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Critique de film
Le film

Le Spectre du chat

(The Shadow of the Cat)

Partenariat

L'histoire

Lors d’une sombre nuit anglaise du début du XXème siècle, un crime parfait est commis. Le veuf va pouvoir toucher un héritage conséquent... Mais Tabitha, le chat de la victime, témoin de l’événement crapuleux, semble avoir compris les machinations des malfaiteurs !

Analyse et critique

On ne présente plus la Hammer. Studio culte, ayant fait émerger d’immenses réalisateurs (Terence Fisher, notamment), initiateur du cinéma fantastique d’après-guerre, ce mastodonte fondé (avec une ambition toute relative) par William Hinds et Enrique Carreras ne finira jamais d’être redécouvert. Son esthétique néo-gothique traverse toutes les époques et permettent, in fine, de mieux comprendre comment les univers de Roger Corman, de Mario Bava, de Jesus Franco, de George A. Romero ou de Tobe Hooper ont pu s’imposer sur les écrans.


En 1961, un double-programme est proposé aux salles obscures : La Nuit du loup-garou (The Curse of the Werewolf) et Le Spectre du chat (The Shadow of the Cat). Si le premier est toujours aussi populaire (un Terence Fisher pur jus, sans Peter Cushing et Christopher Lee, mais avec Oliver Reed et Yvonne Romain), le second est plutôt tombé dans l’oubli. S’il n’est pas formellement estampillé Hammer (la faute à une bisbille avec Universal Pictures), il reste un de ses bébés. John Gilling, qui s’est fait un nom à la fin des années 1950 avec des films aussi divers que The Gamma People (1956), Interpol (1957), The Man Inside (1958) ou L’Impasse aux violences (1960), revient dans la maison-mère (il s’en était séparé pour raisons artistiques) pour ce projet. Scénario étonnant, censé faire d’un chat un monstre, et qui s’inspire totalement d’une nouvelle d’Edgar Allan Poe (The Black Cat, sorti dans la presse en 1843). Plusieurs fois adaptée - Edgar G. Ulmer (The Black Cat, 1934), Roger Corman (Tales of Terror, 1962), Lucio Fulci (Il gatto nero, 1981) ou Dario Argento (Due occhi diabolici, 1990) -, c’est un classique de l’épouvante... pourtant étranger à la Hammer ! Il faut dire que l’esthétique d’Edgar Allan Poe, pré-psychanalytique, fantasmatique, est particulière. Et quand on confie le scénario, à John Gilling, le chat, par exemple, ne doit jamais être montré à l’écran : c’est une ombre, une présence, un spectre. D’où le titre. Le réalisateur ne s’en satisfera pas... et imposera qu’on voit la "bête" à l’écran.


Pour rendre cette figure angoissante, il fera preuve d’une réelle originalité : la caméra filme assez souvent au ras du sol, une lentille déformante permettra à la caméra de proposer le point de vue subjectif du félin. La musique, sautillante, suggérera les déplacements furtifs de l’animal. Mais tout cela reste très artificiel et peu convaincant. Heureusement, John Gilling a su s’entourer d’un casting extraordinaire : André Morell, inoubliable Dr. Watson dans Le Chien des Baskerville (Terence Fisher, 1959), Freda Jackson, spécialiste des rôles de servante hystérique ou de veuve vengeresse, mais qu’on a connue plus inspirée, Richard Warner, second couteau de talent, et Barbara Shelley. Parlons de cette dernière : c’est un de ses premiers rôles pour la Hammer, mais elle est déjà connue dans le milieu du fantastique britannique. Révélée via son interprétation féline dans Cat Girl (Alfred Shaughnessy, 1957 : un remake du classique de Jacques Tourneur), elle est la vedette de deux films à succès : Le Sang du vampire (Henry Cass, 1958) et Le Village des damnés (Wolf Rilla, 1960). C’est donc en terrain conquis qu’elle arrive sur les plateaux des studios Bray, partenaires de la Hammer. Sa performance lui vaudra de mémorables premiers rôles : La Gorgone (Terence Fisher, 1964), c’est elle ! Helen Kent, l’érotique vampire du Dracula, prince des ténèbres (Terence Fisher, 1966) c’est elle ! Ses rôles dans Raspoutine, le moine fou (Don Sharp, 1966) et dans Les Monstres de l’espace (Roy Ward Baker, 1967) sont mémorables. Une carrière fulgurante, intelligente, qui sauve Le Spectre du chat, lui donnant cette touche d’ambivalence et de sensualité qui aurait pu manquer.


Car il faut bien l’avouer : les raisons de classer Le Spectre du chat dans la catégorie des bons films d’épouvante sont assez minces. Décevant, le film de John Gilling l’est à maints égards : ni véritable enquête policière, ni véritable spectacle horrifique, il oscille en permanence entre conflit moral et contre cruel. Techniquement, et dramatiquement, le travail est bien fait : plans serrés ou figuratifs, photographie impeccable, interprétation solide... C’est plutôt au niveau des intentions et du message que l’ensemble peine à se positionner : superficiellement gothique, médiocrement psychologique, hésitant sans cesse entre le fantasmatique et le réalisme, Le Spectre du chat ne nous convainc jamais tout à fait. Lorsqu’on compare avec ce que John Gilling a sorti dans la foulée - à savoir L’Invasion des morts-vivants (The Plague of the Zombies, 1966), La Femme reptile (The Reptile, 1966) et Dans les griffes de la Momie (The Mummy’s Shroud, 1967) -, on ne peut qu’être déçus. Reste la satisfaction d’avoir assisté à une gentille farce, faussement macabre.

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La fiche IMDb du film
Par Florian Bezaud - le 7 mars 2018