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Critique de film
Le film

Le Sorcier du Rio Grande

(Arrowhead)

Partenariat

L'histoire

1878. A Fort Clark, Texas, le chef scout Ed Bannon (Charlton Heston) ne croit pas une seule seconde à la réussite du plan de paix mis en place entre le gouvernement américain et les Indiens Apaches afin que ces derniers soient reconduits en Floride avec calme. Il ne fait pas du tout confiance à la parole des peaux rouges (« tous des sauvages ») et encore moins depuis que la tribu a trouvé un nouveau chef en la personne de Toriano (Jack Palance) qui vient juste de rejoindre son peuple après avoir été faire des études dans l’Est sur les mêmes bancs que les "Blancs". Ed a été élevé par les Indiens aux côtés de Toriano et il est donc d’autant plus à même de savoir que tous les Apaches sont fourbes, violents, diaboliques et mesquins. Le Capitaine Bill North (Brian Keith) préfère ne pas écouter les conseils de méfiance d’Ed d’autant qu’il est déjà en conflit amoureux avec lui, tous deux rivalisant pour les beaux yeux d’une jolie veuve, Lela Wilson (Mary Sinclair). Quand les choses commencent à mal tourner, on fait reporter la faute sur Ed et sa haine injustifiée des Indiens. Jusqu’au jour où il s’avère qu’il avait raison ; le jour qu’a choisi Toriano et ses guerriers sanguinaires pour attaquer le fortin. Suite à cet assaut, une poursuite s’engage. Durant cette expédition punitive contre les Apaches, le capitaine demande à ses hommes d’obéir à son chef scout, à qui il confie le commandement de sa troupe jusqu’à ce que les rebelles soient rattrapés et châtiés.

Analyse et critique

« Apaches don't like horses, Sergeant. They ride 'em until they drop, kill 'em and eat 'em and then steal some more. » Voici l’exemple d’une phrase (parmi tant d’autres équivalentes) sortie de la bouche d’un héros que les auteurs soutiendront jusqu’au bout. Vous l’aurez compris : « courage, fuyons » comme l’aurait dit Yves Robert ! Mais forçons-nous néanmoins à argumenter un peu même si l’envie m'en manque !

Charles Marquis Warren a consacré nombre de ses romans à l’histoire de l’Ouest, privilégiant les faits peu connus, les thèmes originaux, les personnages atypiques. Il fut aussi un scénariste parfois très efficace, écrivant par exemple le script bougrement réjouissant de l’excellent La Mission du Commandant Lex (Springfield Rifle) d’André de Toth. Quand au début des années 50, on lui propose de passer derrière la caméra, il demande des conseils à Budd Boetticher. A priori, à la vue de Arrowhead (son troisième film et troisième western), il n’a pas eu l’air de tenir compte des recommandations prodiguées tellement sa mise en scène reste tout du long d’une immense platitude, sans aucune vigueur ni rigueur, sa direction d’acteurs se révélant tout aussi inefficace. Mais comme si cela ne suffisait pas, son film peut donc se targuer d’être le premier western à ce point haineux et raciste, et somme toute (n’ayons pas peur des mots) nauséabond. Mais que ceux dont la curiosité aurait été attisée ne prennent pas la peine de vérifier puisque, indépendamment de son fond fétide, le film est intempestivement bavard et profondément ennuyeux. Bref, il n’a quasiment rien pour lui, pas même la "puissance" de son discours qui se serait voulu (dirions-nous de nos jours) politiquement incorrect. Ceux qui seraient attirés par des westerns "rebelles" devraient plutôt se tourner vers des films approchants mais d’une toute autre intelligence et envergure tels Major Dundee de Sam Peckinpah ou Fureur Apache (Ulzana’s Raid) de Robert Aldrich.


Un vieux cliché veut que le western soit un genre raciste montrant avant tout les rivalités entre "bons cow-boys" et "méchants Indiens". On a pu constater qu’il n’en était rien, mais les connaisseurs en étaient déjà bien conscients. Ne soyons cependant pas naïfs : que des personnages aussi antipathiques et haineux que celui joué par Charlton Heston aient existé, c’est plus que probable ; que des indiens belliqueux aient vécu, c’est tout aussi évident. Mais que l’auteur (en l’occurrence, Charles Marquis Warren, seul responsable, puisque ayant signé la mise en scène et le scénario de son film) cautionne tout du long le héros xénophobe et arrogant de son film est sacrément déplaisant d’autant que Charlton Heston ne fait rien pour nous le rendre humain, grimaçant presque tout autant que Jack Palance dans le rôle du chef indien fanatique. Entendre sortir de la bouche de ce chef scout (inspiré par le véritable Al Seiber que nous reverrons à plusieurs reprises au sein de futurs westerns, dont de très célèbres), à quasiment chacune de ses phrases, le terme "Apache" d’une manière très péjorative, constater que tous les personnages ayant ne serait-ce qu’un peu de sang indien sont des traitres, entendre traiter les natifs à tout bout de champ de sauvages criminels et dégénérés devient vite assez insupportable.


« There's a dead Apache on my floor. Get it out ! » dira le personnage interprété par Charlton Heston (en crispant des dents pour la centième fois) après que sa maîtresse (Katy Jurado) se soit suicidée devant lui suite à sa trahison (normale, elle est à moitié indienne...) !! Charles Ford dans son histoire du western nous rassure quant à l’écrivain W.R. Burnett : "On pourrait croire que le roman Adobe Walls dont le cinéaste a tiré le sujet est un véritable bréviaire de la haine". "Infâme trahison du roman" confirment Tavernier et Coursodon dans leur 50 ans de cinéma américain. C’est donc seulement son adaptation qui peut être décrite comme raciste et non le matériau initial. Ed est un homme haïssant viscéralement les Indiens et le film va dans son sens puisque le portrait de ces derniers est brossé sans aucune subtilité, chaque Apache se révélant effectivement fourbe et cruel, menteur et roublard, tous empêchant que s’instaure une paix voulue par les hommes blancs. Quant au chef indien Toriano, Jack Palance en fait un exalté guère plus attachant, le jeu de l’acteur manquant tout autant de finesse que celui de Charlton Heston. Les autres comédiens sont quasiment transparents ; à leur décharge, les personnages qu’ils ont eu à interpréter n'avaient rien de très intéressant ni de très motivant à montrer, à commencer par les femmes qui ne servent quasiment à rien d’autre qu’à joliment meubler le décor.


Si l’on excepte quelques beaux cadrages sur des paysages peu montrés à l’écran (un Texas verdoyant, un fortin en pierre, celui-là même où s’étaient déroulés ces évènements), certains intéressants travellings tel celui qui, en un seul plan-séquence, balaie un massacre de soldats pour se terminer sur le visage inquiétant de Jack Palance, et une belle idée esthétique, celle (totalement improbable dans la réalité, et pour cause) des traits de peinture blanche sur le visage des Indiens qui se détachent ainsi dans la nuit, la mise en scène est dans l'ensemble extrêmement routinière et très peu inventive, sans rythme ni robustesse. On peut s’en rendre compte au travers du combat final qui oppose les frères ennemis ; la séquence aurait dû être le climax du film mais se révèle d’une totale inefficacité. N’éprouvant aucune empathie pour des personnages parmi les plus antipathiques jamais vus dans un western, il aurait été de toute manière difficile de se passionner pour un tel face-à-face. Si seulement le script avait été palpitant et la mise en scène vigoureuse, nous aurions pu faire fi du fond écœurant durant quelques minutes pour se concentrer sur la forme. Mais vu que ce n’est guère plus convainquant de ce côté-là, difficile de trouver des arguments en sa faveur. Mais arrêtons-nous en là et n’accordons pas plus d’importance à ce western produit par le médiocre et xénophobe Nat Holt (sa filmographie aligne les mauvais films, au moins pour ceux que j’ai pu voir) qui ne mérite finalement que de tomber dans l’oubli.

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 26 septembre 2015