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Critique de film
Le film

Les Cavaliers du crépuscule

(The Sundowners)

Partenariat

L'histoire

Les frères Cloud, Tom (Robert Sterling) et Jeff (John Drew Barrymore), éleveurs dans le nord du Texas, trouvent le cadavre d’un de leurs rares cow-boys caché sous un buisson. Ils se rendent en ville rapporter cet assassinat au shérif qui se dit désolé mais leur explique qu’il ne peut rien faire pour eux, que tous leurs malheurs leurs sont imputables par le fait d’être venus s’installer sur des terres (d’une manière totalement légale) convoitées par beaucoup. Ce même jour, à leur retour au ranch, ils ont la mauvaise surprise de voir arriver le bandit Kid Wichita (Robert Preston) qui n’est autre que leur frère ainé qu’ils détestent cordialement. Tom lui demande de quitter les lieux mais Wichita lui dit connaitre le coupable du meurtre de Juan et lui propose d’aller lui faire payer son crime. Peu convaincu, Tom va finir par accepter de l’héberger d’autant qu’il n’a plus d’hommes de main pour l’aider à s’occuper de son troupeau. Tom ferme alors les yeux sur les exactions nocturnes commises par son frère alors qu’à son tour il vient gonfler leur cheptel en volant les bêtes de voisins peu scrupuleux, ceux-là mêmes qui avaient fait de même en tuant Juan, témoin de leur larcin. Ce qui inquiète le plus Tom dans cette guerre entre ranchers est que son cadet Jeff semble subir la mauvaise influence de son ainé et vouloir suivre son exemple. Se greffe là-dessus une romance quadrangulaire puisque la jolie Kathleen (Cathy Downs) trompe son époux (Jack Elam) avec Tom alors que Wichita lui tourne aussi autour...

Analyse et critique

The Sundowners (à ne pas confondre avec le film de Fred Zinnemann datant de 1960 avec Robert Mitchum et Deborah Kerr) est un western réalisé par George Templeton et écrit par Alan Le May, écrivain par ailleurs très réputé dans le genre puisqu’il est l’auteur des romans ayant servi de support à deux westerns parmi les plus célèbres qui soient, rien de moins que La Prisonnière du désert (The Searchers) de John Ford et Le Vent de la plaine (The Unforgiven) de John Huston. Le May s’était également fait un nom en tant que scénariste, signant de très bons scripts tels que ceux écrits pour Cecil B. DeMille et qui furent d’ailleurs ses premiers travaux pour le cinéma - Les Tuniques écarlates (North West Mounted Police), Les Naufrageurs des mers du Sud (Reap the Wild Wind) - mais aussi celui du très amusant Grand Bill (Along Came Jones) de Stuart Heisler, du très agréable La Vallée maudite (Gunfighters) de George Waggner, voire encore celui de l’excellent et méconnu Cheyenne de Raoul Walsh. Alors qu'il s'était associé au producteur George Templeton, leur collaboration ne donnera que deux westerns, le second étant High Lonesome (La Vallée du solitaire) qu’il réalisera lui-même la même année sur les mêmes lieux et avec beaucoup des mêmes comédiens dont John Drew Barrymore, Dave Kashner, Chill Wills et Jack Elam. Heureuse initiative de la part de l’éditeur Artus d’avoir sorti les deux films en vidéo d’autant qu’ils peuvent être considérés - comme le dit très justement George Ramaïoli dans les bonus du DVD - comme des westerns jumeaux.

Deux westerns qui se ressemblent beaucoup de par leur casting et lieux de tournage presque identiques (les endroits choisis dans le Palo Dura Canyon situé dans le Nord du Texas ont par ailleurs très rarement été filmés), du fait qu’ils possèdent le même scénariste et quasiment la même équipe technique, mais aussi par la volonté des auteurs de tourner entièrement en dehors des studios y compris pour les intérieurs, sans aucune utilisation de transparences ou de stock-shots. Tout ceci donne ainsi à ce duo de westerns un aspect pas spécialement plus naturaliste mais disons une patine un peu différente des westerns de l’époque ainsi qu’un ton un peu ‘autre’ découlant d’un mélange assez original et paradoxal de ‘réalisme’ et de naïveté fantaisiste dû probablement aussi en partie à un travail sur la photographie qui change du rendu Technicolor habituel (peut-être du fait de la lumière différente de ces endroits rarement utilisés pour les westerns). L’histoire, comme celle de High Lonesome, est avant tout celle très classique de la lutte pour les terres, ici celle qui oppose un grand Cattle Baron à un modeste éleveur alors que de part et d’autre leurs bêtes se volatilisent. Une fois n'est pas coutume, aucun des deux n'est impitoyable ni détestable ; ils pensent juste se faire voler l'un par l'autre alors que nous verrons que ce n'est pas le cas. Beaucoup de points communs entre les deux westerns mais contrairement au film de Le May, dans The Sundowners pas de pointe de fantastique ni de ‘Rebel without a Cause’, pas de flashbacks ni d’incursions dans le film noir, moins de détails insolites et plus qu’un seul rôle féminin là où High Lonesome en proposait deux d’à peu près égale importance.

Il faut cependant dire que Cathy Downs remplace avantageusement les deux comédiennes du film de Le May (pourtant déjà tout à fait convaincantes), l’inoubliable Clementine de John Ford - My Darling Clementine (La Poursuite infernale) - ayant grandement embelli et se révélant non seulement extrêmement charmante mais également très bonne actrice. Son personnage de femme adulte et adultère est à l’origine des plus belles et "sulfureuses" séquences du film, celle où elle se fait gentiment molester par Robert Preston, suivie tout de suite après par celle où on la découvre amoureuse de Robert Sterling et où elle le force à venir l’embrasser. Un personnage de femme a priori mal-mariée (à un Jack Elam que l’on est étonné de trouver dans un rôle positif), pour des raisons qui ne nous ont pas été expliquées, sans même que cela ne se remarque forcément à l’écran, d’où le questionnement exprimé par certains sur un éventuel monteur qui aurait fortement sabré le film pour arriver - à la demande des producteurs - à une durée standard pour les séries B de l’époque, soit environ 80 minutes. Car même en étant attentif, on se posera à plusieurs autres occasions la question de scènes manquantes, des trous dans le scénario semblant se faire jour ici et là, certains même assez béants ; ce qui rend le film un peu bancal, bien moins attractif et captivant que le sera celui d'Alan Le May peu de temps après.

Beaucoup de pistes très intéressantes semblent également avoir été abandonnées en cours de route ou pas assez approfondies, comme les relations entre le cattle baron et son fils - qui n’est autre que le shérif couard de la ville, voire peut-être plus mais on vous laisse le découvrir -, l’attirance et l’idolâtrie du cadet pour les côtés obscurs de son ainé ou encore les différentes rivalités fraternelles que l'on aurait souhaité plus puissantes sur un plan émotionnel. On peut d'ailleurs regretter que la plupart des personnages ne soient pas plus richement dépeints, même si leur écriture s'avère néanmoins plutôt correcte.

En effet, même si son intrigue a priori toute simple se montre un peu tarabiscotée faute à de probables coupures (d’où provient et quelle est la signification de la phrase répétée à maintes reprises par Robert Preston qui clôture même le film ?), même si elle ne s’avère pas forcément convaincante dans sa résolution et même si elle n’est pas dénuée de grosses invraisemblances, l’auteur de The Searchers arrive néanmoins à capter notre attention presque de bout en bout en se focalisant avant tout sur ses protagonistes, aidé en cela par une direction d’acteurs qui n'a à souffrir d’aucuns reproches en particulier, les comédiens s’étant tous pris au sérieux et accomplissant un travail correct à défaut d’être inoubliable. Outre Cathy Downs et Jack Elam pour sa première apparition au cinéma, on retiendra John Litel et son visage de pierre qui rend son rôle de cattle baron assez inquiétant, John Barrymore Jr. dans son premier rôle, bien moins cabotin que dans High Lonesome, presque terne même en comparaison, Robert Preston (excellent comédien ayant beaucoup tourné avec Cecil B. DeMille mais dont les deux prestations les plus mémorables auront peut-être été dans Whispering Smith de Leslie Fenton et surtout bien plus tard dans Victor Victoria de Blake Edwards) interprétant un personnage ambigu et haut en couleurs, n’hésitant pas à pousser la chansonnette dans les moments les plus tendus, tout à la fois haïssable (il cherche constamment à titiller ses interlocuteurs jusqu’à vouloir à tout prix les faire sortir de leurs gonds) et parfois attachant, et enfin, en totale opposition, Robert Sterling dont le jeu posé contraste étonnement avec celui de Preston, leurs relations n’en étant que plus intéressantes à voir évoluer.

Avare en scènes d’action, le film propose néanmoins un long et très bon combat final dans un lieu escarpé, les ennemis jouant à cache-cache au milieu d’impressionnantes anfractuosités creusées dans les falaises ; le personnage au fouet interprété par Dave Kashner ira s’en donner à cœur joie dans la brutalité et le sadisme avant d’assez mal s’en sortir. Dommage que le réalisateur ne maitrise pas assez l’espace et la topographie auquel cas contraire nous nous serions trouvés devant une séquence d’anthologie. Les Cavaliers du crépuscule est au final un western sans génie et parfois laborieux faute à un éparpillement (voulu ou non) du scénario mais néanmoins assez solide, plutôt plaisant et surtout très bien dialogué. Malgré de flagrants défauts et un ensemble moyennement captivant, voici une rareté dont il aurait été dommage de passer à côté... pour les aficionados bien évidemment !

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 8 octobre 2016