibilité et le traitement psychologique de ses personnages qui plus est solidement interprétés. Un petit western à sortir de l'oubli.

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 17 janvier 2014