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Critique de film
Le film

Le Retour du proscrit

(The Shepherd of the Hills)

Partenariat

L'histoire

Dans les Ozarks, la famille Matthews arrive à survivre grâce à la fabrication clandestine d’alcool. Les autorités ne le voient pas de cet œil-là et tentent de les coincer, ce qui conduit parfois à des morts. Justement aujourd’hui, la jeune Sammy Lane voit son père se prendre une balle alors qu’il faisait le guet pour les Matthews. Lorsque le jeune Matt Matthews, dont elle est secrètement éprise, vient à passer, elle passe sa colère sur lui, lui reprochant ainsi qu’à sa famille de moonshiners de provoquer les violences qui ont lieu dans la région à cause de leurs activités illicites... Depuis de nombreuses années, Matt attend le retour de son père, à qui il reproche de l'avoir abandonné bébé ainsi que sa mère alors que cette dernière était mourante. Il n’a qu’un seule idée en tête lorsqu’ils se retrouveront face à face : le tuer pour la venger, d’autant que cet homme est en plus accusé de tous les maux et de toutes les rancœurs qui se sont abattus dans la région entre les différentes familles suite à son départ. Arrive alors Daniel Howitt, un vieil homme calme qui souhaite s’installer au sein de leur communauté, et pour cela décide d’acheter la terre maudite aux Matthews. Ceux-ci acceptent sans broncher même si par ailleurs ils voient son "intrusion" d'un mauvais œil. Matt ne supporte pas non plus qu’un étranger (aussi bon soit-il) soit venu s’installer sur la propriété où repose sa mère...

Analyse et critique

Comme dans Trail of Lonesome Pine, avec qui il forme une sorte de diptyque sur la vie des montagnards dans les monts Ozarks, Henry Hathaway nous propose à nouveau une tragédie familiale rurale au sein d’une communauté superstitieuse aux rancunes et aux haines tenaces. Mais alors que le premier film se déroulait à l’époque du tournage, Le Retour du proscrit semble prendre place au XIXème siècle ; le seul élément pouvant nous le faire deviner est la séquence au cours de laquelle un commerçant refuse un billet parce qu'il s'aperçoit qu'il provient des Confédérés. Autrement, les deux westerns possèdent de très nombreux points communs : un tournage en décors naturels, un Technicolor somptueux, des paysages montagneux superbement mis en valeur, un ton grave et mélodramatique assez accentué... Seulement, le scénario de La Fille du bois maudit était plus mouvementé et plus riche, de même que moins bavard et sentencieux et un peu moins pesant. Il n’en reste pas moins que, même s’il reste relativement peu connu, ce premier film avec John Wayne en couleurs et pour un studio de prestige se révèle assez réussi, notamment grâce à son aspect plastique absolument splendide. Hathaway se révèle à nouveau un très grands paysagiste, les directeurs photos W. Howard Greene et Charles Lang Jr. accomplissant quant à eux des miracles aussi bien en studio qu'en extérieurs. Ces derniers, splendides ont été tournés en Californie.

Et si John Wayne nous octroie une performance digne d'intérêt, ce sont Harry Carey et la jeune Betty Field qui emportent vraiment le morceau. Le premier, en mystérieux "père prodigue" (dont le spectateur comprendra très vite la véritable identité grâce à de multiples et touchants détails distillés avec parcimonie par Hathaway), interprète son rôle avec une grande sobriété, conférant à son personnage une prodigieuse noblesse. Il s’agit du "bon berger" des collines du titre original (titre à résonance biblique pour un film qui s’apparente d’ailleurs à une parabole, Hathaway filmant souvent en contre-plongée pour donner une aura à certains personnages). Mais la comédienne la plus mémorable est la jeune Betty Field dans la peau de Sally, "une jeune fille aux pieds nus" vive et touchante, pure et intelligente, qui va faire en sorte avec Danny que la communauté des montagnes retrouve la paix et la sérénité. On trouve une belle brochette de seconds rôles à leurs côtés, avec entre autres Marjorie Main dans le rôle de la tante aveugle qui recouvrira la vue, Marc Lawrence (spécialiste par la suite des rôles de gangsters) dans celui d’un demeuré devenu muet et qui est au centre de l’image la plus inoubliable du film (celle où on le voit jouer avec la poussière qui vole à travers les rayons du soleil tombant d’une fenêtre), Beulah Bondi dans la peau du personnage le plus ingrat de l’intrigue, celui de la tante devenue acariâtre et méchante, mais encore Ward Bond, John Qualen, Charles Middleton...

Dommage que certaines séquences s’éternisent plus que de coutume, que d’autres s’avèrent trop bavardes, que les dialogues et les situations soient parfois trop grandiloquents, que la morale soit pontifiante (l’auteur de l’histoire était un pasteur et il nous dit naïvement que les querelles peuvent prendre fin grâce à la gentillesse et au dévouement), car autrement nous nous trouvons devant une description inhabituelle et intéressante de la vie quotidienne de familles aux pulsions et aux idées parfois primaires, aux superstitions bien ancrées, aux haines tenaces, qui parviennent pourtant in fine à trouver un terrain d’entente après que plusieurs drames se sont déroulés, et grâce à la gentillesse d’une adolescente et l’arrivée dans la vallée d’un bienfaiteur voulant réparer ce qu’il a détruit malgré lui. Difficile d’oublier certaines images comme celle de Beulah Bondi traçant un cercle de feu autour de son fils décédé, l'incendie de la maison, Marjorie Main retrouvant la vue et comprenant d’un coup tous les secrets qui polluaient la bonne entente des uns et des autres, le visage en larmes bouleversant de Betty Field (qui sait qu’elle ne pourra jamais aimer un meurtrier), la partie de pêche réunissant John Wayne et Harry Carey, le long plan fixe voyant John Wayne arriver du fond de l’écran pour accomplir la vengeance qu’il avait en tête depuis environ vingt ans et le "duel" qui s’ensuit au milieu de la prairie. Le roman de Harold Bell Wright avait déjà été adapté au cinéma par deux fois au temps du muet ; il est dommage que l'adaptation de Hathaway reste toujours aujourd’hui aussi peu montrée, d’autant qu’esthétiquement il s’agit d’une pure merveille. Les amateurs d’action et d’émotions fortes seront certainement déçus, mais les amateurs de mélos et de sombres histoires familiales (avec happy end à la clé) devraient tenter le coup.

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 28 juin 2010