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Critique de film
Le film

Le Tueur du Montana

(Gunsmoke)

Partenariat

L'histoire

Les deux tueurs à gages Reb Kittredge (Audie Murphy) et Johnny Lake (Charles Drake), après qu’ils ont participé au bain de sang que fut la Johnson County War, viennent d’échapper aux Tuniques bleues à la frontière du Wyoming. Reb souhaiterait désormais se poser ; il se sépare de son compagnon pour se rendre à Billings (Montana) où il pense avoir trouvé un travail plus tranquille. Sur le chemin, un étranger lui tire dessus mais ne réussit à abattre que son cheval. Reb prend alors la diligence où il fait la connaissance de Rita Saxon (Susan Cabot), la fille de Dan (Paul Kelly), le seul rancher qui résiste encore à Matt Telford (Donald Randolph), un puissant cattle baron qui a quasiment accaparé tous les terrains de la région. Malheureusement, Rita revient chez elle avec une mauvaise nouvelle : les banquiers refusent le prêt qui permettrait à sa famille de rester sur ses terres. Telford est sur le point de pouvoir les racheter, aidé en cela par les talents de gunfighter de Reb qu’il compte engager. Mais ce dernier a des principes et refuse ce coup-ci de louer ses services de tueur, d’autant que son "employeur" et le "contrat" ne lui plaisent guère. Ayant gagné la propriété de Dan Saxon aux cartes, il en devient le propriétaire ; ce qui arrange bien l’honnête rancher qui compte sur ce jeune homme fougueux pour rétablir la situation en sa faveur. Pour cela, ils doivent conduire et vendre le plus vite possible leur cheptel afin d’amasser une somme assez considérable qui servirait à contrer Telford. On imagine bien que ce dernier fera tout pour leur mettre des bâtons dans les roues, avec l’aide de  Johnny Lake, l’ex-ami de Reb passé dans le camp adverse et de la saloon gal Cora Dufrayne (Mary Castle).

Analyse et critique

Et Universal de nous proposer une fois encore un de ces films de série dont elle a le secret, certes conventionnel et sans réelles surprises mais dans le même temps constamment plaisant et jamais ennuyeux : du pain béni pour les amoureux de série B ! Il s’agit à nouveau d’un véhicule pour la star montante du studio, Audie Murphy, qui pour l’instant dans le domaine qui nous concerne mène un parcours sacrément agréable à visionner. Un nouveau venu fait par la même occasion son apparition sur la scène westernienne : Nathan Juran ! Non pas qu’il pourra être considéré comme un spécialiste du genre mais son modeste corpus aura eu le mérite d’être extrêmement sympathique, contenant même un titre peu connu mais diablement réussi : l'excellent Good Day For a Hanging.

Né en Autriche, Nathan Juran fut directeur artistique à Hollywood dès 1937. Alors qu’il opère dans les services de contre-espionnage américain pendant la Seconde Guerre mondiale, il gagne un Oscar pour son magnifique travail en tant que directeur artistique pour Qu'elle était verte, ma vallée (How Green Was My Valley) de John Ford. Il vient à la mise en scène une dizaine d’années plus tard, en 1952, avec The Black Castle, une transposition des célèbre Chasses du Comte Zaroff. Il se consacre ensuite surtout au western, à la science-fiction et au film d’aventures (The Golden Blade avec Rock Hudson et Piper Laurie) ; il tourne même un film de sous-marins dans lequel nous trouvons réunis Ronald et Nancy Reagan, Hellcats of the Navy. Sous le pseudonyme de Nathan Hertz, il réalisera également à la fin des années 60 des séries Z aux titres ne manquant pas de piquant tel The Brain From Planet Arous ou Attack of the 50 Foot Woman. Mais il est aujourd’hui surtout réputé pour avoir tourné des films cultes avec le procédé d’effets spéciaux Dynamation (avec entre autre Ray Harryhausen aux manettes) : les indémodables Septième voyage de Sinbad (1958) et Jack, le tueur de géants (1962). Mais revenons-en à son deuxième film, celui qui nous intéresse d’ailleurs ici, Gunsmoke.

La lutte sans merci que se livrent un petit rancher et un gros propriétaire (bref, David contre Goliath), une histoire bien connue des amateurs du genre. Peu de motifs d’étonnement donc a priori au sein de cet agréable divertissement, et pourtant il nous réserve quelques petites surprises scénaristiques : l’homme qui va apporter son aide au modeste éleveur n’est autre qu’un tueur à gages ayant refusé de travailler pour son rival ; l’ex-compagnon d’armes du gunman va se retrouver dans le camp adverse mais l’amitié triomphera pour une fois de la violence et de la cupidité ; le contremaitre du ranch se retrouve avec un nouveau patron qui est dans le même temps son rival en amour ; l’ex-amante des deux tueurs à gages, la saloon gal Cora, s’avère un personnage encore plus avide et ambitieuse que le bad guy officiel : « Je prends ce que je veux de toutes les manières possibles » ; le rancher va se lier d’amitié avec celui qui lui a gagné sa propriété aux cartes, très tolérant et compréhensif à propos de son ancien "métier" - lui-même ayant dans sa jeunesse écumé les USA au sein de la tristement célèbre Horde Sauvage (The Wild Bunch), il croit à la possibilité pour un homme de changer du tout au tout, à la faculté de rédemption (« il est fonceur mais pas mauvais » dira-t-il à ceux qui le mettent en garde au vu de sa réputation). Encore un détail qui a dû sembler "amusant" à l’époque pour ceux qui allaient voir tous les westerns en salle dans l’ordre de leur sortie : le précédent western Universal, The Redhead From Wyoming, racontait une histoire qui rappelait le fameux conflit sanglant nommé The Johnson County War. Au début du film de Nathan Juran, le personnage joué par Audie Murphy vient juste de quitter ce "champ de bataille" comme si Gunsmoke prenait la suite du film réalisé par Lee Sholem.

Audie Murphy justement qui doit en être à son septième western et dont le jeu s’affirme de film en film. On ne peut certes pas dire que ce soit un grand acteur car il ne possède, loin s’en faut, ni la classe de Randolph Scott ni le charisme d’un John Wayne ou d’un Gary Cooper. Mais cela n’en fait pas pour autant un mauvais comédien. Dans les suppléments d’un western de Harry Keller sorti récemment chez Sidonis (Les Sept chemins du couchant), Bertrand Tavernier fait d’ailleurs une sorte de mea culpa à son sujet ("Il était de bon ton de s'en moquer à une certaine époque mais il était finalement très plausible"). En tout cas, jusqu’à présent et plus encore dans Gunsmoke, Audie Murphy fait preuve d’une belle vitalité et s’avère tout à fait juste et crédible. Il avait même demandé à ce que le look de son personnage soit plus réaliste qu’à l’accoutumée ; on le voit donc pas toujours très bien rasé, ses vêtements loin d’être très propres, son Stetson maculé de sueur et la chemise souvent sortie de son pantalon. D.D. Beauchamp lui a concocté un personnage plutôt intéressant et lui a servi sur un plateau quelques punchlines bien senties ; d’ailleurs les dialogues dans leur ensemble sont excellents, plein de sous-entendus sexuels lorsque Mary Castle ou la superbe Susan Cabot sont en jeu. Rappelez-vous de cette dernière comédienne avec sa chevelure noir ébène, spécialisée en début de décennie dans les rôles d’Indienne (Tomahawk, Au mépris des lois) ; au cours de la séquence où on la voit proposer ses charmes à Audie Murphy, elle s’avère vraiment convaincante. Quand à Mary Castle, la saloon gal qui n’a pas froid aux yeux, elle nous délivre une chanson que vous connaissez sûrement, la même que Marlène Dietrich interprétait dans Destry Rides Again (Femme ou démon) :  See What the Boys in the Back Room Will Have.

Si la mise en scène de Nathan Juran ne fait pas d’éclats particuliers, elle demeure néanmoins fonctionnelle et s’avère même parfois assez efficace notamment lors des scènes d’action (un stampede, des fusillades, la descente vertigineuse d’une montagne par un chariot, la difficile progression du convoi à travers les reliefs tourmentés...). L’image du "duel" entre Audie Murphy et Paul Kelly au tout début du film reste mémorable dans la façon qu’a le personnage du tueur à gages de dégainer son revolver de la main droite tout en tenant son fusil de la main gauche. Gunsmoke propose une histoire qui se tient bien avec le mélange idéal de romance, d’humour (dans les dialogues surtout) et d’action qui se termine par un traditionnel happy end, un bon score de Herman Stein qui décidément semble se complaire dans le genre, ainsi qu’un casting une fois encore parfaitement bien choisi (on retrouve d’ailleurs à chaque fois quasiment les mêmes acteurs) pour au final un honnête divertissement, certes routinier mais sacrément plaisant.

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 26 août 2013