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Critique de film
Le film

Les Aventures du Capitaine Wyatt

(Distant Drums)

Partenariat

L'histoire

1840. Les Etats-Unis sont en guerre contre les Indiens Séminoles en Floride. Le lieutenant de Marine Richard Tufts (Richard Webb) est envoyé en mission par le général Zachary Scott (Robert Barrat). Il doit convaincre le Capitaine Quincy Wyatt (Gary Cooper) de l’aider à faire cesser la contrebande d’armes entre trafiquants blancs et Indiens. Wyatt est un officier qui  a rompu tout contact avec l’armée régulière depuis que son épouse, princesse de la tribu des Creeks, s’est fait violenter et tuer par des soldats ; il s’est retiré avec son fils de six ans dans une île au milieu d’un lac situé aux frontières des marais des Everglades, territoire des Séminoles. Le plan que propose Wyatt est d’attaquer le Fort Infanta où les Indiens se ravitaillent en armes auprès de contrebandiers. L’attaque a lieu de nuit et elle réussit pleinement avec l’aide de sa seule troupe d’une quarantaine d‘hommes. Ils font sauter l’arsenal et délivrent quelques prisonniers blancs capturés par les trafiquants d’armes, dont Judy Beckett (Mari Aldon). Seulement, sur le point d’être évacués comme prévu, ils sont surpris par les Séminoles sur la plage où ils attendaient leur embarcation. Wyatt décide de faire passer sa troupe par les marais pour leur échapper ; avant de les atteindre, il incendie les fourrés dans lesquels ils allaient être rattrapés. Commence alors une longue poursuite de plus de 200 kilomètres au milieu des Everglades, zone fertile en dangers de toutes sortes, notamment des serpents et des crocodiles, alors que les tambours lointains (distant drums) de l’ennemi ne cessent eux aussi de les talonner.

Analyse et critique

Le jour de Noël de cette année 1951 sortait sur les écrans américains Distant Drums, mélange de western et de film d’aventures, première et unique collaboration entre deux des noms symbolisant le plus fortement l’aventure hollywoodienne, Raoul Walsh et Gary Cooper. Le succès fut au rendez-vous. Il faut dire qu’outre l’association de ces deux "stars" du film spectaculaire, l’époque et le lieu évoqués dans le film étaient assez inhabituels dans le domaine du western (un "eastern" en l’occurrence) ; c’est la première fois que le genre abordait la guerre contre les Séminoles, et le fait que l’action se déroule en Floride (et plus précisément dans les Everglades) annonçait une touche d’exotisme qui a probablement contribué à faire accourir le grand public. Historiquement, l’Espagne avait cédé le territoire de la Floride aux États-Unis seulement une vingtaine d’années avant que l’intrigue du film ne débute, en 1821 exactement ; déjà avant cette date, les précédents occupants avaient déjà eu maille à partir avec les Séminoles. Il y eut une accalmie avant que les Indiens ne donnent du fil à retordre aux nouveaux "propriétaires", les Américains, dès 1835 la tribu refusant d’être déportée au-delà du Mississippi comme Andrew Jackson et le Congrès américain le souhaitaient. Ce qui engendra ce que l’on a appelé la "deuxième guerre Séminole", le conflit contre les Indiens qui fut le plus coûteux et le plus long de l’histoire des USA, une guerre de guérilla préfigurant un peu celle du Vietnam. Distant Drums commence alors que cette guerre indienne s’éternise depuis déjà cinq ans.

Un autre western relate un épisode de cette guerre indienne finalement assez peu connue quand on la compare à celles qui auront lieu dans le dernier quart du siècle : Seminole (L’Expédition de Fort King) de Budd Boetticher. Au vu de ces deux films, on ne peur que constater avec tristesse que la Floride n’avait pas du tout inspiré ces deux grands cinéastes. Ce n’est cependant pas l’avis de tout le monde. Jugez plutôt !

« L’attaque du fort est un morceau d’anthologie du film d’action, non seulement par sa violence et sa rapidité, mais par la perfection de sa mise en place, le jeu survolté des figurants et la stylisation que favorise l’architecture […] L’aventure n’est plus picaresque, elle n’est que prétexte à une narration nette, mais sans sécheresse, constamment plastique jusque dans les fusillades, et qui se ménage des moments d’une surprenante poésie... » Gérard Legrand pour Positif N°455.

« […] Distant Drums représente la quintessence du film d’aventures américain […] Le film combine les beautés de l’épure (du croquis d’architecture), de la peinture et de quelque chose qui est un mouvement constant de l’image et qu’il faut bien appeler le cinéma. » Jacques Lourcelles dans son Dictionnaire du cinéma.

Au vu de ces deux extraits, j’ai la très forte impression de ne pas avoir vu le même film car il s’agit au contraire, selon moi, tout simplement de l’un des moins bons films de Walsh (si je n'avais pas eu peur de froisser les aficionados du réalisateur, j'aurais même osé écrire l'un de ses plus mauvais), au sein duquel je n’ai décelé aucune poésie pas plus que de morceaux d’anthologie du film d’action, aucune rapidité ni stylisation... Bref, pour acquiescer à « la quintessence du film d’aventures américain », il ne faudra pas compter sur moi ! La même année, l’histoire d’un autre capitaine narrée par le même Walsh aurait pu en revanche y prétendre, celle du Capitaine Horatio Hornblower dans Capitaine sans peur, un film d’une toute autre envergure.

Cependant que l'on ne s’y trompe pas : j’aime beaucoup le cinéma du borgne hollywoodien ! Dans le domaine du western, j’ai jubilé devant La Piste des géants (The Big Trail), La Charge fantastique (They Died with Their Boots On) ou Cheyenne. Ensuite, il est vrai, mon enthousiasme avait un peu chuté et Les Aventures du Capitaine Wyatt (pourtant quel titre prometteur !) est mal tombé pour lui faire remonter la pente. Car même si j’ai été relativement déçu par Pursued, Colorado Territory, Silver River ou Along the Great Divide, j’ai toujours pu me raccrocher soit à l’originalité de l’intrigue, à la beauté plastique de la mise en scène, à la force du personnage principal ou à l’intelligence du scénario. Ici, rien de tel ! Sur un schéma à peu près similaire (un groupe de soldats réussit à détruire un objectif mais se trouve devoir fuir l’ennemi dans un milieu hostile ; les Japonais en lieu et place des Séminoles, la Birmanie en lieu et place de la Floride), Walsh avait réalisé un chef-d’œuvre constamment captivant, Objective Burma (Aventures en Birmanie). Ici, aucune rigueur dans un scénario mal agencé et un Raoul Walsh qui semble avoir été aux abonnés absents derrière sa caméra : aucun rythme, aucune vigueur, aucun sens plastique malgré les magnifiques décors naturels (peu vus qui plus est) mis à sa disposition. Et plutôt que pleinement profiter de ceux-ci, voilà qu’il balance à tout va des stock-shots ternis et des transparences hideuses. Le scénario de Niven Busch étant dépourvu d’originalité et totalement pitoyable quant à la description des seconds rôles, qui se révèlent tous inconsistants et insipides au possible (même Arthur Hunnicut semble s’ennuyer comme ce n’est pas permis, et je ne m’étendrais pas plus sur Mari Aldon, mauvais clone de Virginia Mayo). On ne partage ni leur peur, ni leur fatigue, ni leur tension ; aucune empathie ressentie pour les personnages, ce qui, dans le cas contraire aurait pu nous sortir d’une torpeur qui commençait à nous envahir dès la fin du prologue, assez réussi par contre.

Un peu à la manière de Heart of Darkness de Joseph Conrad, on commence par beaucoup entendre parler du fameux capitaine Wyatt puis on découvre ce "Kurtz pacifique", paisiblement installé dans son île paradisiaque. Sa première apparition est assez marquante, le voyant jeter de la nourriture à des aigles qui descendent l’emporter entre leurs serres. Gary Cooper, charismatique comme jamais, est d’emblée le héros que l’on rêvait de voir avec nos yeux de grands enfants : droit, courageux, tendre, solitaire, laconique et formidable meneur d’hommes. Malheureusement, son personnage nous apparait lointain et inaccessible tout au long du film par la faute du scénariste qui ne l’a pas psychologiquement plus creusé que les autres, plus pantins qu’humains. Il faudra attendre le final pour que Wyatt acquiert cette humanité qui lui faisait défaut jusqu’ici au travers du dialogue avec Mari Aldon au cours duquel il fustige l’amertume, la rancune et la vengeance ; un très beau moment que cette envie de paix et de sérénité. Tout comme le duel au couteau qui s’ensuit et qui se déroule sous l’eau au milieu du lac : une séquence dotée d’une belle énergie, de celle que l’on aurait bien voulu ressentir auparavant ! Alors qu’on s’attendait à une bataille d’extermination, on se retrouve avec un homme respectueux de ses adversaires et de leurs coutumes, préférant faire cesser les combats en se sacrifiant au travers de ce combat à mains nues. Beau final, mais qui ne rattrape pas la longue heure et quart d’ennui qui a précédé. Walsh semble s’être endormi après le beau prologue non dénué de poésie (avec notamment des plans de pirogues voguant au gré de l’eau sur un beau thème musical qu’il me semble avoir été écrit, non pas par Max Steiner dont la partition est pourtant l’une des meilleures choses du film, mais par Alex North non crédité mais qui aurait travaillé dessus) pour ne se réveiller qu’en fin de parcours. C’est vraiment fort dommage, d’autant qu’il y avait du potentiel à la clé.

Et au niveau de l'action, me direz-vous ? Eh bien exception faite de la poursuite dans l’herbe haute et le duel final, il n'y a pas grand-chose à se mettre sous la dent car l’attaque du fort m’a semblé passablement paresseuse, bâclée et sans vitalité, ainsi que tout le reste bien trop inodore, fade et répétitif pour emporter l'enthousiasme. La romance n’est absolument pas crédible (faute non seulement à l’actrice sans talent mais aussi aux dialogues que certains ont osé comparer à du Lubitsch !). Quant au ridicule de certaines situations qui font passer les Séminoles pour des attardés, il n’arrange rien... Alors que les soldats sont sur le point d’arriver à destination et d'être tirés d’affaire, les Indiens arrivent sur leurs talons. Un des hommes décide de se sacrifier et pour cela lance aux Indiens un « Venez me chercher » retentissant ; sur quoi, tous les Séminoles, sans exception, partent sur les traces de l’homme seul, laissant le reste de l’escouade arriver tranquillement à bon port. Certes la vraisemblance n’est pas automatiquement recherchée, mais en l’occurrence cette idée incongrue vient finir de me rendre le film totalement mauvais. Les Aventures du Capitaine Wyatt, western qui se déroule dans des contrées encore inexplorées par le genre, propose une histoire qui aurait pu être captivante mais au final, hormis quelques images inédites comme le fort en pierre ou le cimetière Séminole, se révèle un film routinier, stéréotypé et ennuyeux. Si La Fille du désert (Colorado Territory) pouvait encore prétendre rivaliser avec son modèle original High Sierra (La Grande évasion), il n’en est malheureusement pas de même pour Objective Burma et son laborieux "remake westernien" dont le tournage a probablement dû être plus épique que le ressenti que l’on éprouve a à sa vision !

DANS LES SALLES

DISTRIBUTEUR : swashbuckler films

DATE DE SORTIE : 21 octobre 2015

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Par Erick Maurel - le 1 novembre 2014