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Critique de film
Le film

Le Rayon invisible

(The Invisible Ray)

Partenariat

L'histoire

Le docteur Rukh a réussi à retrouver une météorite tombée il y a 225 millions d'années. Il en sera contaminé, mais possédera le Radium X qui peut détruire ou guérir. Pouvant tuer au simple toucher, Rukh s’enfuit. Sa jeune épouse et ses collègues le laisseront tomber, mais la vengeance du savant, qui brille maintenant dans le noir, sera terrible...

Analyse et critique

L’année 1935 fut riche en productions d’excellente qualité pour le genre fantastique. Il y eut The Raven et surtout The Bride of Frankenstein pour la Universal (en dehors du relatif échec commercial de Werewolf of London), puis Mark of the Vampire et Mad Love pour la MGM, ou encore The Black Room pour la Columbia... La guerre des studios sur ce terrain fait rage, même si la Universal entend bien garder l'avantage en multipliant ses sorties. Mais la production est si forte, si concentrée, et si excellente de manière générale que l’année 1936 fait bien vite redescendre le rythme. Les films en préparation diminuent en nombre et en qualité. L’exploitation générale du genre tend à s’essouffler et surtout l’effet de surprise auprès du public commence à s’éroder. Le fantastique au cinéma devient ainsi victime de sa propre renommée. Trop de véritables classiques instantanés et de réussites majeures ont vu le jour en cinq ans, et il devient difficile de tourner de nouveaux projets sans trop se répéter. La Universal se retrouve bientôt à nouveau détentrice de la grande majorité des productions d’épouvante d’alors et commence à recycler les formules du passé qui ont pu crever l'écran. Plus marginaux sont les films aux histoires originales qui se raréfient ou deviennent bien souvent des projets de série B. Le genre se sclérose puis va faire une "pause" à partir de la seconde moitié de l’année 1936, pour ensuite reprendre de plus belle dès 1939, année à partir de laquelle les suites vont commencer à affluer en grand nombre.

Ainsi, The Invisible Ray est l’un des derniers films importants de la firme dans sa première période fantastique. Et il ne s’agit là ni d’une suite ni d'une variation sur un mythe déjà existant au cinéma. Une nouvelle fois, Bela Lugosi et Boris Karloff tournent ensemble, ce dernier ayant ici le rôle principal. Interprétant un scientifique bafoué, il veut une nouvelle fois se venger en semant la mort autour de lui. Le postulat n’a rien de très original mais il apparaît constamment bien mené et, tout en préfigurant le style inventif des séries B qui apparaitront par la suite, les idées de scénario fusent régulièrement : les statues fondues après chaque meurtre, la découverte du coupable figé dans les yeux du cadavre, la réunion finale de membres de la communauté scientifique instaurant un climax d’une efficacité redoutable... Jouissant d’une durée un peu plus longue que de coutume, l’œuvre prend ainsi le temps de situer l’action, de créer une atmosphère qui change du tout au tout pendant son déroulement, allant du château dans les montagnes à la vie citadine, en passant par une région d’Afrique pour le moins exotique. S’il semble assez longuet dans certaines de ses séquences, le film est amplement rattrapé par un ensemble technique impeccable et un duo de stars qui, en bons leaders du casting, donnent une interprétation fine et mesurée.

En raison de son statut de valeur sûre au regard des studios, Boris Karloff détient le premier rôle, et de loin, son temps d’apparition à l’écran étant environ trois fois supérieur à celui de Lugosi qui, pour sa part, rencontre de plus en plus de difficultés à maintenir sa popularité. Dans ce long métrage, Karloff joue un savant passionné, au fond indiscutablement gentil, fiancé à une ravissante jeune femme, et déterminé par l’obsession de retrouver une météorite aux pouvoirs curatifs universels. Faisant fi de la célébrité, se fichant de l’argent, Karloff travaille pour l’humanité, et cela rend son personnage doucement naïf et terriblement attachant, ce qui appuiera plus encore la sensation de gâchis lorsqu’il partira en quête de vengeance à cause d’un malentendu malheureux. L’acteur est ici très touchant, parfois cruel, souvent juste, et sa mort finale n’en est que plus emblématique et plus belle. Bela Lugosi, pour sa part, incarne un véritable second rôle : un scientifique droit et bon, parfois sympathique, souvent intelligent et courageux. Que l’on ne s’attende pas au très beau sur-jeu complet auquel nous a habitué l’acteur hongrois, car ici il n’en n’est rien. Lugosi joue d’une façon très sobre, ce qui n’est pas pour déplaire, tant son charisme ressort encore davantage et tant son calme olympien en fait un personnage droit et digne de respect. Il est toutefois dommage qu’un personnage aussi agréable à suivre que celui-ci n’ait pas bénéficié d’une place plus importante dans la narration, et sa mort prématurée laisse un léger arrière-goût d’insatisfaction. Bien sûr, comme toujours, le fameux duo ne laisse que peu de place aux autres acteurs. Le jeune Frank Lawton est toutefois sympathique, Beulah Bondi se voit allouée quelques bonnes répliques, et Walter Kingsford joue les utilités. Enfin, remarquons la présence de la belle Frances Drake, malheureusement moins bien dirigée ici qu’auparavant, dans Mad Love. Techniquement, le film est sans faille. La mise en scène n’a rien de sensationnelle, mais est exécutée par le solide artisan Lambert Hillyer qui réussit à rythmer le film sans difficulté. Les vingt premières minutes, distillant décors gothiques, atmosphère lugubre, effets spéciaux révolutionnaires et charme fou, sont incontestablement les plus maîtrisées, et entretiennent une solide ambiance de mystère. Le rassemblement de savants, dans un cadre intime dominé par les étoiles scintillantes perçues à l’aide de l’observatoire de Karloff, possède une magie considérable. Quant à la photographie, qui s'adapte aux diverses tonalités du film, elle confère à l’ensemble un caractère à la fois fantastique et policier, permettant à cette synthèse de perdurer dans la sobriété, visiblement le mot d’ordre du début jusqu’à la fin.

The Invisible Ray n’est certes pas l’une des plus grandes réussites de la Universal dans le domaine de l’épouvante, mais reste une très bonne surprise, confrontant une nouvelle fois les deux monstres sacrés que sont Boris Karloff et Bela Lugosi, réservant quelques effets spéciaux inédits pour l’époque, et offrant une histoire assez sobre et relativement intéressante. Un très bon film, et l’un des derniers segments d’une première période de films d’épouvante sur le déclin.

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Julien Léonard - le 25 février 2009