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Critique de film
Le film

Le Trésor des sept collines

(Gold of the Seven Saints)

Partenariat

L'histoire

Les deux trappeurs Jim Rainbolt (Clint Walker) et le jeune Shaun Garrett (Roger Moore) tombent par hasard sur un gisement d’or au Mexique. Les voici repartis pour ramener leur butin de l’autre côté de la frontière ; mais Shaun commet une grossière erreur en payant une monture avec l’une des pépites. Il va sans dire que l'événement va se propager comme une traînée de poudre et attiser les convoitises. Voilà donc nos deux trappeurs poursuivis par la bande de McCracken (Gene Evans) qui souhaite s’accaparer le trésor. Jim, ayant appris la bêtise commise par son associé écervelé, trouve plus prudent de cacher l’or avant de se remettre en route. Et en effet, ils sont vite rejoints par les bandits. Une échauffourée s’ensuit qui aurait pu tourner très mal pour le duo sans l’arrivée inopinée de Doc Gates (Chill Wills), un médecin qui manie le fusil avec une étonnante dextérité. Il fait fuir la bande et soigne la blessure de Shaun. En échange de ses  services, il demande néanmoins à ce qu’on lui reverse une part du butin. Tous trois sont une nouvelle fois stoppés par une bande de caballeros conduite par Amos Gondora (Robert Middleton), vieil ami de Jim, qui les invite à passer quelque temps dans sa hacienda avec comme arrière-pensée de s’emparer de l’or qu’il a cru deviner dans les sacoches. Nos trois nouveaux associés ne sont pas prêts de retraverser la frontière, d’autant que non seulement McCracken revient à la charge mais Tita (Letitia Roman), l’orpheline recueillie par Gondora, fait tourner toutes les têtes...

Analyse et critique

Le Trésor des sept collines est le premier western produit par un grand studio hollywoodien à sortir sur les écrans américains en cette année 1961. On avait déjà constaté que la production de westerns s’était considérablement amoindrie l’année précédente comparativement aux glorieuses années 50, mais la décroissance s’accélèrera encore nettement pour cette nouvelle cuvée qui ne proposera qu’à peine cinq westerns de relative importance. Il faut dire que, dès le début de cette nouvelle décennie, la production de série B s’est quasiment réduite à peau de chagrin, tout du moins concernant le western ; ceci explique évidemment cela, le pourcentage de série B au sein du genre ayant toujours été important. Pour en revenir à la troisième et dernière collaboration entre Gordon Douglas et Clint Walker, elle me conforte dans l’idée que la réputation de ce triptyque est selon moi l’une des plus surfaites concernant le western, à mille lieues de celles qui liaient Anthony Mann et James Stewart ou encore Budd Boetticher et Randolph Scott. Seul Fort Dobbs (Sur la piste des Comanches) m’a semblé globalement très satisfaisant, les deux suivants ayant été de sacrés douches froides surtout au vu des dithyrambes qu'ils ont autrefois suscitées. Il en va d'ailleurs de même pour l'ensemble de son corpus westernien. Si donc le méconnu Face au châtiment (The Doolins of Oklahoma), sa première contribution au western, s’était révélé extrêmement attachant, par la suite, jusqu’en ce début des années 60, Gordon Douglas n’aura pas forcément brillé à l’intérieur du genre. Beaucoup de ses westerns qui ont suivi ne se sont pas avérés bien fameux : se succédèrent un exercice de style un peu froid - Only the Valiant (Fort Invincible) -, un bon divertissement guère mémorable - The Nevadan (L’Homme du Nevada) -, un film très médiocre - The Great Missouri Raid (Les Rebelles du Missouri) -, voire même un remake pénible et complètement raté du Carrefour de la mort (Kiss of Death) de Henry Hathaway, Le Tueur au visage d’ange (The Fiend Who Walked the West). Et puis alors que l’on ne s’y attendait plus, en 1957, avec le méconnu Les Loups dans la vallée (The Big Land), le cinéaste nous offrait à nouveau une belle réussite, un western au charme certain et au ton étonnamment doux.

Si l’excellent Fort Dobbs (Sur la piste des Comanches) qui suivit laissait augurer beaucoup de la deuxième rencontre avec Clint Walker (d'autant plus que le budget était plus conséquent et que le Technicolor remplaçait le noir et blanc), Le Géant du Grand Nord, malgré quelques séquences d’action encore une fois très réussies, nous ennuyait ferme, Burt Kennedy semblant s’être totalement désintéressé de son histoire. Il en va malheureusement de même en ce qui concerne l’ultime collaboration entre le cinéaste et le comédien à l’imposante stature, Le Trésor des sept collines. L’intrigue est très simple : deux hommes ayant trouvé par hasard un gisement d’or, suite à la maladresse du plus jeune qui a dévoilé être en possession d’une fortune, se voient évidemment poursuivis par des bandits peu scrupuleux qui souhaitent s’en emparer. Le début du film se tient plutôt bien, se focalisant presque exclusivement sur la relation entre les deux comparses que l’on voit avancer nonchalamment au sein de paysages grandioses, rien de moins que ceux du Grand Canyon et de Monument Valley - ces derniers ayant bien évidemment été immortalisés par John Ford. L’un, Jim, le plus âgé, est peu loquace mais attire immédiatement la sympathie par sa "coolitude", le fait de ne jamais s’énerver ni s’inquiéter malgré les menaces de plus en plus nombreuses qui pèsent sur eux. C’est Clint Walker qui de par sa stature en impose sacrément, filmé souvent en contre-plongée devant les immenses rochers qui composent cette impressionnante région aride et désertique. Le comédien possède une sacré prestance et son interprétation est en tout point convaincante, manquant cependant du supplément d'âme qu'aurait pu apporter un Jock Mahoney (pour citer un comédien au même style de jeu et de même carrure). Le deuxième, Shaun, est la jeune tête brulée par qui les malheurs arrivent. Pour avoir payé un cheval avec une des pépites de leur butin, il attire évidemment l'attention de tous les brigands des alentours. Écervelé, débonnaire, prétentieux et un peu naïf, ce trappeur est interprété par un tout jeune Roger Moore qui s’avère plutôt amusant malgré - ou à cause - de son accent irlandais que l’on sent un peu forcé. La combinaison des deux comédiens fonctionne assez bien.

Nous avons donc deux complices sympathiques, un troisième se joignant bientôt à eux avec truculence (l'inusable Chill Wills), un "méchant" assez bien campé (Gene Evans) mais que l’on ne voit malheureusement pas beaucoup et au contraire, une fois n’est pas coutume, un Robert Middleton assez agaçant par sa façon de surjouer. Souvent inquiétant et intrigant - il était par exemple magnifique dans Le Shérif (The Proud Ones) de Robert D. Webb -, son grimage en Mexicain et son cabotinage éhonté font du personnage haut en couleurs de Gondora un bad guy bien peu convaincant et surtout pas du tout menaçant. Quant à la prestation de Letitia Roman, elle n’est guère plus concluante alors que Tita est au départ un personnage féminin tout à fait étonnant, qui cependant n'en laisse pas moins un goût d'amertume. On ne sait jamais vraiment ce que les auteurs ont voulu en faire : une fille d'une extrême naïveté ou bien une garce intégrale ? Peut-être un peu des deux pour cette fille "libérée" qui se laisse embrasser et même vendre au gré de l’envie de son tuteur, qui ne s’en offusque pas mais au contraire y prend un plaisir non dissimulé. Leigh Brackett, l’une des scénaristes attitrées de Howard Hawks (Le Grand sommeil, Rio Bravo, El Dorado...), semble elle non plus ne pas savoir sur quel pied danser, et d’un personnage a priori moderne et attachant fait sans le vouloir une femme esclave ; il est peu probable que cela ait été voulu ainsi, d’où un certain malaise qui s'en dégage. La faute en incombe également à la comédienne sans aucun talent. La longue partie centrale qui réunit nos trois comparses dans l'hacienda mexicaine de Gondora est d'ailleurs très pénible, totalement ratée et bien trop étirée, cassant totalement le rythme et la tension qui avaient réussi à s'installer durant la première demi-heure. Une longue parenthèse qui se révèle être un ventre mou d’un bon tiers et qui nous sort complètement de ce western qui n’avait pourtant pas trop mal débuté. La dernière partie nous fera retourner en extérieur au milieu de paysages désertiques, pour un final cynique qui ressemblera beaucoup (en plus léger et moins puissant) à celui du Trésor de la Sierra Madre de John Huston. Une séquence mouvementée, assez bien réalisée et qui, après quelques éclairs de violence très sèche, réduit à néant l’objet de toutes les convoitises. « Tout ça pour ça » durent penser tous les protagonistes de l'intrigue ! Dommage que l’on soit obligés de dire la même chose du film.

Car malgré de bons acteurs (pour les principaux issus essentiellement de la télévision, hormis l'indémodable Chill Wills), une joyeuse amoralité, des dialogues iconoclastes aux répliques parfois assez savoureuses par leur ton décalé, de magnifiques décors extérieurs en Utah, une photographie superbe de Joseph Biroc (même si l'on regrette que de tels paysages n’aient pas été filmés en couleurs) et une mise en scène assez professionnelle, à quelques séquences près nous n’aurons jamais vraiment été captivés par ce qui arrive à tous ces personnages manquant singulièrement d’âme, faute avant tout à un scénario non seulement peu novateur mais également moyennement bien écrit. Alors que le flegme et le décontraction peuvent aboutir à de petits chefs-d’œuvre (je citerai ici le nom de Richard Bartlett, mais Leigh Brackett nous le prouvera elle-même avec Hatari ou encore Le Privé de Robert Altman), ce western d’aventure sur la folie de l’or se révèle un peu mollasson, se suit sans passion, de petites pointes d’ennui s'installant même à plusieurs reprises. Encore un western de Gordon Douglas, pas spécialement mauvais mais relativement décevant !

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 21 mars 2015