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Critique de film
Le film

Le Puits et le pendule

(The Pit and the Pendulum)

Partenariat

L'histoire

Espagne, 1492. L’Inquisition a instauré un sanglant règne de terreur : tortures et meurtres sont la règle. Impressionnable et mystique, Maria, boulangère, est accusée de sorcellerie. Elle comparaît nue devant le grand Inquisiteur Torquemada. Subjugué par sa beauté, Maria devient le jouet de ses tortures sadiques.

Analyse et critique


Bien des nouvelles d’Edgar Allan Poe ont été adaptées au cinéma (ou à la télévision). Il faut dire que ses nouvelles comportent leur lot d’images et de séquences marquantes. Roger Corman, pour les plus connus : La Chute de la Maison Usher (1960), L’Enterré vivant (1962), LEempire de la terreur (1962), Le Corbeau (1963), La Malédiction d’Arkham (1963), Le Masque de la mort rouge (1964), La Tombe de Ligeia (1964). D’autres films, plus confidentiels, comme ceux de D.W. Griffith, de Jean Epstein, de Robert Florey, de George Higham, de Peter Bradley et de Gordon Hessler... Le Puits et le pendule occupe une place particulière dans cet ensemble puisque cette histoire, parue en 1842, est a priori difficilement transposable : narration elliptique, psychologisation, monologues intérieurs et déstructuration de la contextualisation...


Pourtant, un nombre assez important de films sont partis de ce matériau pour en faire des films à succès : des premiers essais en 1909 (Henri Desfontaines) et 1913 (Alice-Guy Blaché) ; le classique La Chambre des tortures (Roger Corman, 1961), avec Vincent Price et Barbara Steele, qui s’éloigne déjà de l’histoire originale ; une adaptation télévisée française (Alexandre Astruc, 1964) ; et, plus récemment, le médiocrissime Edgar Allan Poe's The Pit and the Pendulum (2009) signé David DeCoteau. Des qualités inégales, donc, mais une même volonté de développer l’univers de l’Inquisition, représenté par le grand Inquisiteur Torquemada. Stuart Gordon, grand admirateur de Poe, s’est donc lui aussi engagé à mettre en scène ce classique de la littérature fantastique. Devenu célèbre grâce aux mythiques Re-Animator (1985), From Beyond (1986) et Les Poupées (1987), il n’a aucun mal à réunir plus de 6 millions de dollars pour son projet. Malheureusement, les studios de production avec lesquels il s’était engagé coulent. Il se tourne alors vers les frères Brand et parvient, malgré un budget à la baisse, à commencer le tournage.


Le film débute par une contextualisation très "années 1990" : date et lieu de l’action. Ici, en l’occurrence : « Espagne - 1492 ». Nous assistons à l’excavation du dénommé Don Alfonso d’Alba Molina, condamné pour hérésie à recevoir vingt coups de fouets. Une première scène de torture... sur un squelette ! Stuart Gordon sait nous surprendre. Nous sommes donc au tout début du Siècle d’or espagnol, mais également au tout début de la Sainte Inquisition. Le contexte historique et sociologique ne sera pas plus explicité que cela : le peuple est braillard et agité, les soldats bornés et agressifs, l’Église toute-puissante. Au niveau des personnages principaux, là encore, nous avons un panel tout ce qu’il y a de plus convenu : le grand Inquisiteur, tout d’abord, joué par Lance Henriksen, rendu célèbre par ses rôles dans la saga Alien. Un couple de boulanger, aussi : Rona de Ricci et Jonathan Fuller, illustres inconnus, qui ne s’en sortent pas si mal, malgré un jeu ultra-convenu. Au rayon des seconds rôles, notons la présence d’Oliver Reed, en cardinal alcoolique, et de Mark Margolis, apparu récemment dans la série Breaking Bad. Quel équipage !


Lorsque la naïve Maria entre dans la prison ecclésiastique de Tolède, nous avons le droit à une exposition sommaire des tortures : écartèlement, Vierge de fer, supplice de l’eau, supplice du feu... Une étape obligée, dans ce (sous-) genre de films, de même que les scènes de nu. De mise à nu même, au sens littéral du terme : on l’oublie trop souvent, la recherche de preuves de possession sur les corps des prétendues sorcières se faisait au vu de tous, avec lunettes et palpations. L’occasion pour Stuart Gordon d’en rajouter dans le graveleux. Heureusement, ce dernier s’est documenté : il a lu les écrits de Tomas de Torquemada, qui décrivent par le menu l’ensemble des possibilités laissées aux tortionnaires pour extorquer des aveux à leurs victimes. Il ne sombre donc pas dans le torture porn, bien qu’il se laisse aller quelquefois à d’inutiles violences. Il faut bien un minimum de gore et de déviance pour vendre des VHS... Mais l’essentiel est là : le personnel judiciaire relève plus du gang que de l’Ordre, le grand méchant reste l’Inquisiteur, la Pureté triomphe, le Bien libère les accusés à tort. Amen.


Au delà de l’intrigue, qui n’a que peu d’intérêt, intéressons-nous plutôt à tout ce qui fait le film. Les scènes d’action, par exemple, qui ont le mérite de rythmer une mise en scène relativement lente. Elles restent très classiques, à la limite du cape et d’épée... l’inventivité des cascades en moins. Le panel de tortures, aussi : nous venons de le voir, elles ne sombrent pas dans l’horrible (si tant est qu’on soit rompu à l’horreur). Coups de fouet, bien entendu, mais aussi strangulations, cilices, langue coupée... et explosion de sorcière (la scène la plus drôle, évidemment) ! Mais tout cela est bien maigre par rapport aux nombreuses séquences totalement hystériques, qui se résument à un duel de sentiments et de piété entre Maria et Torquemada : pleurs, cris, gifles, accusations, admonestations, courses, tentatives de viol, tentatives de meurtre... Tout cela est bien ronflant et oblige à baisser le son. Ni plus, ni moins. Sans compter que c’est seulement vers la fin que la célèbre torture du pendule nous est proposée : un climax qui n’en a que le nom, et qui est expédié en trois minutes. La conclusion est assez mauvaise : Maria, qui vient de se faire couper la langue, devient sainte, communique par la pensée, terrasse Torquemada et ouvre les geôles. Plus de peur que de mal, finalement.


Soyons honnêtes : sans ses deux ou trois scènes de torture, le film ne vaudrait pas grand-chose. Nous sommes vraiment dans la (médiocre) série B et il est assez étrange de voir à quel point Stuart Gordon mise tout sur une veine d’exploitation largement dépassée. Un film qui aurait pu sortir dans les années 1970, mais avec les moyens des années 1990. Un jeu d’acteurs souvent excessif, caricatural, et qui dessert l’ensemble, alors que le tout aurait pu être de bonne facture. Stuart Gordon ne nous avait pas habitué à de telles facilités, malgré le fait qu’il soit toujours plaisant de voir, réunis dans un même film, des éléments aussi disparates qu’une boulangère nue, un squelette pilé, un Inquisiteur masochiste et une bande d’hommes d’Église sadiques. Manque un bossu pervers !

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La fiche IMDb du film
Par Florian Bezaud - le 5 décembre 2017