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Critique de film
Le film

Le Massacre des Sioux

(The Great Sioux Massacre)

L'histoire

Après la bataille sanglante qui s'est déroulée à Little Big Horn, deux officiers de l’US Army, le Major Reno (Joseph Cotten) et le Capitaine Benton (Darren McGavin), passent tous deux devant la cour martiale de Washington pour tenter d’expliquer la raison de cette défaite du 7ème de Cavalerie commandé par le Général Georges Armstrong Custer (Philip Carey). C’est Benton qui va se charger de raconter tout ce qui a précédé ce tragique combat, ses relations tendues avec Reno dont il était amoureux de la fille (Julie Sommars), le changement total qui s’est opéré chez Custer - qui se battait au départ contre le gouvernement à propos des mauvais traitements infligés aux Indiens - après que de vils politiciens lui ont fait miroiter la présidence de la République à condition de remporter de glorieuses victoires sur les champs de batailles...

Analyse et critique

Passer derrière le splendide They Died With Their Boots On (La Charge fantastique) de Raoul Walsh pour évoquer le personnage très controversé de George Armstrong Custer et la tristement célèbre bataille de Little Big Horn n’était déjà pas gagné d'avance mais, avec l’aide d’un auteur talentueux et d’un réalisateur efficace, cela aurait très bien pu aboutir à un film intéressant d’autant qu’il était encore plus facile en 1965 qu’en 1941 de défaire les légendes, surtout depuis que le western était entré dans son époque "contemporaine" avec l’arrivée de personnalités comme Sam Peckinpah ou Sergio Leone. Ce n’est malheureusement pas le cas ici car le réalisateur Sidney Salkow et le scénariste Marvin A. Gluck rivalisent d’incompétence, entrainant même dans leur sillage les comédiens parmi lesquels seul Philip Carey arrive à se sortir avec les honneurs. Les amateurs de Joseph Cotten devraient d’ailleurs s’abstenir de voir ce western, l’alcoolisme dont il était victime le rendant ici mauvais comme cochon. Concernant le jeu d’acteurs pitoyable, il en va de même pour Darren McGavin, Julie Sommars et quelques seconds rôles sans que cela ne nous attriste pour autant, moins attachés que nous sommes à leurs carrières. Salkow fut un réalisateur prolifique, sa filmographie ne comptant pas moins d’une cinquantaine de films dont l’intéressant Sitting Bull qui, malgré de nombreuses maladresses, se rattrapait grâce à sa sincérité et à l’humanisme de son propos. Des qualités qui ne fonctionnent même pas dans Le Massacre des Sioux faute à un trop grand nombre d’approximations, à de grossières erreurs historiques ainsi qu’à des évolutions de personnages déconcertantes de brusquerie et du coup évidemment pas du tout crédibles.

Alors que Custer se battait bec et ongles contre la corruption politique en hauts lieux, accusant l'administration de tous les maux - et avant tout d’avoir laissé les réserves indiennes aux mains d’hommes ignobles n’ayant aucun égards à l’encontre des Natives parqués dans ces lieux misérables dont ils ont la charge -, après qu’un sénateur véreux lui a laissé entrevoir la possibilité d’accéder à la présidence du pays, il se transforme du jour au lendemain en homme assoiffé de sang, massacrant non seulement les Indiens mais n’hésitant pas non plus à tirer dans le dos des déserteurs. A contrario, l’éclaireur Dakota (John Matthews, aussi peu convaincant que les autres comédiens, leurs personnages mal écrits ne les aidant certes pas briller), concevant une haine abominable envers les Indiens guère éloignée de celle des futurs nazis - il dit en substance à un moment du film qu’il n’y aurait qu’à parquer tous les Indiens au même endroit et y mettre le feu ! - devient subitement au milieu d'une bataille rageuse le sauveteur de quelques enfants Sioux (sic). Le changement de personnalité qui s’opère chez Reno est tout aussi incroyablement grotesque sans qu’il soit nécessaire d’y revenir plus longuement, Joseph Cotten semblant totalement imbibé alors même que son personnage est devenu sobre à l'écran. Ce Great Sioux Massacre a un script qui souffre donc de schizophrénie galopante à tel point que le scénariste, dont c’était le premier travail - et qui avait pris un pseudonyme au générique -, n’écrira plus jamais rien pour le cinéma. On comprend aisément pourquoi tellement le film se révèle catastrophique en partie par sa faute.

Sidney Salkow - qui fit cependant encore bien pire avec le moribond The Iron Sherif - n’est pas en reste, réutilisant à outrance et sans aucune harmonie des séquences d’action de son précédent western, Sitting Bull, en guise de stock-shots. Mais, alors que ce dernier était filmé dans des paysages arborés, Le Massacre des Sioux a été au contraire tourné dans les déserts de l’Arizona : avec un montage qui alterne sans cesse des séquences tournées à dix ans d’intervalle dans des lieux totalement différents, avec deux granulations de pellicule et des colorimétries divergentes, on ne s’étonne pas que l’ensemble ressemble au plus grand des cafouillages, rendant les scènes d’action rédhibitoires d’autant plus que les cascadeurs et figurants de 1965 paraissent - à l’instar des comédiens confirmés - non dirigés ! Entre les évolutions psychologiques éclairs de personnages totalement inconsistants et les scènes mouvementées tout aussi incohérentes du fait d'un montage calamiteux, il n’y a pas grand-chose à sauver que ce soit sur le fond ou sur la forme, malgré une mise en place prometteuse qui nous mettait sous les yeux un Custer différent de ce que nous avions pu voir jusqu’à présent mais en fin de compte totalement fantaisiste. Tout comme l’idée d’avoir fait de Reno un ex-officier confédéré et de faire tomber Benton amoureux de la fille de son ennemi ; ce qui dans les faits est totalement erroné, la romance se révélant de toute manière toute aussi inintéressante et inutile que le reste.

Si Le Massacre des Sioux est un western qui peut à la rigueur se suivre avec un certain plaisir pour la beauté des paysages et de certains plans (comme celui d’une poursuite en clair-obscur sur le haut d’une colline) ainsi que pour l’interprétation de Philip Carey durant la première heure, il s’avère généralement mauvais et paresseux à tous les niveaux, qui plus est sans aucun rythme ni panache ni dynamisme. Seuls quelques amateurs du western de cavalerie devraient pouvoir y trouver leur compte...

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 12 novembre 2016