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Critique de film
Le film

Le Voleur de Bagdad

(The Thief of Bagdad)

Partenariat

L'histoire

Un jeune mendiant aveugle, qui faisait la manche en compagnie de son petit chien sur un étal du marché de Bagdad, est emmené au palais par une femme mystérieuse sur l'ordre du potentat local, l'ignoble Jaffar. Entouré de jeunes femmes curieuses, le jeune homme raconte son histoire. On apprend alors qu'il fut autrefois le roi Ahmad de Bagdad et qu'il tomba dans le piège de son vizir - Jaffar - qui complota pour le tuer et prendre sa place. Après qu'il eut réussi à s'évader de sa geôle grâce au tout jeune et espiègle Abu, un petit voleur des rues qui vit de ses multiples larcins, et eut quitté la ville, Ahmad fit la connaissance de la fille du sultan, une beauté esseulée dans son palais de Bassora dont aucun homme est autorisé à croiser le regard. Mais il se retrouva à nouveau face à Jaffar, dont le vil dessein est d'épouser la belle contre son gré, et fut victime des sortilèges de ce dernier : ainsi, le garçon perdit la vue et Abu fut métamorphosé en chien. Mais l'histoire est loin d'être terminée, car l'hôte de Ahmad a temporairement besoin de lui pour réveiller la princesse tombée par dépit dans un sommeil profond. L'occasion sera tentante pour le jeune roi déchu, aidé de son fidèle compagnon Abu, de se battre pour récupérer son trône, pacifier son royaume et trouver enfin l'amour.

Analyse et critique

Célèbre superproduction britannique des années 40, Le Voleur de Bagdad reste célèbre pour constituer l'une des meilleures et rares adaptations des fameux contes des Mille et une nuits, qui ambitionnait alors d'être un spectacle excitant et chatoyant avec la volonté de régaler tous les publics par sa poésie naïve et ses effets spéciaux novateurs (pour l'époque). A la tête de ce film d'aventures exotiques, on trouve le producteur anglais d'origine hongroise Alexandre Korda, sorte de Selznick londonien dont l'importance au sein de l'industrie du cinéma anglais fut considérable des années 30 jusqu'au début des années 50. Sur Le Voleur de Bagdad, Korda fit travailler pas moins de six réalisateurs (dont lui-même), mais son frère Zoltan et le grand directeur artistique William Cameron Menzies ne furent crédités que comme producteurs associés. Officiellement le film est donc signé de l'Allemand Ludwig Berger, de l'Américain Tim Whelan et de... Michael Powell. Ce dernier fut engagé suite à la forte déception du producteur démiurge devant les scènes tournées par Ludwig Berger, qui fut si maltraité par Korda qu'il claqua la porte du studio. Les frères Korda retournèrent pour partie les scènes de Berger et Powell fut chargé de nombreuses scènes d'action (comme l'apparition du génie joué par Rex Ingram).

Le tournage en lui-même fut bouleversé par l'irruption de la guerre et le film dût s'achever en Californie. Tout cela bien considéré, le résultat ne manque finalement pas d'harmonie, et il serait bien présomptueux pour le spectateur de s'amuser à déterminer les styles des uns et des autres. D'ailleurs, ce n'est pas sur le terrain de la mise en scène pure qu'il faudra aller chercher une quelconque originalité dans ce spectacle. Le Voleur de Bagdad demeure avant tout un film de producteur, dont le vrai talent fut de s'entourer d'hommes compétents à leur poste et de faire la part belle aux départements artistiques (avec trois Oscars à la clé en 1941) comme les décors somptueux, la photographie en Technicolor, les innombrables costumes et les effets spéciaux. Il en ressort une fantaisie délicieuse - même si passablement surannée - avec tout ce qu'il faut comme péripéties fantastiques pour nourrir un imaginaire typique de ces contes orientaux : un royaume dirigé par des despotes, une jolie romance contrariée, de la magie, des créatures légendaires, un danger permanent, le poids du destin, de l'action et de l'humour bon enfant. Le casting du film compte en tête l'élégant et inquiétant Conrad Veidt (Le Juif Süss de 1934, L'Espion noir et Espionne à bord de Powell & Pressburger, Echec à la Gestapo avec Humphrey Bogart, Casablanca de Michael Curtiz) et le virevoltant acteur indien Sabu, alors âgé de 15 ans, le héros de Elephant Boy, d'Alerte aux Indes et du Livre de la jungle, tous trois réalisés par Zoltan Korda. Sabu sera également de l'aventure du somptueux Narcisse noir de Michael Powell et Emeric Pressburger.

Aujourd'hui, si Le Voleur de Bagdad accuse bien son âge par ses effets spéciaux d'un autre temps - et qui peinent surtout à conserver leur capacité de séduction sur la totalité du film -, par le statisme de sa réalisation malgré quelques rares séquences dynamiques et par un jeu d'acteur assez inégal selon les interprètes, il faut reconnaître que son charme naïf, sa pincée d'exotisme, son innocence assumée, son onirisme enfantin et sa volonté constante de flatter les rétines en font toujours une œuvre éminemment sympathique, ainsi qu'une curiosité du fait de sa rareté au sein d'un cinéma anglais habituellement peu versé dans la fantaisie débridée.

En savoir plus

La fiche IMDb du film

Film réédité en salle par Carlotta

Date de sortie : 14 décembre 2011

La Page du distributeur

Par Ronny Chester - le 1 décembre 2011