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Critique de film
Le film

Le Traître du Far-West

(The Virginian)

Partenariat

L'histoire

Molly Woods (Barbara Britton), fatiguée de sa vie monotone dans le Vermont, quitte son prétendant et part s’émanciper dans l’Ouest pour y devenir institutrice. Elle s’installe dans le Wyoming où elle rencontre "Le Virginien" (Joel McCrea), un cow-boy qui tombe immédiatement amoureux d’elle, et Steve (Sonny Tufts), son meilleur ami. Ce dernier, appâté par le gain et partisan du moindre effort, se rallie à un homme tout de noir vêtu, Trampas (Brian Donlevy), dont le cheptel augmente à une vitesse ahurissante au détriment des autres fermiers et éleveurs ; il s’agit en fait du chef d’un gang de voleurs de bétail qui décime la région. Du travail et des soucis en perspective pour notre loyal "Virginien" qui va devoir dans le même temps séduire la jolie institutrice entêtée et faire cesser les méfaits du gang, quitte à y perdre un ami...

Analyse et critique

Après Judy Garland quittant l'Ohio de peur de s'y ennuyer et pensant trouver dans les contrées lointaines du Far West le paradis de ses rêves (Harvey Girls), c'est au tour de la jolie Barbara Britton d'en faire de même, la routine de l'Est lui pesant fortement. Mais si la première y allait pour se marier et finissait serveuse au sein des Harvey Girls, la seconde a préféré au contraire quitter son prétendant pour aller enseigner dans l'Ouest : c'est une femme battante et moderne qui met en avant l'amour de son métier au détriment de l'amour que lui porte un homme passionnément épris. D'ailleurs, contrairement à ce que pourrait nous laisser penser le titre, Molly Woods tient une place plus importante dans le courant de l'intrigue que Le Virginien interprété sans trop de conviction par Joel McCrea. Ses relations avec les différents protagonistes masculins durant la première demi-heure avaient des airs fort agréables de comédie américaine. Dommage que son personnage ne soit pas mieux écrit, plus développé, et que dans la dernière partie on se doit d'assister, atterrés, à l'acquiescement de Molly à tous les discours qu'on lui sermonne sur la loi du talion et autres idées réactionnaires ! Hormis cela, Barbara Britton se révèle une actrice plutôt agréable et surtout franchement charmante ; je vous laisse juge de son très joli minois !

Si The Virginian est un western qui n'a rien d'exceptionnel, surtout a posteriori, il n'en est pas moins assez plaisant à regarder. En 1946, il a certainement dû apporter du bonheur à un grand nombre de spectateurs car l'histoire n'était alors encore pas trop rabâchée et le Technicolor, encore assez rare malgré tout, brillait ici de tous ses feux avec ses couleurs généreusement tranchées (la scène d’arrivée de la locomotive flambant neuve sur la voie ferrée encombrée par du bétail est de ce point de vue superbe). Parmi les points positifs, on peut aussi signaler une séquence assez émouvante, celle de la pendaison de son meilleur ami par "le Virginien" (l'émotion de McCrea est alors bien convaincante) et un duel final concis mais surtout esthétiquement réussi du fait qu’il se déroule au crépuscule dans des ruelles vides balayées par le vent, le brave Joel McCrea affrontant le "vilain" Brian Donlevy vêtu de noir de la tête aux pieds ; le dernier plan de ce "duel" est superbe. On a cependant connu Brian Donlevy bien mieux servi que par ce bad guy sans relief autres que le charisme et la tenue vestimentaire de l'acteur (il a dû probablement emprunter l'idée de celle-ci au Billy le Kid de Robert Taylor alors que lui tenait le rôle antagoniste de Pat Garrett).

Malgré un spectacle somme toute honnête, on se demande comment cette histoire tirée du roman d'Owen Wister et de la pièce de Kirk Lashelle a pu donner lieu à pas moins de quatre adaptations pour le cinéma en 1914, 1923 et 1929 (cette dernière par Victor Fleming avec Gary Cooper) et à une célèbre série télévisée des années 60 avec James Drury et Doug McClure. A la vision de ce film, on est en droit de se poser la question tellement l’intrigue nous paraît aujourd'hui d’une grande banalité. Et quand on voit le nom des deux scénaristes, Frances Goodrich et Albert Hackett, on en reste bouche bée : même si leur travail n'est pas honteux, nous sommes à des années-lumière de ce que le même duo sera capable de nous offrir les années suivantes, à savoir - entre autres - les enchanteurs La Vie est belle de Frank Capra et Le Pirate de Vincente Minnelli. The Virginian (1902) d’Owen Wister fait pourtant partie des romans posant les bases du genre, aussi bien en littérature qu’au cinéma, puisque dès 1914 Cecil B. DeMille s’en emparait pour en réaliser une première version.

Notons que le film est dirigé avec une mollesse et un manque d’énergie flagrants par un réalisateur qui n’a pas fait une grande carrière. Ses scènes d'action sont totalement anodines et ne sont pas aidées par un montage tout du long assez approximatif (même les champs / contrechamps semblent inharmonieux lors de certaines séquences dialoguées). L'utilisation des transparences n'est pas non plus des plus réussies. Cependant, il faut porter à l'actif du film de très nombreuses séquences tournées en extérieur dans de magnifiques paysages verdoyants bien photographiés. Pas grand-chose à dire de la musique absolument neutre de Daniele Amfitheatrof (qui a pourtant laissé quelques partitions tout à fait honorables à défaut d’être mémorables), de l’interprétation assez moyenne de Joel McCrea (qui ne m'a pas encore franchement convaincu jusqu'ici dans le western) même si, à sa décharge, on ne peut pas dire que les scénaristes aient gâté ce personnage un peu benêt, et de celle pour le moins assez terne de Sonny Tufts.

Alors comme nous le disions au début de cet article, quand par-dessus tout cela le film nous inflige en cours de route une apologie de la justice expéditive et de la fermeté à tout crin (« Il n’y a pas de place ici pour les faibles ») par le biais d’un personnage voulu comme éminemment sympathique, celui de l’honnête et douce pionnière désormais âgée, on devient encore moins indulgent ! Dans une des scènes finales opposant la jeune Molly à son hôtesse, les deux femmes mettent un point d’honneur à savoir laquelle de leur famille respective a été la plus héroïque, l’héroïsme consistant ici à avoir massacré le plus d’Indiens possible et à s’en vanter. (Sic !) Malgré tous ces points négatifs et un ensemble très moyen, ce western m'a fait passer un bon moment, surtout au cours de sa première moitié.

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 18 novembre 2003