Menu
Critique de film
Le film

Les Démons

L'histoire

Condamnée au bûcher, une sorcière lance un anathème visant ses persécuteurs : le juge Jeffries, William Renfield et Lady de Winter. Ses filles, prétend-elle, seront l’instrument de sa vengeance. Effrayé par cette menace, Jeffries fait chercher les filles, réfugiées dans le couvent de Blackmoor, où elles sont sur le point de prononcer leurs vœux...

Analyse et critique

Il y a trois films de Jess Franco consacrés à l’Inquisition : Le Trône de feu (1969), Les Démons (1972) et Lettres d’amour d’une nonne portugaise (1977). Si le premier est plutôt historique, avec quelques scènes pimentées, mais beaucoup de batailles, et si le dernier est une adaptation de Guilleragues, Les Démons est un travail d’exploitation typique. « Nonnesploitation », dans sa première moitié, avec ses couvents, ses scènes lesbiennes, ses corps nus sous l’habit et ses péchés à expier, puis film fantastique, dans sa seconde partie, qui surfe sur Les Diables (1971) de Ken Russell. Un autre élément relie ces trois films : la figure du juge Jeffries. Sorte de Grand inquisiteur, bourreau malade et ambitieux, cette figure de la répression religieuse est beaucoup plus connue du public anglais que du public européen. L’ensemble de ces éléments, censure aidant, fera des Démons un des plus gros succès de Jess Franco (c’est aussi un de ses plus gros budgets, costumes obligent). Même s’il faudra attendre quelques années avant d’avoir accès, en France, à la version director’s cut, c’est un beau succès pour un bis de cet acabit.

La distribution est à la fois ambitieuse et « francesque » : des acteurs fidèles au réalisateur, comme Anne Libert, Britt Nichols et Luis Barboo, mais aussi des prises de guerre comme Howard Vernon, bien connu du public français pour ses seconds rôles maîtrisés, Karin Field, qui alternait à l’époque petites productions érotiques et productions plus ambitieuses (Les Fantômes de Hurlevent d’Antonio Margheriti, en 1971, ou Return of Shangai Joe de Bitto Albertini, en 1975), Doris Thomas, que l’on retrouvera dans des Max Pécas... et Cihangir Gaffari. Penchons-nous sur ce dernier : d’origine iranienne, il a tourné dans pléthore de longs métrages turcs (les fameux nanars d’Istanbul). Il arrive donc sur le plateau de Jess Franco rôdé aux tournages et autonome. Cela se voit à l’image, car même s’il possède moins de charisme que Christopher Lee dans Le Trône de feu (même rôle du même Lord Justice Jeffreys), il incarne véritablement son personnage. On le retrouvera dans Les Nouveaux exploits de Shaft (Gordon Parks, 1972), ce qui est étonnant, puis dans Dick Turpin (Fernando Merino, 1974), Hundra (Matt Cimber, 1983)... et c’est à peu près tout. Un parcours de producteur éphémère, dans la foulée, et voilà. Étrange destin.

Pour une fois, donc, dans l’oeuvre fourre-tout de Jess Franco, il y a une direction d’acteurs. Les acteurs jouent plutôt juste, ce qui est loin d’être la norme dans ce type de projets. La photographie est homogène et s’autorise quelques fulgurances (notamment un chat noir filmé dans les rues portugaises, ou les badauds qui regardent l’immolation des sorcières). Les zooms sont moins utilisés, ce qui est plaisant car cela oblige à utiliser d’autres procédés (travellings, plans fixes étudiés, montage...). La musique, évidemment, est un atout : du rock progressif qui accompagne les scènes érotiques, avec des percussions obsédantes qui fixent véritablement notre attention. Tout cela contrebalance des points franchement dérangeants : les scènes de combat, ridicules, et qui relèvent plus de la farce que de la péripétie, le contexte historique, absolument superficiel, et qui consiste à aligner des noms de rois et de duchés, les rapports sentimentaux, trop nombreux pour être pris au sérieux.


Pour conclure, c’est un Jess Franco de bonne facture. Un de ses meilleurs. Chacun de ses films est intéressant en soi, mais celui-ci pourrait être, disons, un des plus abordables. Il pourrait être mis en rapport avec Le Puits et le pendule (Stuart Gordon, 1991), sorti vingt ans plus tard. On notera l’extraordinaire scène finale, où le juge Jeffreys meurt d’un baiser. C’est finalement bien plus romantique que ça en a l’air !

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Florian Bezaud - le 16 janvier 2020