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Critique de film
Le film

Le Pistolero de la rivière rouge

(The Last Challenge)

L'histoire

1877. Après dix ans d’emprisonnement, le pistolero Dan Blaine (Glenn Ford) est devenu shérif de Suwora. Il s’est retiré dans cette petite bourgade pour faire oublier sa réputation de gunfighter et y trouver la paix. Néanmoins, de fines gâchettes viennent sans arrêt le défier, espérant devenir à leur tour les tireurs les plus rapides du territoire ; c’est le cas de Lot McGuire (Chad Everrett) qui a l’intention de se mesurer à cette légende qu’il rencontre sans connaitre son identité lors d’une partie de pêche. Blaine se prend d’amitié pour McGuire en qui il reconnait sa propre jeunesse tumultueuse. Le jeune homme, en apprenant le nom de son "hôte" est un peu déçu et, malgré l'estime qu'il lui porte, décide de rester en ville avec l’intention d’en arriver jusqu’au duel. Lisa Denton (Angie Dickinson), la tenancière du saloon et petite amie de Blaine, a dans l'idée de payer un sale type (Jack Elam) pour assassiner McGuire afin que le shérif de son cœur ne soit pas mis en danger...

Analyse et critique

The Last Challenge est un titre assez approprié concernant le réalisateur Richard Thorpe ; en effet, ce western sera son baroud d'honneur, mettant un terme à une prolifique filmographie de quelques 150 films. Homme à tout faire de la prestigieuse MGM, le cinéaste est assez peu apprécié en France et pourtant il se pourrait fort bien qu’il ait eu le privilège de cumuler le plus grand nombre de diffusions de ses films à la télévision publique française dans les années 70/90 - et ce, sur l’unique France 3 - grâce à son seul et unique fan, Patrick Brion. Les quarantenaires et cinquantenaires leur sont gré à tous les deux de leur avoir fait passer des après-midi ou des soirées inoubliables, enfants ou adolescents qu'ils étaient, avec Tarzan s’évade, La Force des ténèbres, Trois petits mots, Le Rock du bagne (Jailhouse Rock), La Maison des 7 faucons mais surtout grâce à ses films d’aventures médiévaux que sont les célèbres Ivanhoé, Le Prisonnier de Zenda, Les Chevaliers de la Table Ronde ou Quentin Durward. Presque aucun de ces titres ne mérite de passer à la postérité et pourtant ils ont pour la grande majorité d'entre eux la particularité d’être faits avec un certain professionnalisme. Des westerns, Thorpe commença à en tourner à la pelle dès 1926, œuvrant surtout dans le serial et les films de série sans importance, avant de réaliser l’un des premiers westerns psychologiques, le très bon La Vallée de la vengeance (Vengeance Valley) avec un jeune Burt Lancaster. Depuis cette année 1951, il n'était plus jamais revenu au genre avant son ultime film, celui qui nous concerne donc ici.

Le mythe du pistolero "retiré des affaires" et qui aurait souhaité refaire sa vie en toute quiétude face à une jeune tête brûlée qui rêve de se confronter à lui pour savoir qui est le plus rapide des deux : on a auparavant déjà vu cette situation westernienne des dizaines de fois, que ce soit au cinéma ou à la télévision... et souvent bien mieux ici et là. Alors certes, le western de Richard Thorpe n’est pas désagréable à regarder mais il est non seulement totalement anachronique en cette année 1967 mais de plus il manque singulièrement de surprises, de rythme, de profondeur et d’originalité. Il faut dire que les deux scénaristes novices - qui ne feront d’ailleurs rien d’autre dans le domaine de la fiction - ne s’avèrent pas spécialement doués pour l'exercice ; non seulement leur intrigue est languissante et guère captivante mais surtout leurs personnages ne sont pas franchement développés, d'où un certain manque d'empathie du spectateur à leur égard malgré leur sympathie. Mais ce qui démontre le mieux le manque de rigueur dans l’écriture et la raideur du scénario est que la petite communauté décrite ici semble totalement manquer de vie faute à des seconds rôles totalement sacrifiés, des véritables pantins. Il reste cependant de belles choses à se mettre sous la dent car l’ensemble n’est pas déshonorant pour autant. Les amateurs d’action seront un peu en manque même si les duels sont bien filmés, tout comme la séquence au cours de laquelle Jack Elam tente de piéger et tuer Chad Everett au sein des rochers de Lone Pine. On passera en revanche sous silence l’une des descriptions des Indiens les plus déplaisantes de l’histoire du western, Royal Dano ayant dû bien regretter d’en interpréter le chef le temps d’une séquence non seulement ridicule mais grandement embarrassante.

Si le casting pouvait nous sembler alléchant, on déchante également un peu vite de ce point de vue. Si Glenn Ford fut l’un des comédiens les plus à l'aise dans le genre et l'un des plus passionnants des années 50 - il tenait d’ailleurs un rôle similaire dans La Première balle tue de Russell Rouse -, il paraissait bien moins convaincant dans la seconde moitié des années 60 - après sa superbe collaboration avec Vincente Minnelli -, comme s’il ne trouvait plus de plaisir à trouver une motivation ou en l’occurrence à endosser les tenues de l’Ouest. Il était déjà totalement amorphe cette même année 1967 dans le minable La Poursuite des Tuniques Bleues (A Time for Killing) de Phil Karlson ; ayant fait tomber l’uniforme militaire, il possède un peu plus de charisme dans la peau de ce pistolero sans que sa prestation ne marque les esprits pour autant. Chad Everett - qui par son accoutrement semble avoir apprécié Robert Taylor dans Billy le Kid - parvient à rendre son jeune prestige de la gâchette plutôt attachant sans non plus faire d'étincelles. Le face-à-face entre les deux hommes n’est pas inintéressant pour autant avec quelques notations psychologiques bienvenues. Seul le personnage de la propriétaire du saloon est un tant soit peu fouillé ; un joli rôle tenu par Angie Dickinson qui non seulement tire mieux son épingle du jeu que ses partenaires mais qui également aura rarement été aussi belle que dans ce western. Pour le reste, comme je l’ai déjà dit, aucun second rôle n’arrive à retenir notre attention, pas même Jack Elam très souvent mieux utilisé qu’ici. Faute n’en revient pas forcément aux comédiens mais aux scénaristes et à une direction d’acteurs aussi mollassonne que la mise en scène. Reste néanmoins aussi quelques très beaux paysages et de majestueux plans d'ensemble souvent très bien cadrés et photographiés en Cinémascope par Ellsworth Fredericks.

Décidément, le superbe La Cible humaine (The Gunfighter) de Henry King peut définitivement être considéré comme le plus inoubliable de tous les westerns ayant abordé la thématique du pistolero vieillissant et fatigué. Il domine tous les autres de vraiment très haut ! Le film de Richard Thorpe n’est pas honteux et se laisse regarder sans trop d’ennui mais tout se révélant être un western routinier et plutôt fade, dénué de toute personnalité et manquant singulièrement d’âme et de saveur.

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 1 juillet 2017