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Critique de film
Le film

Le Roi

Partenariat

L'histoire

Le roi Jean IV de Cerdagne est en visite officielle en France. Le député Bourdier lui offre involontairement un séjour inoubliable. En effet, sa femme et sa maîtresse se chargent de recevoir le souverain et se donnent "corps et âme" à cette tâche.

Analyse et critique

Plus adaptateur que réalisateur, plus enfant sage qu’enfant terrible, Marc-Gilbert Sauvajon a plus marqué le théâtre que le cinéma. Pourtant, ses longs métrages sont léchés : Bal Cupidon (1949), Mon ami Sainfoin (1949), Tapage nocturne (1951)... Scénariste, dialoguiste, metteur en scène, auteur, adaptateur : un parcours un poil chaotique, mais un parcours d’homme de lettres. Il est assez étrange d’observer qu’un chanteur aussi célèbre (à l’époque) que Maurice Chevalier lui ait fait l’honneur d’un premier rôle. Expérience rééditée quatre ans plus tard, avec Ma pomme (1950), toujours sur le mode de l’innocente comédie musicale.


Reprenant les codes du boulevard, gentiment méchant, Le Roi a bénéficié des financements de Spéva Films, étrange société de production, capable du meilleur (Les Maudits, Le Dossier noir, Le Journal d’une femme de chambre...) comme du pire (Le Désert de Pigalle, pour ne citer que lui).  L’histoire, qui est une adaptation d’une pièce de théâtre datant de 1908, véritable satire sociale bon teint, entremêle des personnages hauts en couleur comme Beaudier (député ministrable, collectiviste millionnaire) et Blond (pseudo-Sherlock Holmes, persuadé d’être un as du déguisement, chef des services secrets du royaume à ses heures). Le politicard socialiste s’octroie une pouliche, afin d’être en vue à la Chambre, les coquines embrassent les coquins dans les boudoirs, la police fait du zèle... Mille quiproquos ponctuent l’intrigue, mille jeux de mots amusent le public. Parlons-en du public : nous sommes en pleine représentation : plans fixes, effets de manche, saynètes bien articulées, sautillées. Ça n’a rien d’une œuvre, mais ça a tout d’un chouette exercice. Même les clairières semblent tout juste arrosées !


Aussi, que dire des parties chantées ? Par incidence : que dire de Maurice Chevalier ? Débitant des mièvreries tout juste bonnes à être imprimées sur du papier rose, Momo paraît toujours à côté de ses pompes. Ce n’est pourtant pas faute d’y mettre du sien : l’accent « cerdagnien » lui va à ravir. On l’oublie souvent, Maurice Chevalier, en plus d’avoir été un chanteur ayant marqué son époque, a énormément tourné. Plus Hollywoodien que Français, dans cet art du moins, ce qui explique peut-être son air emprunté et ennuyé. Il fait le minimum, assure l’essentiel. En un mot : il passe les plats. De quoi mettre un valeur une brochette d’excellents acteurs : Annie Ducaux, entrée quelques années plus tôt à la Comédie Française, qu’on pourra voir dans La Princesse de Clèves (Jean Delannoy, 1961) ou dans Les Grandes familles (Denys de La Patellière, 1958), des longs métrages d’un tout autre niveau, Sophie Desmarets, craquante en môme obligée de faire des révérences, et qui oublie ses hommages en rigolant, confuse. Alfred Adam, aussi, succulent faux bourgeois, truculent faux prolo, et qui ne rate aucune de ses scènes : on en redemande !


Que dire de plus ? Pas grand-chose. Tout tient la route, mais rien n’est digne d’intérêt. On savoure, on sourit, on fredonne... et puis plus rien. Un sentiment d’étrangeté, typique de cette manière de faire un film. Rien n’est personnel, tout est auditoire. C’est donc attachant. Forcément, un happy-end, une légère émotion. Un semblant d’anarchisme. On s’est payé la France pendant une heure quarante. Le peuple n’existe pas. Les dominants sont ridicules. Les dominés applaudissent... au générique. Tout le monde rentre chez soi.

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La fiche IMDb du film
Par Florian Bezaud - le 12 mars 2018