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Critique de film
Le film

Les Chevaliers du Texas

(South of St.Louis)

L'histoire

Au Texas, alors que la Guerre de Sécession bat son plein, les trois propriétaires du Ranch "The Three Bells" ont la mauvaise surprise de trouver leur domaine réduit en cendres, leur cheptel volé par la bande de Cotrell (Victor Jory). Kip (Joel McCrea), Charlie (Zachary Scott) et Lee (Douglas Kennedy) se rendent à Brownsville, à la frontière mexicaine, pour se venger et faire payer ses méfaits à ce chef de gang sans scrupules. Seulement, ils ne peuvent guère faire plus que de le bourrer de coups de poings car ce profiteur de guerre est protégé de tous côtés, aussi bien par les Nordistes qu’il aide par ses pillages à faire rendre âme à l’ennemi, que par les Confédérés avec qui il fait de la contrebande d’armes à partir du Mexique. Grâce à la Saloon Gal Rouge de Lisle (Alexis Smith), deux de nos trois partenaires, avec dans l’idée de reconstruire leur ranch grâce à l’argent gagné, se lancent eux aussi dans le trafic d'armes au profit de la Confédération, faisant ainsi de l’ombre à Cotrell. Quant à Lee, il a décidé de s’engager dans l’armée sudiste. Kip et Charlie, au fur et à mesure de leurs aventures et alors que leurs affaires clandestines s’avèrent juteuses, vont eux aussi tourner différemment et finir par se séparer. Le trio d’amis va-t-il pouvoir se reformer ?

Analyse et critique

Concernant Ray Enright, modeste mais habile faiseur, au sein d’une filmographie westernienne plutôt très médiocre, on arrive néanmoins à dénicher quelques sympathiques réussites notamment lorsque le réalisateur tourna pour la Universal - Les Ecumeurs (The Spoilers) avec le beau trio formé par John Wayne, Randolph Scott et Marlène Dietrich, Kansas en feu (Kansas Raiders) avec Audie Murphy - ou pour la Columbia - Ton heure a sonné (Coroner Creek), le film qui entama la fabuleuse collaboration entre Randolph Scott et le producteur Harry Joe Brown pour aboutir au corpus justement fameux que Budd Boetticher tourna avec le comédien. Les westerns qu'Enright signa pour la Warner furent en revanche assez catastrophiques, témoin le pitoyable Montana, l’un des pires films de la carrière d’Errol Flynn. Juste avant cela et malgré une réputation plutôt flatteuse, Les Chevaliers du Texas ne me semble guère meilleur. En nous replongeant à nouveau - après le remuant Kansas Raiders - en plein milieu de ce conflit civil meurtrier que fut la Guerre de Sécession, le cinéaste allait se révéler autrement plus convaincant, en profitant pour convoquer la plupart des grands bandits de l’Ouest autour du tristement célèbre William Quantrill. Le Cotrell de Victor Jory dans South of St. Louis est bien évidemment lui aussi inspiré de Quantrill, l’un des profiteurs de guerre les plus sanguinaires, qui à maintes reprises s'est vu personnifier au sein du genre.

Sur le papier, ce western avait tout pour nous faire saliver : le portrait de trois amis aux tempéraments opposés qui allaient prendre des chemins différents suite à la destruction de leur domaine en pleine guerre civile ; deux femmes (une Saloon Gal et une fille respectable) autour desquelles nos trois partenaires vont tourner ; de l’action, des situations inextricables, un background historique intéressant... Tout semblait en place pour nous offrir un spectacle palpitant, rehaussé par l'utilisation toujours chatoyante du Technicolor. Seulement, au final, le scénario de James R. Webb et Zachary Gold, à partir d’une intrigue finalement assez simple, ne se révèle pas très bien construit et devient vite inutilement embrouillé, les comédiens ne s’avèrent guère convaincants - pas plus Joel McCrea que ses partenaires - et la réalisation n’arrive pas vraiment à faire décoller l’ensemble même si certaines séquences mouvementées sont plutôt réussies, notamment la bagarre à poings nus entre Joel McCrea et Victor Jory, et surtout le gunfight final. Si Karl Freund à la photo nous ravit les yeux, nos oreilles ne sont malheureusement pas autant à la fête ; en effet, le grand compositeur Max Steiner s’avère ici fortement "saoulant" à force d’en faire des tonnes pour pas grand-chose, sortant la fanfare à tort et à travers, finissant de rendre pénible n'importe quelle séquence à partir du moment où elle a le malheur de se mettre en branle. Alexis Smith s’est également fait offrir à d’autres occasions des chansons bien plus mémorables à interpréter que celle de ce western.

Ce remake westernien des Fantastiques années 20 (The Roaring Twenties) sera vite oublié malgré quelques petites originalités comme cette idée des éperons/cloches des trois "chevaliers du Texas" ou le fait de voir Joel McCrea sombrer dans l’alcool. Cependant, à condition de ne pas être trop exigeant et d’arriver à passer outre les habituels défauts de la Warner lorsqu’elle abordait le genre (à savoir un humour lourdingue, une interprétation souvent outrée, une musique qui surligne tout à gros traits), il nous reste un honnête spectacle, un régal pour les yeux et un duel final nerveux et non dénué de panache. Ce qui s'avère néanmoins assez peu ! South of St. Louis n’aura malheureusement pas tenu les promesses d’une intrigue remuante, voire frénétique ; il en était bien évidemment tout autre concernant l'original, l’excellent film noir signé Raoul Walsh, James Cagney et Humphrey Bogart étaient de plus autrement plus charismatiques que leurs remplaçants dans le western, Joel McCrea et Zachary Scott. Très décevant !

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 14 septembre 2018