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Critique de film
Le film

Les Collines de la terreur

(Chato's Land)

Partenariat

L'histoire

Chato, métis Apache, est provoqué par un shérif raciste dans un saloon. Il l'abat en légitime défense. Quincey Whitmore, un ancien officier confédéré, et un groupe d'habitants violents du cru sont déterminés à le traquer pour le pendre. Chato les emmène vite sur son territoire. Et là, tout s'enchaîne...

Analyse et critique

Chato's Land marque le début d'une longue collaboration de Michael Winner avec Charles Bronson. Winner expédie très vite l'argument du film (Chato / Bronson abat un shérif raciste en légitime défense) pour se concentrer sur la traque du métis indien par une bande de salauds bellicistes, attentistes et xénophobes. La réalisation est encore plus plate que celle de Lawman, Winner étant perdu dans son désert hostile, ne sachant pas trop quoi en faire alors qu'elle est décrite comme une terre vivante. Le mutisme de Bronson - qui doit déclamer à peine six phrases, sans compter quelques répliques en dialecte indien non traduites - sied au personnage de Chato, dont Winner comprend que les rides minérales se confondent parfois idéalement avec les paysages. Mais Chato semble parfois trop en retrait, fantomatique par rapport à ses poursuivants peu sympathiques, rendant toute identification impossible. Le film est une parabole explicite sur le Vietnam - figures malheureusement familières du sniper, du village incendié, du viol, du territoire ennemi hostile - d'autant que le visage de Chato est presque asiatique. La quête "winnerienne" nihiliste s'applique ici aux poursuivants menés par Jack Palance, qui ressassent l'amertume de la défaite de la guerre de Sécession / guerre du Vietnam (« c'était une bonne guerre ») et canalisent leur rage amère dans un baroud d'honneur guerrier. Cette nostalgie d'une gloire révolue, vierge d'humiliation, est cristallisée dès le début du film lorsque le premier acte de Palance avant de traquer Bronson est de revêtir son vieil uniforme de l'armée confédérée.



Le renversement des valeurs de Lawman s'applique ici grossièrement à la distinction civilisés / barbares puisque les chasseurs sont encore plus violents que la proie. Tout comme Maddox était lucide, les chasseurs sont conscients de leur inhumanité : « Je veux quelque chose » (une vie normale, une femme), dit l'un d'eux mais il veut posséder l'épouse de Chato. Le personnage de Whitmore / Palance se nuance un peu au cours du film, fataliste réalisant la vacuité de sa traque mais cherchant encore à grappiller quelques miettes de victoire virile. S'il y a parabole sur le Vietnam, le constat est encore une fois cynique : la société américaine est encore hantée par la violence de ses pionniers (thème central de Death Wish) et la violence met chasseurs / chassé (les catégories s'inversant bien sûr au cours du film) sur le même plan. A certains égards, Chato est traqué davantage pour crime de métissage que pour crime de sang (« Croiser un loup et un chien donne un animal qui tue »). Le brouillage de la ligne nous / autres semble être le catalyseur de la violence du film (Chato n'aurait jamais dû venir dans un bar de Blancs : il a franchi la ligne), tout en trouvant une résonance dans la névrose américaine : le communautarisme émerge à cette époque, avec pour profession de foi "séparés mais égaux". La forme brouillonne du film - encore plus sale que Lawman - sied à la grossièreté de ses personnages. On se satisfait des performances de Palance et Bronson même si Chato's Land est un brin prévisible, étiré (sans doute parce que l'on se moque du sort des protagonistes) en Dix petits nègres désertique sous influence italienne. Le final semble pourtant dire que même le complaisant  /frontal Winner sait quand il faut conclure.

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Par Léo Soesanto - le 6 décembre 2004