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Critique de film
Le film

Les Caprices de Marie

Partenariat

L'histoire

Marie, la ravissante fille de Léopold Panneton, patron du café et maire du village, doit se présenter à un concours de beauté local. Son père ne veut rien entendre. Sa mère, soutenue par d'autres habitants d'Angevine, prend sa défense. Marie hésite au moment de partir car elle aime Gabriel, l'instituteur, un garçon timide qui n'ose pas se déclarer. Elle est élue "Reine de la Mer" dans un petit port normand. Au même moment, un milliardaire installé sur son yacht apprend que sa quatrième femme l'a quitté et se met sur le champ en quête d'une nouvelle fiancée...

Analyse et critique

Les Caprices de Marie poursuit l'illustration truculente de la France rurale abordée par de Philippe de Broca dans son trépidant Le Diable par la queue (1968). Dans ce dernier, la ville s'invitait à la campagne avec le malfrat incarné par Yves Montand bientôt gagné par le charme rural et l'excentricité des autochtones. Les Caprices de Marie inverse le postulat avec la ravissante Marie (Marthe Keller) qui rêve de quitter le village et d'explorer le monde, l'occasion se présentant peut être en participant à un concours de beauté local. De Broca va d'abord nous enchanter par la langueur de cette vie, où chaque plaisir du quotidien (une partie de pêche, un verre au soleil...) se fait au rythme des pérégrinations de Marie dont tous les villageois masculins sont amoureux. On s'amuse des personnalités hautes en couleurs : le père aux penchants gauchistes incarné par Jean-Pierre Marielle, François Périer en chef d'orchestre lunaire, Fernand Gravey en militaire retraité. La truculence des acteurs rend les personnages très attachants et confère un aspect plus naïf que libidineux à leur attachement pour Marie dont la jeunesse et la beauté avivent leur tendresse plutôt que leurs sens.



Il n'y a que le seul célibataire du village, l'instituteur Gabriel (Philippe Noiret), qui semble résister aux charmes de Marie, où du moins ne pas l'afficher alors que c'est finalement celui dont l'attention compte le plus pour la jeune femme. La photo ensoleillée de Jean Penzer magnifie le superbe environnement rural en lui conférant une certaine facticité dans le choix des couleurs vives qui ornent l'architecture des demeures et créent ainsi un effet "maison de poupée". Philippe de Broca use de belles idées formelles pour signifier l'attirance des personnages, notamment cette magnifique scène où l'orchestre disparait pour ne plus laisser voir que Gabriel et son violoncelle aux yeux aimants de Marie lors du concert nocturne dans le kiosque du village. Marthe Keller, déjà si charmante dans Le Diable par la queue (premier film avec de Broca dont elle tombera amoureuse), allie ici séduction, désinvolture craquante et inconséquence féminine attachante. Philippe Noiret incarne un personnage au croisement de ses interprétations de La Vie de château (Jean-Paul Rappeneau, 1965) et Alexandre le bienheureux (Yves Robert, 1967), tout en mollesse paisible. Seulement si Rappeneau force l'endormi à se démener et si Yves Robert le laisse se complaire dans sa paresse, Philippe de Broca reste dans un entre-deux où l'on sent bien Gabriel amoureux, empoté mais aussi résigné face aux rêves d'ailleurs de Marie qu'il ne veut pas contredire. Chez de Broca, c'est toujours au rêveur de faire le chemin vers ceux qu'il aime - Les Jeux de l'amour et Le Farceur notamment - ou au contraire de choisir de se perdre dans sa fantaisie perpétuelle - L'Amant de cinq jours (1961), Le Roi de Cœur (1968), Un monsieur de compagnie (1964)...



Le rythme du film avance ainsi en trois temps. D'abord celui du milliardaire américain MacPower (Bert Convy), éreintant et tapageur. Il ne voit au départ en Marie qu'un objet destiné à en remplacer un autre (une nouvelle épouse destinée à éteindre les feux de la presse sur une ex-compagne volage) avant d'en tomber sincèrement amoureux en croisant enfin une femme non vénale qui lui résiste. MacPower est un pendant des personnages extravagants incarnés par Jean-Pierre Cassel chez de Broca, le charme à la française étant remplacé par un sens du spectacle "à l'américaine" grâce auquel il déploie son immense fortune pour impressionner et séduire Marie. Le deuxième temps est celui de Marie, charmée d'avoir enfin un prétendant aussi spectaculairement entreprenant, mais l'héroïne sera constamment en attente, même dans l'imminence d'une cérémonie de mariage toujours retardée, espérant que Gabriel osera franchir le pas. C'est ce dernier qui donne le troisième temps, à la traîne au propre (la catastrophique course de vélo) comme au figuré quand il rate toutes les occasions de se déclarer à Marie, le rythme propre à de Broca semblant toujours trop rapide pour la placidité du personnage.


On s'amuse beaucoup du choc des cultures, notamment avec un Marielle plus fier et franchouillard que jamais qui résiste tant bien que mal à l'outrance de MacPower. L'erreur de ce dernier sera de vouloir par ses moyens s'approprier Marie et son environnement, source d'une folie comme seul de Broca est capable avec la rencontre physique entre le village français et l'urbanité new-yorkaise. Les soirées mondaines, les boîtes de nuit hippie et les salles de boxe bruyantes ne peuvent rivaliser avec les tranches de vie réjouissantes du début de film. De Broca reprend cependant le leitmotiv des deux films jumeaux que sont Le Roi de Cœur et Le Diable par la queue, le charme des excentriques finissant par opérer ici avec notre Américain qui cesse soudain de s'agiter pour comprendre la vraie place de celle qu'il désire.


C'est au rêveur de prendre conscience et choisir, de Broca parvenant à délester "l'étranger" de son caractère caricatural (l'Américain parle fort, achète tout et se croit partout chez lui) pour le rendre plus attachant lors du beau final où Marie dépasse également ses aspirations superficielles. La principale qualité, mais aussi le seul vrai défaut du film, repose sur son rythme effréné (une ellipse en hélicoptère nous emmène du village à New York en un clin d'œil) qui inscrit les élans des personnages dans le mouvement perpétuel sans lourdeur psychologique mais qui empêche aussi d'installer la mélancolie suspendue qui fait toute la force émotionnelle des grands films de Philippe de Broca. Cela n'en reste pas moins un opus enlevé, très original et injustement méconnu dans la filmographie du réalisateur.

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La fiche IMDb du film
Par Justin Kwedi - le 8 septembre 2017