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Critique de film
Le film

Les Conquérants

(Dodge City)

Partenariat

L'histoire

L'histoire est celle de l’évolution de Dodge City à partir du moment où la voie ferrée est arrivée jusqu’à elle. La ville connaît une forte expansion du fait d’être devenue une plaque tournante dans le commerce du bétail. En revanche, allant de pair avec ce boum démographique, la violence et le désordre s’y sont installés : les cow-boys, après leur éprouvant périple, se relâchent, ivres de boissons, de jeux et de femmes, et les nuits se terminent quasiment toujours par des fusillades mortelles d’autant que la ville se trouve plus ou moins sous la coupe d’un hors-la-loi sans scrupules, Jeff Surrett (Bruce Cabot). D’abord réticent, Wade Hatton (Errol Flynn), un baroudeur qui avait participé à la construction du chemin de fer en étant chargé de ravitailler les ouvriers en bisons, accepte de devenir shérif afin d’y rétablir l’ordre après qu’un enfant a été la victime de la brutalité ambiante.

Analyse et critique


1939, année faste entre toutes pour le cinéma hollywoodien et surtout pour le western qui trouve enfin ses lettres de noblesse et une certaine reconnaissance de la part des critiques de cinéma ! Après la 20th Century Fox (Jesse James) et la United Artists (La Chevauchée fantastique), c'est donc au tour de la Warner de sortir son western de prestige. Mais alors que les deux précédents films faisaient mûrir le genre, les ambitions du studio des frères Warner furent de délivrer une sorte de "super série B". Au vu de ce cahier des charges, on peut affirmer que c’est gagné et c’est en partie grâce au réalisateur, qui nous offre un superbe livre d’images. En effet, Michael Curtiz se révèle excessivement généreux ; l'énorme budget qui lui a été alloué, il le fait exploser sur l'écran devant nos yeux écarquillés et notre âme d'enfant qui en redemande. Pour reprendre une expression à la mode, le cinéaste a joué la transparence ; l'argent qu'il a dépensé, on le voit à étalé à chaque seconde que ce soit au niveau des décors fastueux, des costumes éclatants ou encore lors des séquences spectaculaires qui se suivent presque sans discontinuer.


C’est d’ailleurs pour cette raison que pour beaucoup de jeunes spectateurs, ce fut l'un des films à l’origine de leur passion pour le cinéma. Un western pétillant, turbulent et haut en couleurs (et quel éclat dans ce Technicolor !) qui assume sa naïveté et ses conventions du début à la fin. Rien de bien original ici, mais l'atmosphère d'une ville bouillonnante de l'après-guerre de Sécession assez bien restituée avec force détails et son charme pittoresque, une mise en scène énergique, un scénario sans surprises mais sacrément remuant, un Errol Flynn irrésistible et charismatique dans la peau d'un avatar de Wyatt Earp, un Bruce Cabot très à l'aise dans la peau du bad guy et un Alan Hale (le Petit Jean des Aventures de Robin des Bois) débonnaire et extrêmement sympathique en tant que faire-valoir humoristique du héros.


Cette fresque historique tapageuse aux innombrables péripéties (le catalogue des "clichés westerniens" en terme d’action est quasi exhaustif - du stampede à l’homérique bagarre de saloon en passant par le duel ou la course poursuite) est caractérisée avant tout par une remarquable vigueur de la mise en scène qui nous en met littéralement plein la vue, et ce dès la première séquence de la course entre la diligence et le "cheval de fer" auquel succède un majestueux déplacement de bisons suite au passage du train. Plastiquement, la photographie de Sol Polito est un régal, nombre de plans en extérieur se révélant somptueux. La séquence de la rixe homérique déclenchée dans le saloon après que les ex-Confédérés ont provoqué les Yankees présents est tout simplement phénoménale, dynamiquement montée, parfaitement rythmée. Rarement avions-nous vu une telle débauche de cascades et de carnage ; un moment excessivement jouissif ! On peut évidemment reprocher au film un scénario prévisible, des personnages sans épaisseur, des protagonistes féminins sacrifiés (plus encore qu’Olivia de Havilland, d’ailleurs charmante en cow-girl, Ann Sheridan), des transparences inesthétiques alors que les quelques toiles peintes sont superbes, un Max Steiner en petite forme et un scénario sans nuances. Mais, à condition de prendre tout cela au premier degré, voici un film qui se suit avec un plaisir non dissimulé, un espèce de Barnum monumental à l’imagerie naïve qui nous laisse au final une impression de divertissement innocent et charmant de première qualité. Après avoir atteint la maturité avec Stagecoach, le western était un peu retombé en enfance mais il aurait été dommage de s’en plaindre, les deux facettes du genre pouvant très bien cohabiter sur les écrans. Michael Curtiz fera néanmoins mieux dans le western l’année suivante avec l'excellente Caravane héroïque (Virginia City).


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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 18 mars 2010